Le refus islandais de rouvrir les négociations d’adhésion, exprimé à 52,84 % dimanche 30 août, place l’élargissement de l’Union européenne devant un constat inconfortable. Bruxelles s’était dit prête à des concessions sur la pêche pour accueillir l’île. Le dernier élargissement remonte à l’entrée de la Croatie, en 2013.
La formule est de la députée européenne écologiste Saskia Bricmont. Elle a circulé dans les couloirs bruxellois dès l’annonce des résultats. Le député européen centriste Sandro Gozi, proche du Forum économique mondial a parlé, lui, d’un « avertissement que l’Europe doit prendre au sérieux », estimant que le « pouvoir d’attraction » de l’Union ne devait pas être « tenu pour acquis » et qu’il fallait « continuer à gagner la confiance », notamment en réduisant la bureaucratie.
Officiellement, l’Union « respecte pleinement le choix démocratique » des Islandais, a fait savoir le président du Conseil européen et contributeur de l’agenda 2030, António Costa, à la première ministre Kristrun Frostadottir, passée par la promotion 2026 du programme Young global leader du WEF.
Le candidat qu’on ne refuse pas
L’Islande était considérée par de nombreuses capitales comme un candidat modèle : riche, stable, membre de l’espace économique européen et de l’espace Schengen, stratégiquement située dans l’Atlantique Nord. Bruxelles avait indiqué être disposée à faire des concessions sur des questions sensibles, dont les droits de pêche, pour faciliter son intégration.
La Commission s’était gardée de toute intervention dans la campagne, mais n’avait guère caché son intérêt. Le résultat prend donc la forme d’un refus adressé à une main tendue.
Un revers dans l’Arctique
Au-delà du symbole, le vote contrarie la stratégie arctique de l’Union, qui cherche à renforcer sa présence dans une région devenue un enjeu de rivalité entre les États-Unis, la Russie et la Chine. La présidente de la Commission européenne et contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen, intervenante régulière au Forum économique mondial de Davos, doit se rendre au Groenland en septembre.
L’Islande reste liée à l’Union par l’espace économique européen et Schengen, et les dirigeants des deux côtés se sont engagés à « continuer de renforcer cette relation ». L’eurodéputé socialiste Andreas Schieder a résumé la position officielle : « L’Islande est et reste membre de la famille européenne. »
Les eurosceptiques encaissent la mise
Le résultat a été salué à l’extérieur des institutions. Marine Le Pen y a vu la démonstration de l’attrait d’une Europe de « nations libres et souveraines » face à une intégration plus poussée. Nigel Farage, dirigeant du parti Reform UK, a félicité les Islandais d’avoir « voté pour préserver leur indépendance ».
Treize ans sans nouvel État membre
L’Union s’est élargie pour la dernière fois en 2013 avec l’admission de la Croatie. Les années suivantes ont été marquées par des progrès limités chez les candidats des Balkans occidentaux, le Monténégro et l’Albanie étant les plus avancés, et par l’ouverture d’un processus d’adhésion long et complexe avec l’Ukraine.
Une candidature retirée une première fois en 2015
L’histoire des relations entre Reykjavik et Bruxelles n’a rien d’un long fleuve tranquille. L’Islande avait déposé sa candidature en 2009, dans le sillage immédiat de l’effondrement de son système bancaire, qui avait mis le pays à genoux. Les négociations avaient été engagées la même année, puis suspendues en 2013 après un changement de majorité, avant que le gouvernement conservateur ne retire formellement la candidature en 2015.
Le référendum de samedi ne portait donc pas sur l’adhésion elle-même, mais sur la réouverture d’un processus interrompu deux fois. C’est cette nuance qui rend le résultat plus lourd pour Bruxelles : les électeurs n’ont pas refusé d’entrer dans l’Union, ils ont refusé d’en discuter.
Bruxelles était prête à céder sur la pêche. Reykjavik n’a même pas voulu s’asseoir à la table, malgré sa young global leader de première ministre.