Égypte : la répression s’étend aux jeunes accusés de liens avec un mouvement baptisé « Gen Z »

Une nouvelle vague d’interpellations visant de jeunes Égyptiens relance les inquiétudes des organisations de défense des droits humains. Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs dizaines de personnes soupçonnées d’appartenir à un mouvement informel surnommé « Gen Z » ont été arrêtées dans le cadre d’enquêtes liées à la sûreté de l’État. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de contrôle renforcé des espaces numériques et de répression des formes émergentes de contestation.

Les autorités égyptiennes poursuivent leur politique de fermeté à l’égard des mouvements considérés comme susceptibles de remettre en cause la stabilité du pays. Depuis la fin de l’année 2025, une série d’arrestations visant de jeunes internautes soupçonnés d’être liés à un groupe connu sous le nom de « Gen Z » attire l’attention des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une nouvelle étape dans le durcissement de la répression politique.

Selon plusieurs ONG, ces arrestations concernent principalement des jeunes adultes actifs sur des plateformes numériques, notamment Discord et d’autres espaces d’échange en ligne. Les personnes visées sont soupçonnées d’avoir participé à des discussions, partagé des contenus ou entretenu des liens avec ce mouvement informel, présenté par les autorités comme une organisation susceptible de troubler l’ordre public.

Cette vague d’interpellations intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi en 2014, à la suite de la destitution de Mohamed Morsi, l’Égypte a considérablement renforcé son arsenal sécuritaire. Les autorités affirment lutter contre le terrorisme et préserver la stabilité d’un pays confronté à de nombreuses menaces régionales. Les organisations internationales estiment cependant que ces dispositifs servent également à réduire au silence les opposants politiques, les journalistes indépendants, les défenseurs des droits humains et une partie de la société civile.

Le mouvement « Gen Z » demeure relativement mystérieux. Les informations publiques disponibles indiquent qu’il ne s’agit pas d’une organisation politique structurée comparable aux partis traditionnels ou aux mouvements historiques de l’opposition. Il semble plutôt rassembler de jeunes internautes exprimant leur mécontentement face à la situation économique, au coût de la vie, au chômage ou encore aux restrictions pesant sur les libertés publiques. Les réseaux sociaux et les plateformes de discussion constituent leurs principaux espaces d’expression.

Les autorités égyptiennes considèrent néanmoins que ces activités peuvent représenter une menace pour la sécurité nationale. Plusieurs personnes arrêtées font ainsi l’objet d’enquêtes menées par le parquet chargé de la sûreté de l’État. Les chefs d’accusation fréquemment évoqués dans ce type de dossiers incluent l’appartenance à une organisation illégale, la diffusion de fausses informations, l’utilisation abusive des réseaux sociaux ou encore l’incitation à troubler l’ordre public.

Les ONG spécialisées dans la défense des droits humains contestent ces accusations. Elles estiment que de nombreux dossiers reposent essentiellement sur des publications en ligne ou sur une activité numérique jugée critique envers le pouvoir. Plusieurs organisations dénoncent également le recours prolongé à la détention provisoire, une pratique régulièrement critiquée par les rapporteurs des Nations unies et par Amnesty International.

Cette nouvelle affaire illustre l’importance croissante accordée par les autorités égyptiennes au contrôle de l’espace numérique. Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie les mesures permettant de surveiller Internet, de bloquer certains sites d’information, de poursuivre des créateurs de contenus ou encore d’engager des procédures judiciaires contre des internautes accusés de porter atteinte à l’ordre public.

Les plateformes de communication comme Discord, Telegram ou d’autres services de messagerie sont désormais régulièrement évoquées dans les enquêtes sécuritaires. Les autorités estiment que ces espaces peuvent faciliter l’organisation de mouvements de protestation échappant aux formes traditionnelles de surveillance. À l’inverse, les défenseurs des libertés numériques rappellent que ces outils constituent avant tout des espaces d’échange utilisés quotidiennement par des millions de personnes.

Le contexte économique contribue également aux tensions observées dans le pays. Depuis plusieurs années, l’Égypte fait face à une inflation élevée, à une forte dépréciation de sa monnaie et à une hausse du coût de la vie. Les réformes engagées dans le cadre des accords conclus avec le Fonds monétaire international ont entraîné une réduction progressive de certaines subventions, alimentant le mécontentement d’une partie de la population, en particulier chez les jeunes.

Cette jeunesse représente près de la moitié de la population égyptienne. Très connectée, elle utilise massivement les réseaux sociaux pour s’informer, débattre et partager ses préoccupations. Les spécialistes des sociétés arabes observent que les nouvelles générations privilégient souvent des formes d’organisation moins hiérarchisées que celles des mouvements politiques traditionnels, ce qui complique leur identification mais également leur encadrement. Les organisations de défense des droits humains appellent désormais les autorités égyptiennes à garantir les droits de la défense, à assurer la transparence des procédures judiciaires et à respecter les engagements internationaux du pays en matière de libertés fondamentales. Elles demandent également que les poursuites reposent sur des preuves matérielles solides et non sur la seule activité numérique des personnes concernées.

Cette affaire intervient alors que l’Égypte demeure un acteur majeur au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Partenaire stratégique de nombreux pays occidentaux sur les questions de sécurité, de migration et de stabilité régionale, le pays fait régulièrement l’objet de critiques concernant sa situation en matière de droits humains. Les nouvelles arrestations liées au mouvement « Gen Z » pourraient ainsi alimenter de nouveaux débats sur l’équilibre entre impératifs sécuritaires et respect des libertés publiques.

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