Photographe, réalisateur, autodidacte et passionné d’image, Edoh d’Aepoymz construit depuis plus de quinze ans un univers artistique singulier, nourri par la culture hip-hop, le cinéma et les récits humains. Derrière ses projets se cache une conviction profonde : transmettre, documenter et laisser une trace.
L’histoire d’Edo commence à l’époque de MySpace. Caméra à la main, il filme son entourage et réalise ses premiers clips avec son meilleur ami Film Fédé. Leur première création, Force Universelle 3, reçoit un accueil encourageant qui l’incite à poursuivre l’aventure.
À cette époque, rien ne prédestine pourtant Edo à devenir réalisateur. Sans formation académique ni école de cinéma, il apprend sur le terrain. Il filme des artistes locaux, principalement issus de la scène rap, accumule les expériences et développe progressivement son regard.
« J’avais toujours ma caméra avec moi. Je filmais tout ce qu’il y avait autour de moi. »
Pendant quatre ans, il participe également à la réalisation du DVD de danse Télégraphie, un projet qui lui permet d’approfondir sa maîtrise des prises de vue, des interviews et du reportage.
Une formation entièrement autodidacte
Loin des cursus traditionnels, Edo construit son savoir-faire à force d’expérimentations. Concerts, entretiens, documentaires improvisés et vidéoclips deviennent son école.
Cette approche empirique forge une identité artistique très personnelle. Chaque erreur devient une leçon et chaque projet un terrain d’apprentissage.
« J’ai souvent fait les choses seul. J’ai fait beaucoup d’erreurs, mais elles m’ont servi. »
Aujourd’hui encore, il revendique cette liberté créative qui lui permet de développer des œuvres sans se limiter aux cadres habituels de la production audiovisuelle.
“Gemini Blunter Tome 2” : un mini-film sans scénario
Parmi ses réalisations les plus marquantes figure le mini-film conçu autour du projet musical Gemini Blunter Tome 2.
L’idée naît d’une discussion avec l’artiste Gemini Blunter, qui souhaite mettre en valeur un EP composé de cinq morceaux enregistrés avec cinq artistes différents. Initialement envisagé sous la forme de clips traditionnels, le projet évolue rapidement vers un format beaucoup plus ambitieux : un véritable mini-film.
La particularité de cette création réside dans son processus de fabrication. Aucun scénario n’a été rédigé.
« Il n’y a aucune trace écrite sur ce projet-là. Tout s’est construit au fur et à mesure. »
Edo assure lui-même le tournage et le montage, développant progressivement la narration à partir des idées qui émergent durant la production.
Présenté en mai 2025 au O’BAHAMAS Studios à Lyon, le film reçoit un accueil particulièrement positif. Autre singularité : l’œuvre n’est disponible sur aucune plateforme numérique et n’existe qu’en format physique.
Le noir et blanc comme signature artistique
Le cinéma occupe une place centrale dans l’inspiration du réalisateur. Amateur de films en noir et blanc, de polars français et américains, mais aussi de cinéma africain et asiatique, Edo développe une véritable fascination pour l’esthétique monochrome.
Selon lui, le noir et blanc permet d’accéder à une dimension émotionnelle différente.
« Je regarde mes photos en couleur, puis je les passe en noir et blanc et soudain on entre dans une autre dimension. »
Cette sensibilité influence directement ses créations visuelles et participe à l’identité artistique de ses projets.
De Genève à Lyon : un territoire au cœur des récits
Les décors occupent également une place importante dans son travail. Son dernier film navigue entre plusieurs territoires.
L’introduction se déroule à Genève, une autre partie est tournée à L’Isle-d’Abeau, dans le nord-Isère, tandis qu’environ 65 % du film est réalisé à Lyon.
Cette diversité géographique permet d’ancrer les histoires dans des environnements réels, proches des artistes et des personnages qu’il met en scène.
New York, une source d’inspiration permanente
Parmi les lieux qui l’ont le plus marqué figure New York. Passionné par la culture afro-américaine et les musiques issues des communautés noires des États-Unis, Edo nourrit depuis longtemps une fascination pour la ville.
Lors de son premier voyage, il passe quinze jours dans le Bronx.
« Quand je suis arrivé là-bas, c’était adrénaline à 100 %. »
Le blues, le jazz, le gospel, la soul, le rap ou encore le reggae constituent autant de références qui alimentent son imaginaire artistique.
Aujourd’hui, il rêve d’y retourner afin de développer un projet photographique et documentaire centré sur les habitants et leurs récits de vie.
L’héritage culturel comme moteur de création
Au-delà de la technique et de l’esthétique, le travail d’Edo repose sur une réflexion plus profonde autour de la transmission.
Issu d’un univers culturel fortement marqué par les influences africaines et afro-descendantes, il considère son activité artistique comme une responsabilité.
Pour lui, les œuvres permettent de préserver des histoires, des mémoires et des identités qui pourraient autrement disparaître.
« On est obligé de développer quelque chose dedans. Sinon, qui va le faire ? »
Cette vision guide l’ensemble de son parcours et explique son attachement aux récits humains, aux artistes locaux et aux héritages culturels.
Un nouveau film en préparation
Après plusieurs années consacrées à la photographie, aux clips et à son premier mini-film, Edo prépare désormais un nouveau projet cinématographique.
Le réalisateur reste discret sur son contenu, évoquant simplement un « dossier top secret ».
Une chose est néanmoins certaine : fidèle à sa philosophie, il entend continuer à créer et à transmettre.
« Je ne peux pas partir de cette terre sans laisser des œuvres aux gens. »