Face à l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la RDC depuis le printemps, l’Église catholique s’est imposée à Mongbwalu, en Ituri, comme un relais pour convaincre les malades de se faire soigner. Prêtres et catéchistes combattent la méfiance et la désinformation, raconte un reportage publié par Courrier international.
À l’église Notre-Dame de la Charité maternelle de Mongbwalu, la messe dominicale commence désormais par un geste nouveau. Les fidèles reçoivent une dose de gel hydroalcoolique, puis l’hostie. La scène, photographiée le 28 juin, résume le pari de l’Église catholique dans cette ville isolée de l’Ituri, entourée de mines d’or clandestines : faire de la foi un allié de la santé publique.
Catéchistes et prêtres utilisent leur influence et l’enseignement biblique pour inciter les malades à consulter et freiner la propagation du virus, rapporte le reportage publié par Courrier international.
Deo Kasereka, catéchiste et rescapé
Deo Kasereka connaît le sujet de l’intérieur. Catéchiste à Notre-Dame de la Charité maternelle, il était chargé de réconforter les malades. Cet été, il assiste aux funérailles d’un paroissien et touche le corps, comme le veut la tradition. Quelques jours plus tard, la fièvre, les sueurs, la toux. Il raconte ne plus pouvoir dormir tant il avait chaud.
C’est sa fille, qui avait participé à la riposte contre l’épidémie de 2019 dans la même ville, qui le pousse vers la nouvelle clinique Ebola. Le traitement précoce est décisif. Testé positif, il est pris en charge pendant quatre jours, obtient un test négatif et peut rentrer chez lui. Il attribue sa guérison à sa fille. Au début de l’épidémie, dit-il, personne ne savait comment se protéger.
Une souche sans vaccin
L’épidémie a été officiellement déclarée le 15 mai 2026 en Ituri. Il s’agit de la souche Bundibugyo, que les premiers tests, conçus pour la souche Zaïre, n’avaient pas détectée. Contrairement à cette dernière, elle ne dispose d’aucun vaccin ni traitement homologué. La riposte repose donc sur les mesures classiques : prise en charge des malades, suivi des contacts et enterrements sécurisés. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale à la mi-mai. Le virus s’est propagé au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et jusqu’en Ouganda, y compris à Kampala. La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) finance trois vaccins candidats, encore au stade expérimental.
Mongbwalu est au cœur de l’histoire de cette épidémie. Selon la Croix-Rouge, trois travailleurs morts en mai auraient été contaminés dès le 27 mars en manipulant des corps dans la ville, plusieurs semaines avant la déclaration officielle.
La méfiance, premier obstacle
Mongbwalu a payé cher la défiance. Le 23 mai, après l’attaque d’une tente par des habitants, 18 patients suspects s’étaient échappés du centre de traitement de la ville. À Rwampara, des tentes de soins avaient été incendiées lors d’une manifestation. Des soignants ont été agressés, et un infirmier accusé de propager la maladie a été lynché à mort, selon l’OMS citée par la presse. Les groupes armés qui sévissent dans la région compliquent encore l’accès aux malades.
Dans ce contexte, la parole d’un prêtre ou d’un catéchiste pèse souvent plus lourd que celle d’une équipe médicale venue d’ailleurs. Les rites funéraires, où l’on touche le défunt, figurent parmi les principaux vecteurs de transmission d’Ebola. Les faire évoluer suppose la confiance des familles. L’Église, présente dans chaque village, dispose de ce capital que les autorités sanitaires peinent à construire.
À Mongbwalu, on ne se signe plus sans se désinfecter les mains. Contre un virus sans vaccin, la confiance reste le premier traitement disponible, et elle passe parfois par le confessionnal.
Sources :
Courrier international, Courrier international via Head Topics, Wikipédia (épidémie d’Ebola 2026)