Trente ans après la fusillade qui a coûté la vie à Tupac Shakur près du Strip de Las Vegas, l’ancien chef de gang Duane Davis comparaît depuis le 10 août 2026 devant la justice américaine. Poursuivi pour meurtre avec usage d’une arme mortelle au bénéfice d’un gang criminel, l’homme de 63 ans plaide non coupable devant un jury en cours de sélection au tribunal du comté de Clark.
La sélection du jury a débuté lundi 10 août 2026 au tribunal de district du comté de Clark, à Las Vegas. Duane « Keffe D » Davis, 63 ans, est assis dans le box des accusés, presque trente ans jour pour jour après la mort de Tupac Shakur. C’est la première fois qu’un suspect est jugé pour ce meurtre resté sans réponse judiciaire pendant près de trois décennies. Le procès doit durer environ un mois, selon les éléments rapportés par la presse américaine et relayés par Libération.
Meurtre avec arme mortelle : ce que lui reproche l’accusation
Davis est poursuivi pour meurtre commis avec une arme mortelle, dans l’intention de promouvoir ou d’aider un gang criminel. Les procureurs soutiennent qu’il a orchestré les appels ayant conduit à la fusillade et qu’il a fourni l’arme utilisée par le tireur, resté longtemps non identifié par la justice. Une partie de l’accusation s’appuie sur les mémoires publiées par Davis lui-même en 2019, « Compton Street Legends », dans lesquelles il reconnaît avoir pris place dans la Cadillac blanche et avoir fait passer une arme vers la banquette arrière. Devant le tribunal, l’ancien chef des South Side Compton Crips nie toute implication directe dans le meurtre et revient sur ses propres écrits. « Je suis innocent. Je n’ai jamais tué personne », a-t-il déclaré. Il encourt la perpétuité incompressible.
La nuit du 7 septembre 1996, retour sur une affaire longtemps non résolue
Ce soir-là, Tupac Shakur assiste à un combat de boxe de Mike Tyson au MGM Grand, en compagnie de Suge Knight, patron du label Death Row Records. Une bagarre éclate dans le hall du casino : Knight et Shakur s’en prennent à Orlando « Baby Lane » Anderson, le neveu de Duane Davis, accusé d’avoir arraché un médaillon Death Row à un employé du label. Quelques heures plus tard, alors que la BMW conduite par Suge Knight s’arrête à un feu rouge près du Strip, une Cadillac blanche se place à sa hauteur. Des coups de feu sont tirés. Tupac Shakur, touché à plusieurs reprises, meurt six jours plus tard, le 13 septembre 1996, à l’âge de 25 ans. Suge Knight, également visé, survit. L’enquête, ouverte dans le climat tendu de la rivalité entre rap de la côte est et rap de la côte ouest, n’aboutit à aucune inculpation pendant près de trente ans, malgré des soupçons anciens sur l’implication des Compton Crips.
Un procès scruté par tout le hip-hop
Au-delà du verdict à venir, ce procès rouvre l’un des dossiers les plus commentés de l’histoire du hip-hop. Tupac Shakur reste, trente ans après sa mort, l’une des figures les plus citées et les plus vendues du genre. Pour ses proches comme pour ses fans, l’audience de Las Vegas représente la première occasion d’obtenir une réponse judiciaire, là où les théories et les rumeurs se sont accumulées pendant des décennies. La défense de Duane Davis devra convaincre le jury que ses propres mémoires ne constituent pas des aveux. L’accusation, elle, devra transformer un livre en preuve. Le verdict, attendu dans plusieurs semaines, ne rendra rien à Tupac Shakur, mais il pourrait enfin clore, sur le plan judiciaire, l’une des affaires les plus commentées de la musique américaine.
Le procès de Duane Davis ne rejouera pas la nuit du 7 septembre 1996, mais il en examinera pour la première fois les zones d’ombre devant un tribunal. Trente ans après la mort de Tupac Shakur, c’est un pan entier de la mémoire du hip-hop qui attend, lui aussi, un verdict.