L’armée américaine a perdu au moins 45 drones MQ-9 Reaper depuis le début de son conflit avec l’Iran, soit environ un quart de sa flotte, selon le Washington Post. Chaque appareil coûte entre 30 et 50 millions de dollars, ce qui porte la facture à plus de 1,3 milliard. Une partie de ces pertes n’est pas due à des tirs adverses.
Avant le conflit, les forces américaines alignaient environ 185 Reaper : 165 pour l’armée de l’air, 20 pour le corps des Marines. En mai 2026, le compte était descendu à environ 135. Les 45 appareils perdus représentent près de 25 % du parc initial, selon les informations de Tara Copp et Noah Robertson pour le Washington Post, qui citent plusieurs responsables américains sous couvert d’anonymat.
Aucun Reaper du corps des Marines ne figure parmi les pertes. Ces appareils opèrent principalement dans la zone Asie-Pacifique.
Lent, bas, visible
Le MQ-9 Reaper a été conçu pour survoler longuement des territoires où personne ne lui tire dessus. Il vole lentement, à basse altitude, et il reste en l’air des heures. Face à l’Afghanistan, ces caractéristiques étaient des atouts. Face à une défense antiaérienne organisée, ce sont des cibles.
Les appareils opèrent autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique du trafic pétrolier mondial et point de friction majeur du conflit. Ils y assurent des missions de surveillance et de frappe. Les forces iraniennes et des groupes relais au Yémen et en Irak les visent régulièrement.
Toutes les pertes ne viennent pas de l’ennemi
Un détail rapporté par un quatrième responsable américain mérite d’être relevé : un nombre non précisé d’appareils se sont écrasés après la rupture de la liaison de communication avec leurs opérateurs. Le drone n’a pas été abattu, il a simplement cessé de recevoir des ordres.
À 30 ou 50 millions de dollars l’unité selon les capteurs et l’armement embarqués, chaque liaison perdue coûte le prix d’un hôpital de taille moyenne.
Un appareil conçu pour un autre type de guerre
Le MQ-9 Reaper est produit par General Atomics et opérationnel depuis 2007. Il a été employé en Afghanistan, en Irak, au Sahel et en Somalie, dans des environnements où aucune défense antiaérienne sérieuse ne lui faisait face. Sa valeur tenait à son endurance : plus de vingt heures de vol, une caméra, des missiles, et un opérateur à des milliers de kilomètres.
Ce modèle avait déjà montré ses limites au Yémen, où plusieurs Reaper ont été abattus par des tirs sol-air au cours des dernières années. Le conflit avec l’Iran ne fait qu’accélérer un constat que les états-majors formulaient depuis un moment : face à un adversaire équipé, le drone lent et cher devient un consommable hors de prix. Les programmes en cours s’orientent vers des appareils bon marché, produits en série et destinés à être perdus.
67 milliards demandés pour reconstituer les stocks
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a estimé le coût du conflit à 37,5 milliards de dollars jusqu’à septembre 2026. Le Pentagone a demandé au Congrès une rallonge de 67 milliards, destinée pour partie à reconstituer les arsenaux.
Le lieutenant général David Tabor a indiqué que l’armée de l’air cherchait comment réapprovisionner rapidement sa flotte. Les délais de production, eux, se comptent en années. Un Reaper ne se remplace pas au rythme où il se perd.
Un quart d’une flotte, 1,3 milliard de dollars, et des chaînes de production qui ne suivent pas. Les drones devaient rendre la guerre moins coûteuse en vies américaines. Ils la rendent coûteuse pour le contribuable.