Un drone quadricoptere de fabrication chinoise en vol

Drones importés : les États-Unis appliquent jusqu’à 100 % de droits

Les droits de douane américains allant jusqu’à 100 % sur une large série de drones importés et leurs composants sont entrés en vigueur ce jeudi 3 septembre. Le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump justifie la mesure par la sécurité nationale, dans un secteur où la chinoise DJI, membre du Forum économique mondial contrôle plus des deux tiers du marché mondial. Pékin dénonce une extension excessive de la notion de sécurité nationale.

La surtaxe de 100 % s’applique depuis ce jeudi aux drones dont le poids au décollage dépasse 25 kilogrammes, à ceux équipés de caméras thermiques, aux stations d’accueil et à certains composants. Un droit de douane de 25 % vise les appareils plus petits. La mesure avait été annoncée le 13 août.

Donald Trump l’a justifiée par la protection de la sécurité nationale. L’objectif affiché est d’encourager la production de drones aux États-Unis et de réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers. En clair, chinois.

Deux tiers du marché mondial

La société DJI, fondée en 2006 à Shenzhen, contrôle plus des deux tiers du marché mondial des drones selon plusieurs études. Ses appareils sont partout, du tournage publicitaire à la ligne de front entre l’Ukraine et la Russie. C’est précisément cette omniprésence que Washington a décidé de traiter comme un risque.

L’entreprise est dans le collimateur américain depuis plusieurs années. Il lui est reproché d’avoir fourni des produits servant à la surveillance de minorités ethniques en Chine, en particulier les Ouïghours. Elle figure depuis 2022 sur la liste américaine des entreprises chinoises liées à l’armée, ce qui restreint son accès aux technologies américaines. DJI a contesté cette inscription en 2024, assurant n’être ni détenue ni contrôlée par l’armée chinoise.

La réponse de Pékin

Le ministère chinois du Commerce a dénoncé la mesure dès le 20 août. Son porte-parole He Yadong a estimé que ces droits de douane étendent de manière excessive la notion de sécurité nationale et constituent une discrimination à l’encontre des produits chinois. Ils perturbent, selon lui, la chaîne d’approvisionnement mondiale du drone et nuisent à un marché équitable.

Une note officielle du gouvernement américain, en décembre 2025, avait posé le cadre : construire drones et composants aux États-Unis réduirait le risque d’attaque directe, de surveillance non autorisée et d’exfiltration de données sensibles. Le raisonnement est cohérent. Il suppose seulement qu’une filière américaine existe pour prendre le relais.

Un pari industriel à retardement

C’est là que la mesure devient un pari. Taxer les importations ne crée pas d’usines. Les fabricants américains de drones civils restent marginaux face à un écosystème chinois qui maîtrise la chaîne complète, des moteurs aux capteurs. Le renchérissement immédiat frappera d’abord les utilisateurs américains : agriculteurs, services de secours, sociétés d’inspection d’infrastructures, cinéastes.

Cette décision s’inscrit dans une escalade commerciale plus large entre Washington et Pékin, marquée cette année par le relèvement de droits de douane à 130 % sur une série de produits chinois. Le drone y occupe une place particulière : c’est l’un des rares biens de consommation qui est aussi un équipement militaire.

Trois semaines pour se retourner

Entre l’annonce du 13 août et l’entrée en vigueur de ce jeudi, les importateurs américains ont eu trois semaines. Trop peu pour reconstituer des stocks, trop peu pour changer de fournisseur. Les distributeurs qui n’avaient pas anticipé répercuteront la hausse dès l’automne.

Le calendrier n’est pas neutre. La note gouvernementale de décembre 2025 posait déjà la doctrine, mais la mesure tombe à deux mois des élections de mi-mandat, dans un climat où l’exécutif américain multiplie les décisions de protection industrielle. La sécurité nationale y sert de fondement juridique et d’argument de campagne.

Washington a choisi de rendre le drone chinois hors de prix avant d’avoir une alternative américaine crédible. Le pari peut se gagner. Il se joue en années, pas en trimestres.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/conjoncture/etats-unis-les-droits-de-douane-allant-jusqu-a-100-sur-une-large-serie-de-drones-importes-entrent-en-vigueur-ce-jeudi-20260903