La police criminelle allemande a identifié l’ADN de deux hommes au passeport russe soupçonnés d’avoir amené un drone explosif à l’aéroport de Leipzig début août. Berlin a imputé mardi 1er septenlre cette tentative d’attentat à la Russie et annoncé des mesures de rétorsion, tandis que Moscou dénonce une nouvelle erreur de Berlin et convoque le chargé d’affaires allemand.
Une boîte de conserve remplie d’explosifs, une antenne fixée à un arbre, un drone abandonné dans la zone sécurisée du fret. Ce sont ces objets, retrouvés aux abords de l’aéroport de Leipzig-Halle, qui ont permis à la police scientifique allemande de relever l’ADN de deux suspects. Le rapprochement avec les bases de données européennes a établi des correspondances en Lituanie et en Finlande, corroborées par les services de renseignement, rapportent mercredi le quotidien Süddeutsche Zeitung (SZ) et les groupes audiovisuels publics régionaux NDR et WDR.
Le premier homme, de nationalité biélorusse mais également titulaire d’un passeport russe, serait entré dans l’espace Schengen avec un visa touristique italien délivré à Minsk. Il s’était déjà fait remarquer, selon les trois médias allemands, pour des infractions commises dans les pays baltes.
Un aller-retour éclair entre Berlin et l’est de l’Allemagne
Le second suspect a joué, lui, un rôle de logisticien et d’instructeur dans la préparation de l’attaque, toujours selon SZ, NDR et WDR. Les versions diffèrent sur son identité exacte : passeport letton et russe pour NDR et WDR, naissance en Russie pour SZ. Arrivé fin juillet en Allemagne par l’aéroport de Berlin, il a loué une voiture pour rejoindre la région de Leipzig, à l’est du pays, avant de quitter le territoire allemand deux jours avant l’attaque présumée.
Le calendrier est serré, le trajet documenté. Il ne reste, pour l’heure, ni interpellation ni mandat d’arrêt européen rendu public.
Un site stratégique pour l’armée allemande et l’Otan
L’engin explosif avait été découvert début août dans la zone sécurisée des opérations de fret de l’aéroport de Leipzig, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens. Un second drone aurait heurté quelques minutes plus tard un avion-cargo de l’entreprise de logistique DHL. La presse allemande évoque un troisième engin, repéré plus tard près de l’aéroport, également porteur de traces de substances explosives.
L’aéroport de Leipzig-Halle n’est pas un terminal comme les autres. C’est une plateforme logistique et militaire jugée capitale par l’armée allemande et par l’Otan, régulièrement utilisée pour l’acheminement de matériel vers l’Ukraine.
Berlin accuse, Moscou convoque
Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a tranché mardi : « les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement » démontrent, selon lui, « une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig ». Dans la foulée, l’Allemagne a annoncé des mesures de rétorsion contre la Russie.
À Moscou, la réponse n’a pas tardé. Le président Vladimir Poutine a dénoncé une nouvelle erreur de l’Allemagne, devenue depuis l’invasion de l’Ukraine le premier soutien financier de Kiev en Europe. La diplomatie russe a, de son côté, convoqué mercredi le chargé d’affaires allemand à Moscou. Depuis février 2022, l’Allemagne et plusieurs autres États européens attribuent régulièrement au Kremlin des opérations de déstabilisation, d’espionnage et de sabotage menées sur leur sol.
Deux passeports russes, une boîte de conserve piégée, un aéroport de l’Otan visé sans qu’un seul avion ne s’écrase. Le drone explosif de Leipzig n’a fait aucune victime, mais il a suffi à faire remonter, en quelques traces d’ADN, tout un pan de la guerre hybride que Berlin dit subir depuis 2022.
Source : Le Figaro avec AFP