Annoncé comme l’un des projets phares d’un vaste complexe de loisirs en Île-de-France, le parc consacré à Dragon Ball se heurte à un obstacle de taille : l’absence d’accord des ayants droit japonais. Toei Animation assure n’avoir délivré aucune autorisation pour l’exploitation de la célèbre licence en France, jetant le doute sur un projet associé à plusieurs milliards d’euros d’investissements.
L’annonce avait de quoi faire rêver les amateurs de mangas. Quelques jours après la présentation d’un gigantesque projet de loisirs porté par des investisseurs saoudiens en Île-de-France, la perspective de voir naître un parc d’attractions consacré à Dragon Ball apparaît désormais beaucoup plus incertaine. Toei Animation, acteur majeur de l’exploitation internationale de la franchise créée par Akira Toriyama, affirme qu’aucune autorisation n’a été accordée pour un tel projet en France.
Selon les informations rapportées par Le Figaro le 3 septembre, le studio japonais indique que Toei Animation et les autres détenteurs de droits concernés n’ont donné aucun feu vert à l’utilisation de la licence dans le cadre du projet français. La société assure également ne pas avoir eu connaissance d’un accord de cette nature.
Une mise au point particulièrement embarrassante au regard de l’écho rencontré par le projet en France. Le 24 août, à l’occasion de la visite officielle du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Paris, l’Élysée avait annoncé la création de trois futurs parcs à thème, pour un investissement total annoncé de 6 milliards d’euros et 22 000 emplois.
Le complexe doit prendre place sur l’ancien site de Mirapolis, à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, à proximité de Cergy-Pontoise. L’ancien parc, ouvert en 1987 et fermé dès 1991, pourrait ainsi retrouver une vocation touristique d’envergure plusieurs décennies après sa disparition.
Le projet Dragon Ball n’a pas reçu l’autorisation des ayants droit
C’est précisément sur la nature du premier parc que le dossier se complique. Dragon Ball a rapidement été présenté comme l’une des licences centrales du futur complexe. Or l’utilisation commerciale d’un univers aussi puissant ne peut évidemment se faire sans l’accord des entreprises détenant et exploitant ses différents droits.
La situation autour de Dragon Ball est d’autant plus sensible que les droits de la franchise sont liés à plusieurs acteurs japonais, notamment Bird Studio, Shueisha et Toei Animation. Cette dernière joue depuis des décennies un rôle essentiel dans l’adaptation et l’exploitation audiovisuelle de l’œuvre d’Akira Toriyama.
Dragon Ball est né en 1984 dans les pages du Weekly Shonen Jump de l’éditeur Shueisha. Son adaptation télévisée par Toei Animation débute au Japon en février 1986 avant de devenir un phénomène international. Toei rappelle aujourd’hui que ses productions sont diffusées dans plus de 100 pays et cite Dragon Ball parmi ses grandes franchises mondiales.
Autrement dit, annoncer un parc Dragon Ball sans sécuriser au préalable les droits nécessaires revient à laisser ouverte une question déterminante : le parc pourra-t-il réellement utiliser le nom, les personnages et l’univers de la franchise ?
Un précédent existe déjà en Arabie saoudite
La confusion est d’autant plus grande que Qiddiya entretient déjà une relation bien réelle avec Toei Animation autour de Dragon Ball. Mais celle-ci concerne l’Arabie saoudite, et non la France.
En mars 2024, un immense parc Dragon Ball a été officiellement annoncé à Qiddiya City. Les documents financiers de Toei Animation confirment son implication dans ce projet et précisent son rôle dans l’octroi de la licence nécessaire à la construction du parc. Le projet saoudien doit s’étendre sur plus de 500 000 mètres carrés, être divisé en sept zones et proposer plus de 30 attractions, avec notamment une représentation monumentale de Shenron d’environ 70 mètres de hauteur.
Des documents publiés ultérieurement par Toei Animation mentionnent toujours explicitement le parc Dragon Ball « en construction en Arabie saoudite », accompagné des logos de Toei Animation et de Qiddiya.
Cette distinction est fondamentale. L’accord conclu autour du projet saoudien ne signifie pas automatiquement que Qiddiya dispose du droit d’utiliser Dragon Ball pour développer un autre parc sur le territoire français.
Un projet français à 6 milliards d’euros qui dépasse Dragon Ball
L’incertitude entourant la licence ne signifie toutefois pas que l’ensemble du projet francilien est abandonné. Le protocole annoncé par les autorités françaises porte sur trois parcs à thème et représente, selon l’Élysée, un investissement annoncé de 6 milliards d’euros ainsi que la création potentielle de 22 000 emplois.
Le projet s’inscrit dans le rapprochement économique entre Paris et Riyad. La visite de Mohammed ben Salmane des 23 et 24 août 2026 avait notamment donné lieu à la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. Plusieurs dossiers économiques ont été abordés à cette occasion, dont celui des futurs parcs franciliens.
Le site choisi possède par ailleurs une histoire singulière dans le paysage français des loisirs. Mirapolis avait été imaginé dans les années 1980 comme l’un des grands parcs capables d’accompagner l’essor de cette industrie en France. Son aventure fut pourtant brève : inauguré en 1987, le parc cessa définitivement ses activités quatre ans plus tard.
Plus de trente ans après cette fermeture, le terrain de Courdimanche pourrait donc connaître une spectaculaire renaissance. Mais entre un protocole d’investissement et l’ouverture effective d’un parc, le chemin reste long : négociations commerciales, licences, urbanisme, infrastructures et autorisations administratives devront encore être sécurisés.
Dragon Ball, une licence particulièrement stratégique
Pour les investisseurs, la licence Dragon Ball possède un poids commercial considérable. Toei Animation indiquait déjà en 2022 que le manga avait dépassé les 260 millions d’exemplaires vendus dans le monde. La franchise s’est depuis longtemps étendue à la télévision, au cinéma, aux jeux vidéo et à une multitude de produits dérivés.
Son rayonnement est particulièrement important en France, où l’animation japonaise a trouvé dès les années 1980 et 1990 un public massif. L’histoire entre Toei et le marché français est d’ailleurs ancienne : l’entreprise rappelle que Dragon Ball avait obtenu dès 1986 un Prix d’Or dans l’Anime Grand Prix organisé par le magazine français Pif.
Cette puissance culturelle explique pourquoi la perspective d’un parc Dragon Ball près de Paris a immédiatement dépassé le seul cadre économique du projet. Mais elle explique aussi pourquoi la question des droits est incontournable.
À ce stade, une chose est donc acquise : le grand complexe de loisirs franco-saoudien a bien fait l’objet d’une annonce officielle et les montants avancés atteignent plusieurs milliards d’euros. En revanche, l’identité Dragon Ball du futur parc français ne peut être considérée comme définitivement acquise tant que les ayants droit japonais n’ont pas donné leur accord.
La balle se trouve désormais dans le camp des différents partenaires. Qiddiya dispose déjà d’une relation commerciale avec Toei Animation grâce au parc actuellement développé en Arabie saoudite. Reste à savoir si cette coopération pourra déboucher sur un nouvel accord pour la France. Pour l’heure, le projet Dragon Ball francilien reste donc suspendu à une étape essentielle : obtenir le droit d’être réellement un parc Dragon Ball.
Sources :
Le Figaro — article source du 3 septembre 2026 : « Parc d’attractions Dragon Ball : le studio japonais détenteur de la licence n’a jamais donné son accord pour un projet en France ».
Présidence de la République — « Visite officielle de Mohammed ben Salman, Prince héritier d’Arabie saoudite », 24 août 2026.
Toei Animation — documents financiers et institutionnels relatifs au parc Dragon Ball de Qiddiya City en Arabie saoudite et à l’exploitation internationale de la franchise.