Un drone quadricoptère en vol

Allemagne : le patron de Donaustahl, entreprise qui livrte des drones à l’Ukraine vit caché

Le fondateur de Donaustahl, entreprise bavaroise qui fournit des drones de combat à l’Ukraine, vit dans la clandestinité depuis décembre 2025. Stefan Thumann, 39 ans, dit livrer « un duel pour sa vie » face au renseignement militaire russe. Les autorités allemandes ont procédé à quatre arrestations liées à des opérations le visant.

Il change souvent de domicile. Il dort près de son bureau pour rester productif malgré la pression. Il a rédigé son testament et ses directives anticipées. Interrogé par la chaîne allemande RTL le 18 août, Stefan Thumann résume sa vie en huit mots : « Se réveiller, travailler, aller dormir. »

Le fondateur de Donaustahl a reçu en décembre 2025 un avertissement des autorités allemandes : une opération russe le visait. Depuis, il a annulé ses apparitions publiques et bénéficie d’une protection renforcée. « Je livre un duel pour ma vie face au service de renseignement militaire russe », déclare-t-il à RTL, propos repris par l’agence dpa.

Quatre arrestations en six mois

La chronologie établie par les enquêteurs allemands est précise. En décembre 2025, un agent recruté photographie les abords du domicile privé de Thumann à Strasskirchen, en Bavière. En mars 2026, deux suspects sont interpellés, en Espagne et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pour espionnage au profit d’un service russe. Selon le Procureur général fédéral, ils surveillaient une personne fournissant « des drones et composants associés à l’Ukraine ». L’agence dpa l’a identifiée comme étant Thumann.

En juin 2026, des explosifs sont découverts à la frontière serbo-hongroise dans un camion à destination de la Bavière. Deux nouvelles arrestations suivent. Les enquêteurs évoquent la préparation d’une tentative d’assassinat contre un cadre de l’industrie de défense bavaroise.

Ce que fabrique Donaustahl

L’entreprise, implantée en Bavière, livre à l’Ukraine des drones de reconnaissance et des appareils FPV du type MAUS. Ces engins pilotés en vue à la première personne, dérivés du drone de course civil, sont devenus en trois ans l’arme la plus employée sur la ligne de front, des deux côtés.

Le modèle économique de ces sociétés est celui d’une start-up : petites séries, itération rapide, coût unitaire faible. Il les place aussi hors du périmètre de protection dont bénéficient les grands groupes d’armement.

Une campagne européenne, pas un cas isolé

Les services de sécurité de plusieurs pays européens documentent depuis 2024 une série d’opérations attribuées à la Russie : incendies de dépôts logistiques, colis piégés placés dans le fret aérien, repérages de sites militaires par drones, tentatives de recrutement d’agents occasionnels rémunérés à la tâche. L’Otan a publiquement évoqué une campagne d’actions hybrides visant les pays soutenant l’Ukraine.

Le profil des personnes interpellées dans l’affaire Donaustahl correspond à ce mode opératoire : des exécutants recrutés à distance, de nationalités diverses, chargés de tâches segmentées, photographies d’un domicile ici, transport de matériel là. Ce cloisonnement rend l’attribution juridique difficile et la prévention coûteuse.

Pour les entreprises concernées, la conséquence est immédiate. La protection des dirigeants, jusque-là réservée aux grands groupes, devient un poste de dépense pour des sociétés de quelques dizaines de salariés. Aucune des entreprises citées n’a communiqué sur le coût de ces dispositifs.

Une industrie sous surveillance

Thumann n’est pas isolé. Armin Papperger, patron de Rheinmetall, groupe de défense de Düsseldorf, bénéficie d’une protection policière permanente à la suite de menaces d’assassinat présumées. L’Office fédéral de protection de la Constitution signale un risque élevé d’espionnage et de sabotage russes visant les entreprises d’armement allemandes.

Moscou n’a pas commenté ces affaires. Les procédures allemandes sont en cours et les suspects arrêtés bénéficient de la présomption d’innocence.

L’Allemagne a mis quatre-vingts ans à réhabiliter son industrie de défense dans le débat public. Elle découvre maintenant que ses fournisseurs de drones ont besoin d’une escorte pour aller travailler.


Source : BFMTV – https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/defense/ma-vie-privee-a-cesse-d-exister-le-pdg-d-une-start-up-allemande-livrant-des-drones-a-l-ukraine-vit-cache-en-raison-de-menaces-russes_AD-202608180533.html