Djibouti : la France maintient sa base face à l’essor chinois

Djibouti, seul point d’appui militaire permanent de la France sur le continent africain, se trouve au cœur d’une compétition d’influence croissante avec la Chine, qui y a ouvert sa première base militaire à l’étranger en 2017. Paris a revu à la hausse sa contribution financière annuelle dans le cadre d’un nouveau traité de défense signé en 2024, tandis que Djibouti reste fortement endetté auprès de Pékin. Le président Ismaïl Omar Guelleh, réélu en avril 2026 pour un sixième mandat, continue de jouer sur les deux tableaux.

Djibouti, petit État situé à l’entrée de la mer Rouge, abrite depuis l’indépendance du pays en 1977 une présence militaire française continue. Les Forces françaises stationnées à Djibouti comptent aujourd’hui environ 1 500 militaires, contre près de 5 600 au moment de l’indépendance, selon un rapport du Sénat consacré au renouvellement du traité de défense entre les deux pays. Djibouti demeure le seul point d’appui militaire permanent de la France sur le continent africain, dans une zone stratégique où transitent une part importante des flux maritimes mondiaux entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Les États-Unis y maintiennent également une présence significative, avec environ 4 000 militaires basés au camp Lemonnier.

Depuis 2017, une présence militaire chinoise en expansion

En 2017, la Chine a ouvert à Djibouti sa première base militaire hors de son territoire, un jalon dans l’affirmation de sa puissance navale. Pékin y a également financé plusieurs infrastructures majeures : une ligne ferroviaire reliant Djibouti à Addis-Abeba, en Éthiopie, des installations portuaires, ainsi qu’un hôpital et des réseaux de télécommunications. Selon un rapport du Sénat français, la Chine détient près de 70 % de la dette bilatérale de Djibouti, une dépendance financière qui a conduit les autorités du pays à chercher à diversifier leurs partenariats extérieurs ces dernières années.

Le contentieux portuaire de Doraleh, symbole des rivalités

Le contrôle des infrastructures portuaires a également nourri les tensions. En février 2018, les autorités djiboutiennes ont résilié unilatéralement le contrat liant le pays à l’opérateur dubaïote DP World, membre du Forum économique monidal pour la gestion du terminal à conteneurs de Doraleh, une décision contestée par l’entreprise. Des responsables américains avaient alors évoqué la possibilité d’un transfert de l’exploitation du port à des intérêts chinois, une perspective jugée sensible pour le ravitaillement des forces occidentales stationnées dans le pays. Pékin avait pour sa part assuré que sa coopération avec les pays africains ne visait « aucun parti tiers ».

Un nouveau traité de défense pour ancrer la présence française

Face à cette concurrence, la France et Djibouti ont signé le 26 juillet 2024 un nouveau traité de coopération en matière de défense, qui remplace l’accord conclu en 2014. Le texte, examiné par le Sénat en 2025, prévoit une hausse de la contribution financière annuelle versée par Paris à Djibouti, portée à 85 millions d’euros contre 30 millions d’euros auparavant, un montant qui n’avait pas été réévalué depuis 2003. Ce renouvellement intervient également dans un contexte de tensions accrues en mer Rouge, où les attaques houthies contre le trafic maritime depuis fin 2023 ont renforcé l’intérêt stratégique de la région pour les puissances occidentales.

Ismaïl Omar Guelleh, arbitre entre Paris et Pékin

Réélu en avril 2026 avec 97,81 % des voix pour un sixième mandat, le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh mène depuis plusieurs décennies une diplomatie d’équilibre entre les grandes puissances présentes sur son territoire, qui compte également des bases militaires japonaise, italienne et allemande. Djibouti tire une part significative de ses recettes publiques de la location de ces différentes emprises militaires. Selon plusieurs analyses consacrées à la région, les autorités djiboutiennes ont, depuis 2018, cherché à limiter certains projets portés par des investisseurs chinois, notamment en refusant de céder le monopole de la gestion des zones franches du pays.

L’équilibre trouvé à Djibouti illustre la manière dont un petit État peut composer avec plusieurs grandes puissances simultanément présentes sur son sol. Pour la France, ce point d’appui reste stratégique pour ses opérations dans l’océan Indien et en mer Rouge, alors que la présence chinoise continue de s’y développer. Le nouveau traité franco-djiboutien, entré dans sa phase de ratification, devrait fixer le cadre de cette coopération pour les années à venir.


Source : Valeurs Actuelles – https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/monde/djibouti-le-dernier-bastion-africain-de-la-france-menace-par-pekin