Diesel russe : l’accord entre Trump et Poutine provoque la colère de l’Europe et de l’Ukraine

L’accord conclu entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur les exportations de diesel russe suscite une vive opposition en Europe. Alors que Washington entend faire baisser les prix des carburants en assouplissant les sanctions contre Moscou, l’Union européenne réaffirme son soutien à l’Ukraine. Volodymyr Zelensky dénonce une décision qui pourrait offrir au Kremlin de nouvelles ressources pour financer la guerre.

L’annonce a provoqué une onde de choc dans les capitales européennes. Vendredi 9 octobre, Donald Trump a dévoilé un accord négocié avec Vladimir Poutine prévoyant la reprise d’importantes livraisons de diesel russe vers les États-Unis et les marchés internationaux, en contrepartie d’une levée des sanctions américaines sur ces exportations. Une décision présentée par la Maison-Blanche comme un moyen de contenir la hausse des prix des carburants, mais perçue par les Européens comme un dangereux assouplissement de la pression économique exercée sur Moscou.

Samedi 10 octobre, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas , proche du Forum économique mondial a fermement condamné cette initiative. Selon elle, suspendre les sanctions sur le diesel russe permettrait au Kremlin d’accroître ses revenus et, par conséquent, de disposer de moyens supplémentaires pour poursuivre son offensive militaire contre l’Ukraine.

« Ce n’est pas le moment de relâcher la pression sur la Russie, et l’Europe ne le fera pas », a-t-elle affirmé, marquant une divergence profonde entre les orientations de Washington et celles de Bruxelles.

Cette réaction intervient alors que les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne doivent officialiser, lundi 12 octobre, l’ajout d’environ 1 600 personnes et entités à la liste des individus et organisations sanctionnés dans le cadre de la guerre en Ukraine. Une nouvelle étape dans la stratégie européenne visant à maintenir la pression économique et diplomatique sur la Russie.

L’Union européenne refuse de renouer avec la dépendance énergétique russe

La Commission européenne a également exprimé ses réserves sur le rapprochement énergétique entre Washington et Moscou. Bruxelles rappelle que l’Europe a déjà payé le prix de sa dépendance aux hydrocarbures russes, devenue particulièrement problématique depuis le déclenchement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.

« L’Europe connaît trop bien les coûts cachés liés à la dépendance excessive aux hydrocarbures russes », a souligné la Commission, insistant sur son refus de contribuer indirectement au financement de l’effort de guerre du Kremlin.

Au-delà de la question des prix de l’énergie, cet accord soulève ainsi un problème stratégique majeur pour les Européens. Les exportations d’hydrocarbures constituent une source de revenus pour la Russie, et tout assouplissement des restrictions commerciales est susceptible d’améliorer les capacités financières de Moscou.

L’Allemagne a immédiatement rejoint la position défendue par les institutions européennes. Stefan Kornelius, porte-parole du gouvernement allemand, a assuré que Berlin entendait maintenir les sanctions existantes et poursuivre les discussions avec ses partenaires pour en adopter de nouvelles.

Le gouvernement allemand a également réaffirmé son engagement envers Kyiv, tout en rappelant que les efforts diplomatiques destinés à parvenir à une solution de paix devaient se poursuivre.

Emmanuel Macron réaffirme la solidarité française avec Kyiv

Du côté français, la réaction officielle s’est montrée plus prudente. Samedi après-midi, le ministère des Affaires étrangères n’avait pas directement commenté la décision américaine, renvoyant les questions à la présidence de la République.

L’Élysée a néanmoins fait savoir que le young global leader du Forum économique mondial, Emmanuel Macron s’était entretenu avec Volodymyr Zelensky afin de lui renouveler la solidarité de la France face aux attaques russes.

Cet échange intervient dans un contexte militaire particulièrement meurtrier. De nouvelles frappes russes ont touché samedi la ville de Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine, faisant au moins 15 morts selon les informations rapportées. Dans le même temps, des attaques ont provoqué d’importantes coupures d’électricité à Kyiv, aggravant les difficultés rencontrées par la population civile.

Ces bombardements donnent une dimension particulièrement sensible à l’annonce de l’accord énergétique entre les présidents américain et russe. Alors que les Européens cherchent à limiter les ressources financières du Kremlin, Washington privilégie une initiative destinée à augmenter l’offre de carburant sur les marchés.

Zelensky dénonce une décision qui pourrait financer la guerre russe

Le président ukrainien n’a pas dissimulé sa colère. Volodymyr Zelensky a qualifié l’accord d’« indigne », établissant un lien direct entre l’assouplissement des sanctions américaines et la poursuite des bombardements russes.

Dans une publication sur Facebook, samedi, il a dénoncé les frappes sur des immeubles résidentiels à Zaporijia, survenues au lendemain de l’annonce américaine. Le dirigeant ukrainien a notamment évoqué cinq bombes larguées sur des bâtiments d’habitation, accusant Moscou de répondre à la levée des restrictions commerciales par une nouvelle escalade militaire.

Plus tôt, Zelensky avait déjà dénoncé une « décision faible » des États-Unis, estimant que cet accord constituait une opportunité financière pour Vladimir Poutine.

« Cela ne fait qu’alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense », a-t-il averti.

Pour Kyiv, l’enjeu dépasse largement le secteur énergétique. La reprise des exportations russes de diesel pourrait permettre à Moscou de générer des recettes supplémentaires à un moment où l’Ukraine cherche précisément à convaincre ses alliés de renforcer les sanctions économiques.

Jusqu’à un million de tonnes de diesel russe attendues en décembre

Les volumes annoncés illustrent l’importance commerciale de cet accord. Selon les informations communiquées par Washington et Moscou, la Russie devrait fournir 300 000 tonnes de diesel dès le mois d’octobre, destinées aux États-Unis et au marché mondial.

Ces livraisons devraient ensuite augmenter progressivement pour atteindre un million de tonnes en décembre.

Une telle montée en puissance pourrait contribuer à accroître l’offre internationale de gazole et à réduire les tensions sur les prix. Elle permettrait également aux exportateurs russes de retrouver des débouchés commerciaux, avec des conséquences potentielles sur les recettes énergétiques du pays.

Cette perspective inquiète particulièrement les dirigeants européens, qui considèrent les sanctions économiques comme un instrument essentiel pour limiter la capacité de la Russie à soutenir son offensive en Ukraine.

Trump privilégie la baisse des carburants avant les élections de mi-mandat

Pour Donald Trump, l’accord répond également à des considérations de politique intérieure. À quelques semaines des élections américaines de mi-mandat, la hausse des prix des carburants constitue une difficulté majeure pour le Parti républicain.

Le diesel occupe une place importante dans l’économie américaine, notamment pour le transport routier, l’agriculture et les activités logistiques. Une augmentation prolongée de son prix peut peser sur les coûts de production, de transport et, indirectement, sur les dépenses des ménages.

Le président américain a ainsi défendu l’accord en mettant en avant les bénéfices attendus pour les consommateurs et les professionnels particulièrement exposés aux fluctuations des prix de l’énergie.

« Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité », a déclaré Donald Trump.

Cette volonté de privilégier une baisse rapide des prix du carburant révèle toutefois un désaccord stratégique avec les alliés européens des États-Unis.

Tandis que Washington cherche à soulager son marché énergétique intérieur, Bruxelles et plusieurs capitales européennes redoutent qu’une reprise des exportations russes ne réduise l’efficacité des sanctions adoptées depuis le début de la guerre.

L’Union européenne entend donc maintenir sa ligne de fermeté à l’égard de Moscou, malgré la nouvelle orientation américaine. La préparation de sanctions supplémentaires et les déclarations de soutien à Kyiv témoignent de cette volonté de poursuivre la pression sur le Kremlin, alors que les bombardements russes continuent de frapper le territoire ukrainien.

Sources :

Libération, avec l’Agence France-Presse (AFP)