Une vidéo tournée à la buvette de la luge d’été des Deux Alpes, en Isère, et mise en ligne vendredi 14 août sur X, a conduit le parquet de Grenoble à ouvrir une enquête. Ces propos antisémites présumés, tenus par une commerçante de la station, ont été dénoncés par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et par la ministre déléguée Aurore Bergé. Les investigations ont été confiées à la gendarmerie nationale.
Une buvette au pied de la luge d’été, un client qui filme, une phrase. Vendredi 14 août, le compte X « Jugé coupable » met en ligne une séquence tournée dans la station des Deux Alpes, en Isère, accompagnée du mot-clé « Balance ton antisémite ». On y voit la propriétaire de l’établissement affirmer à son interlocuteur que la communauté juive serait trop nombreuse et que cela finirait par excéder les gens. L’homme lui répond en rappelant que la loi française réprime les discriminations.
La diffusion est immédiate. Samedi 15 août à 18 h 30, la vidéo dépassait 790 000 vues, selon l’AFP. Elle en comptait plus de 870 000 en fin de soirée, d’après i24News. Aucun service de l’État n’avait eu connaissance de la scène avant sa mise en ligne.
Grenoble ouvre, la gendarmerie enquête
Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine ou de la religion. Les investigations ont été confiées à la gendarmerie nationale. La commerçante devait être entendue par les militaires dès le samedi. Selon i24News, elle a reconnu au cours de son audition avoir tenu les propos filmés.
Elle n’est nommée par aucun des médias qui ont relaté l’affaire, et aucune décision de justice n’est intervenue à ce stade. L’infraction visée figure à l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Elle est punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, ou de l’une de ces deux peines seulement.
Deux ministres et un article 40
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a indiqué que la gendarmerie nationale avait ouvert une enquête en lien avec le parquet dès que la vidéo avait été portée à sa connaissance. Il a jugé que de tels propos « n’ont pas de place dans notre République » et estimé que leur auteure devra en répondre.
Aurore Bergé, ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a saisi le procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Ce texte oblige toute autorité constituée à signaler sans délai un crime ou un délit dont elle acquiert la connaissance dans l’exercice de ses fonctions. La ministre a rappelé qu’aucun acte antisémite, raciste ou haineux ne saurait être toléré. La mairie des Deux Alpes a de son côté rappelé les valeurs d’ouverture et de respect de la commune, selon Le HuffPost.
1 320 actes en une année
Le chiffre est public depuis le 12 février 2026. Dans un communiqué consacré aux tendances 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé près de 2 500 actes antireligieux en France sur l’année, dont 1 320 visant des personnes ou des biens juifs. Soit 53 % du total des faits antireligieux enregistrés.
Le nombre d’actes antisémites recule de 16 % par rapport à 2024. Il reste, selon le même communiqué, à un niveau historiquement élevé au regard des vingt-cinq dernières années. Le bilan publié le même jour par le CRIF précise que 67,4 % de ces faits sont des atteintes aux personnes et non aux biens, contre 65,2 % un an plus tôt. Les violences physiques sont passées de 106 cas en 2024 à 126 en 2025. Le Conseil représentatif des institutions juives de France ajoute que ces données restent en deçà de la réalité, en raison de la sous-déclaration. 1 320 actes en douze mois, cela fait plus de trois et demi par jour.
Ce que la viralité a déclenché
La chaîne des réactions n’est pas partie d’un commissariat mais d’un compte anonyme. Publication vendredi, saisine ministérielle et signalement au parquet samedi, audition dans la foulée : quarante-huit heures. Le signalement en ligne fonctionne désormais comme un déclencheur de procédure, avec les garanties que cela suppose et les risques que cela comporte pour une personne mise en cause avant tout examen judiciaire.
Les Deux Alpes, commune de l’Oisans née le 1er janvier 2016 de la fusion de Mont-de-Lans et de Venosc, comptait 1 920 habitants en 2025. Elle vit d’une clientèle internationale et d’un domaine skiable dont le glacier reste exploité l’été. Ni la commune ni l’exploitant de la luge d’été n’ont communiqué au-delà du rappel de principes de la mairie.
L’enquête du parquet de Grenoble dira si la qualification pénale tient. Restent une buvette de montagne, un téléphone allumé et près de 900 000 spectateurs. Aux Deux Alpes, la saison d’été continue.