Trois personnes ont été mises en examen après le démantèlement d’une organisation soupçonnée de dérives sectaires à Toudon, dans les Alpes-Maritimes. Un couple sexagénaire et une femme de 42 ans, sans lien familial entre eux, auraient organisé des cérémonies chamaniques au cours desquelles des dizaines de participants auraient été placés en état de sujétion psychologique. Le parquet de Nice évoque plusieurs dizaines de victimes potentielles et un préjudice financier supérieur à 120 000 euros sur trois ans.
Le samedi 11 juillet 2026, trois personnes ont été interpellées sur la commune de Toudon, dans les Alpes-Maritimes. Un couple âgé d’une soixantaine d’années et une femme de 42 ans, sans lien familial avec les deux premiers, ont été placés en garde à vue. « La femme n’a pas de lien familial avec le couple », précise Joseph Fraigneaud, directeur de la gendarmerie départementale de Puget-Théniers, qui a supervisé l’enquête. Les trois mis en cause étaient jusqu’alors inconnus des services de police. Ils sont soupçonnés d’avoir dirigé une organisation aux dérives sectaires, en donnant régulièrement des cérémonies chamaniques dans la maison du couple. Toudon est une petite commune du moyen pays niçois, à une trentaine de kilomètres de Nice, où l’organisation opérait à l’écart des regards, dans un cadre présenté par ses participants comme propice au recueillement.
Une organisation aux dérives sectaires selon le parquet de Nice
Les informations ont été rendues publiques le 15 juillet par le procureur de la République de Nice, dans un communiqué de presse. Les trois organisateurs présumés ont été mis en examen pour plusieurs chefs distincts : trafic de stupéfiants, sujétion psychologique ou physique d’une personne, placement ou maintien d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique, exercice illégal de la médecine, de l’art dentaire ou de la profession de sage-femme sans enregistrement du diplôme, administration de substance nuisible à une personne vulnérable, et blanchiment d’argent. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur jugement.
Une enquête de neuf mois menée par la gendarmerie
Le démantèlement de cette organisation est l’aboutissement d’une enquête de neuf mois conduite par la brigade de recherches de Puget-Théniers, sous la supervision du parquet de Nice. Les gendarmes ont pu s’appuyer sur le renfort des compagnies de Nice et de Menton, du groupe cynophile de Gillette, ainsi que de cyberenquêteurs. Au total, une cinquantaine de personnes ont été mobilisées lors de l’intervention du 11 juillet, au cours de laquelle 14 participants ont été retrouvés sur place. Tous ont bénéficié d’une prise en charge médicale. « Ce qui nous a frappés lorsque nous sommes intervenus, c’est la passivité des participants. Ils étaient dans un état second, n’avaient aucune réaction », relate Joseph Fraigneaud.
Plusieurs dizaines de victimes présumées et un préjudice financier estimé
Selon la gendarmerie, les trois mis en cause se faisaient connaître par le bouche-à-oreille et auraient perçu plus de 120 000 euros en trois ans auprès des participants à leurs cérémonies. « On dénombre plusieurs dizaines de potentielles victimes », a précisé le gendarme aux enquêteurs de France 3 Régions. Les personnes présentes lors de l’intervention semblaient se considérer comme membres d’une même communauté, réunie autour de pratiques présentées comme chamaniques mais qualifiées de dérives sectaires par les autorités judiciaires.
L’instruction judiciaire devra désormais établir la responsabilité exacte de chacun des trois mis en examen dans cette affaire de dérives sectaires, qui illustre la vigilance croissante des parquets français face aux organisations se réclamant de pratiques spirituelles ou thérapeutiques alternatives. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires souligne régulièrement que ce type de structure prospère souvent en marge des radars institutionnels, recrutant par le bouche-à-oreille plutôt que par une communication publique. Le nombre encore incertain de victimes laisse présager que l’enquête pourrait s’étoffer dans les prochains mois.
Source : France 3 Régions – France Info, article original