La place centrale d'Olechky, dans la région de Kherson, avant la guerre

Cyberattaques : Kiev et Moscou piratés au lendemain de la trêve

Des cyberattaques ont visé dans la nuit du 1er au 2 novembre les applications d’alerte aérienne de l’Ukraine et de la Russie, quelques heures après la fin d’une trêve de six jours autour d’Olechky, dans la région de Kherson. De fausses alertes nucléaires et chimiques ont été diffusées, et Kiev accuse Moscou.

L’application sert à prévenir les Ukrainiens qu’un missile arrive sur leur région, leur district, leur commune. Dans la nuit de dimanche à lundi, c’est elle qui a menti. L’armée de l’air ukrainienne a annoncé que l’application nationale d’alertes en temps réel avait été piratée, rapporte l’AFP.

Le Centre ukrainien de communications stratégiques, Spravdi, a indiqué que sa propre application avait également été visée et a attribué l’attaque à la Russie. Il cite des alertes inhabituelles, dont un message en russe évoquant le missile Orechnik. Une capture d’écran publiée sur X montre des alertes à des radiations nucléaires et à des menaces chimiques.

Moscou touché aussi

Lundi, c’est le ministère russe des Situations d’urgence qui a annoncé une « cyberattaque massive » contre sa propre application d’alerte, utilisée pour prévenir la population des attaques de drones ukrainiens. Selon lui, les pirates ont diffusé de fausses informations. Le ministère dit travailler à corriger la faille. Moscou n’a pas immédiatement désigné de responsable.

Dans une guerre où chaque alerte peut décider d’une descente à l’abri, pirater le système d’alerte revient à frapper la confiance de la population. Une fausse alerte crée la panique, une vraie alerte ignorée peut tuer. Évoquer l’Orechnik, missile balistique russe de portée intermédiaire déjà utilisé contre l’Ukraine, ou des menaces nucléaires et chimiques n’avait rien d’innocent : le but était de semer la peur, à grande échelle et à moindre coût.

Six jours de silence à Olechky

Le calendrier n’a rien d’un hasard. Les piratages surviennent juste après l’expiration, dimanche soir, d’une trêve locale de six jours autour d’Olechky, ville de la ligne de front dans la région de Kherson. Ses routes d’accès sont minées et elle est sous le feu croisé des drones russes et ukrainiens. Elle manque de tout depuis des mois.

La pause a permis d’évacuer des habitants. Ni Kiev ni Moscou n’ont signalé de violation. Selon l’AFP, c’est le plus long cessez-le-feu depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022. Il a été négocié par la Première dame américaine, Melania Trump. Le médiateur ukrainien aux droits humains, Dmytro Loubinets, y a vu une étape importante dans les efforts humanitaires menés avec la Russie.

La guerre reprend ses droits

Avant la fin de la trêve, le ministère russe de la Défense avait prévenu sur Telegram que la nuit serait chaude. Hors de la zone de cessez-le-feu, les frappes n’ont jamais cessé : dimanche, des bombardements russes ont tué trois personnes, dont une fillette de 13 ans, dans les régions de Vinnytsia et de Soumy, selon les autorités ukrainiennes. Le chef de l’administration militaire de Kherson, Oleksandr Prokoudine, a appelé les habitants à une vigilance particulière.

Sur le plan diplomatique, Volodymyr Zelensky a déclaré dimanche que l’Ukraine cesserait de frapper les raffineries russes, comme le demande Donald Trump, si Washington livrait des missiles intercepteurs Patriot. L’Ukraine frappe désormais presque chaque semaine des raffineries, des oléoducs et des dépôts pétroliers en Russie, afin de tarir les revenus des hydrocarbures qui financent l’effort de guerre de Moscou. Les pourparlers russo-ukrainiens sous médiation américaine, gelés depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran fin février, doivent reprendre ce mois-ci.

Six jours de trêve, puis une nuit de fausses alertes : la guerre a repris là où elle fait le plus de dégâts invisibles, dans les téléphones. Reste à savoir si les habitants de Kherson croiront encore la prochaine sirène.


Sujet repéré dans : Franceinfo – https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/l-ukraine-et-la-russie-touchees-par-des-cyberattaques-apres-la-fin-d-un-cessez-le-feu-dans-la-region-de-kherson_8263511.html

Sources consultées : AFP via Orange Actualités, RTBF