Alors que des milliers de commerces ont été pillés ou dégradés lors des manifestations du 17 octobre 2026, la présence de plusieurs véhicules de CRS devant la chocolaterie de la famille de Brigitte Macron, à Amiens, suscite la polémique. Le syndicat Alliance Police Nationale dénonce un possible traitement de faveur et interpelle directement Emmanuel Macron sur l’utilisation des forces de l’ordre. Une controverse qui intervient après une journée de violences marquée par d’importantes difficultés de maintien de l’ordre.
La présence de CRS devant la chocolaterie de la famille Trogneux, à Amiens, provoque une vive controverse au sein des forces de l’ordre. Alors que la France a connu, samedi 17 octobre 2026, une journée de manifestations émaillée de pillages et de violences, le syndicat Alliance Police Nationale s’interroge sur les raisons du déploiement d’une demi-compagnie de CRS devant cet établissement lié à la famille de Brigitte Macron.
Dans une publication diffusée mardi 20 octobre sur les réseaux sociaux, l’organisation syndicale a directement interpellé le président de la République, exigeant des explications sur les circonstances de cette mobilisation policière.
Au cœur des interrogations figure une question sensible : les moyens de maintien de l’ordre ont-ils été répartis en fonction des nécessités opérationnelles ou certains établissements ont-ils bénéficié d’une protection particulière ?
Une demi-compagnie de CRS signalée devant la chocolaterie Trogneux
Selon les informations rapportées par Actu17, plusieurs véhicules de CRS ont été filmés devant la chocolaterie de la famille Trogneux, située à Amiens, dans la Somme. Les images montrent des fourgons de police stationnés à proximité de l’établissement, gyrophares allumés.
La boutique est dirigée par Jean-Baptiste Trogneux, petit-neveu de Brigitte Macron. L’entreprise familiale est notamment réputée pour ses macarons d’Amiens, une spécialité emblématique de la ville.
Pour Alliance Police Nationale, cette présence policière soulève des interrogations sur l’affectation des effectifs, dans un contexte où les forces de sécurité étaient fortement sollicitées sur l’ensemble du territoire.
Le syndicat affirme qu’une demi-compagnie de CRS aurait été mobilisée devant la chocolaterie, alors que de nombreux commerces subissaient simultanément des dégradations et des pillages.
À ce stade, les éléments rapportés ne permettent toutefois pas d’établir qui a décidé de ce déploiement, quelle était précisément sa mission ni si la protection de l’établissement constituait son objectif exclusif.
Alliance Police Nationale dénonce de possibles privilèges
Dans son message adressé à Emmanuel Macron, Alliance Police Nationale adopte un ton particulièrement offensif.
« Monsieur Macron, la République n’est pas votre propriété privée ! », lance l’organisation syndicale.
Le syndicat dénonce une situation qu’il juge difficilement compréhensible au regard des violences survenues pendant les manifestations et des besoins en renforts policiers dans plusieurs villes.
Alliance Police Nationale interpelle notamment le chef de l’État sur l’égalité de traitement entre les citoyens et sur l’utilisation des unités spécialisées dans le maintien de l’ordre.
L’organisation demande ainsi de connaître l’origine des instructions ayant conduit au déploiement des CRS, la nature de leur mission et les éventuelles conséquences de cette affectation sur les autres opérations de sécurité.
« Les CRS servent la République, pas les privilèges ! », insiste le syndicat.
Cette prise de position traduit les tensions suscitées par la gestion des effectifs policiers lors d’une journée particulièrement éprouvante pour les forces de l’ordre.
Contacté par Actu17, le Service d’information et de communication de la police nationale (SICOP) n’avait pas apporté de réponse au moment de la publication de l’article, mardi 20 octobre.
Des CRS également mobilisés autour des boutiques Trogneux au Touquet ?
La controverse dépasse le seul établissement d’Amiens.
Selon les informations du Canard enchaîné, une compagnie de CRS aurait été spécialement dépêchée pour surveiller les commerces de la famille Trogneux situés à Amiens et au Touquet, dans le Pas-de-Calais.
L’hebdomadaire évoque également des choix de mobilisation des effectifs qui interrogent, compte tenu de l’ampleur des troubles survenus le 17 octobre.
D’après les chiffres de la police nationale cités par le journal, le ministère de l’Intérieur aurait engagé 42 compagnies de CRS sur l’ensemble du territoire, alors que 14 compagnies supplémentaires auraient pu être mobilisées.
À Paris, le préfet de police n’aurait pas obtenu l’intégralité des renforts demandés, malgré plusieurs notes des services de renseignement de la préfecture alertant sur les risques de pillages massifs.
Ces révélations alimentent les interrogations sur la préparation du dispositif national de maintien de l’ordre et sur les critères ayant présidé à la répartition des unités disponibles.
Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de démontrer que la présence des CRS devant les établissements Trogneux aurait privé d’autres secteurs de renforts indispensables.
Nicolas Dupont-Aignan dénonce des « privilèges d’un autre temps »
La polémique a rapidement pris une dimension politique.
Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a également dénoncé la présence des forces de l’ordre devant la chocolaterie familiale.
Dans une publication sur X, l’ancien député a évoqué six fourgons de police stationnés devant la boutique et critiqué ce qu’il considère comme des « privilèges d’un autre temps ».
Selon lui, les autres commerçants français auraient été abandonnés face aux pilleurs pendant que des moyens policiers étaient mobilisés à proximité d’un établissement appartenant à la famille de la Première dame.
Ces accusations politiques s’ajoutent aux demandes d’explications formulées par Alliance Police Nationale, sans constituer pour autant une preuve de favoritisme dans les décisions opérationnelles.
Plus de 3 000 commerces pillés ou dégradés lors des manifestations
La controverse intervient dans un contexte de violences d’une ampleur exceptionnelle.
Samedi 17 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté à travers la France pour protester contre la vie chère et soutenir le mouvement lycéen.
Selon les chiffres communiqués par la police, 550 000 personnes ont participé aux rassemblements. Les organisateurs ont, de leur côté, revendiqué 800 000 manifestants.
Des affrontements ont éclaté dans plusieurs villes, parfois avant même le départ des cortèges.
À Limoges, en Haute-Vienne, les violences ont notamment conduit à l’incendie de l’hôtel de ville, symbole de la gravité des débordements constatés au cours de cette journée.
Les commerces ont également été particulièrement touchés.
Le ministre du Commerce, Serge Papin, a fait état d’au moins 3 000 établissements pillés ou dégradés à Paris et dans de nombreuses autres villes françaises.
Ce bilan illustre l’ampleur des destructions subies par les commerçants et les difficultés rencontrées par les forces de sécurité pour contenir les violences.
Laurent Nuñez reconnaît une « perte de contrôle » dans plusieurs villes
Face aux critiques concernant la gestion du maintien de l’ordre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a reconnu certaines difficultés opérationnelles.
Invité de France Inter lundi 19 octobre, il a admis une « perte de contrôle » des forces de l’ordre dans « certaines grandes villes ».
Le ministre a néanmoins contesté l’idée selon laquelle les autorités auraient sous-estimé les moyens nécessaires pour encadrer les manifestations.
Cette déclaration intervient alors que les informations publiées par Le Canard enchaîné font état de renforts policiers disponibles qui n’auraient pas été engagés.
Dans ce contexte, la présence de CRS devant les commerces de la famille Trogneux concentre désormais une partie des critiques adressées à l’exécutif.
Les questions soulevées par Alliance Police Nationale restent centrales : quelle autorité a ordonné ce déploiement, pour quelle mission et selon quels critères de priorité ?
Au moment des informations publiées par Actu17, aucune explication officielle de la police nationale ne permettait encore de préciser les circonstances exactes de cette présence policière devant la chocolaterie d’Amiens.
Sources :
Actu17 — Article publié le 20 octobre 2026 à 19h23 : « Des CRS devant la chocolaterie de la famille de Brigitte Macron pendant les pillages : un syndicat de police exige des explications ».
Le Canard enchaîné — Informations sur le déploiement des compagnies de CRS à Amiens et au Touquet, rapportées par Actu17.
France Inter — Déclarations de Laurent Nuñez du 19 octobre 2026, rapportées par Actu17.