François Bayrou a averti, mercredi 12 août sur Europe 1, que la France traverse une situation financière inédite depuis trois quarts de siècle. Selon l’ancien Premier ministre, la totalité de l’impôt sur le revenu ne suffira plus, dès l’an prochain, à couvrir les seuls intérêts de la dette publique. Un constat qu’il relie directement aux incertitudes de la présidentielle de 2027.
Dans La Grande Interview d’Europe 1, ce mercredi 12 août, François Bayrou a lâché une phrase qui se passe de commentaire : « L’an prochain, la totalité de l’impôt sur le revenu payé par les Français ne suffira pas à payer la totalité des intérêts sur la dette. Pas le capital, simplement les intérêts. » Autrement dit, chaque euro prélevé sur le revenu des ménages via cet impôt partirait, sans reste, dans le seul règlement des intérêts. Le capital de la dette, lui, resterait entièrement à financer par ailleurs. L’ancien chef du gouvernement et président du MoDem a qualifié la situation d’unique : « Jamais depuis trois quarts de siècle la France n’a été dans la situation où elle se trouve. »
« La crise financière est inéluctable »
François Bayrou n’a pas cherché à atténuer son propos. « La crise financière est inéluctable », a-t-il affirmé sur l’antenne d’Europe 1, décrivant une France entrée, selon lui, dans une phase où le dérapage des comptes publics ne relève plus de l’hypothèse mais de l’échéance. Il a comparé la conduite du pays à celle d’un avion confié à un pilote inexpérimenté : « On ne confie pas un Boeing à quelqu’un qui n’a jamais piloté de planeur. » Une image reprise à plusieurs reprises dans l’entretien pour souligner, selon lui, l’écart entre la gravité de la situation financière et le niveau de préparation des responsables susceptibles d’en hériter après 2027.
Le calendrier politique s’invite dans l’équation
L’ancien Premier ministre a également relié cette alerte budgétaire au contexte électoral. À l’approche de la présidentielle de 2027, il juge qu’un éventuel duel de second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise représenterait « un risque mortel pour le pays ». Sur le plan parlementaire, le sujet reste pour l’instant en suspens : les députés, actuellement en congé, doivent reprendre leurs travaux à la rentrée pour s’atteler à l’élaboration du budget. Une tâche que la fracturation de l’Assemblée nationale rend déjà complexe, et qui pourrait se compliquer davantage selon l’issue des élections sénatoriales de septembre.
Aucune mesure chiffrée de redressement, ni calendrier gouvernemental précis, n’a été avancé dans cet entretien. François Bayrou n’a pas non plus détaillé la méthode de calcul aboutissant à ce basculement de l’impôt sur le revenu vers le seul paiement des intérêts de la dette. Si ce scénario se confirmait à l’occasion des débats budgétaires de la rentrée, la question du financement de la dette française deviendrait un enjeu central de la séquence politique qui s’ouvre avant 2027.
L’avertissement de François Bayrou replace la dette publique au centre du débat, quelques semaines avant la reprise des travaux parlementaires sur le budget. Reste à savoir si les arbitrages de rentrée confirmeront l’ampleur du basculement qu’il décrit, ou si le chiffre restera, pour l’instant, une prédiction.