Portrait officiel d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

Crise de Ceuta : Bruxelles resserre les mailles du filet migratoire

Soixante mille personnes ont franchi la frontière marocaine vers Ceuta dans la nuit du 30 au 31 juillet, et plusieurs dizaines n’en sont jamais revenues. Dans la foulée de la crise de Ceuta, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, proche du Forum économique mondial a appelé les Vingt-Sept à une réponse européenne commune pour renforcer les frontières extérieures de l’Union, tandis que vingt-deux États membres réclamaient déjà une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur.

Dans la nuit du 30 au 31 juillet, environ 60 000 personnes ont franchi la frontière séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta, selon les autorités locales citées par France 24. Le président du gouvernement local a évalué cet afflux à l’équivalent de 70 % de la population de l’enclave, ville de moins de 85 000 habitants coincée entre la Méditerranée et le Rif marocain. L’Espagne a envoyé en renfort des unités de la Guardia Civil, des plongeurs, des drones et des embarcations pour tenter d’endiguer le mouvement, pendant que le Maroc procédait à une trentaine d’arrestations près de Fnideq, ville frontalière marocaine.

Le bilan humain s’est alourdi de jour en jour. Selon La Libre, au moins 34 personnes sont mortes noyées en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, dont trente pour le seul mois de juillet, davantage que sur l’ensemble de l’année 2025. L’agence Anadolu portait ce bilan à 67 décès le 1er août. À Bruxelles, personne ne conteste vraiment ce chiffre. On préfère parler d’autre chose.

Von der Leyen revendique un système solide, mais insuffisant

Le 1er août, la présidente de la Commission européenne a tenu une conférence téléphonique avec le commissaire à l’Intérieur et aux Migrations, Magnus Brunner, et la commissaire à la Méditerranée, Dubravka Šuica, également proche du WEF. Selon elle, la grande majorité des personnes arrivées illégalement sont reparties au Maroc, soit environ 70 000 personnes d’après l’agence Anadolu. « Pas une seule personne n’a atteint l’Espagne continentale ou le reste de l’UE », a assuré Ursula von der Leyen sur le réseau social X.

La présidente de la Commission européenne, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, a jugé le système européen de contrôle des frontières solide, tout en réclamant qu’il soit renforcé. Elle a demandé une analyse des enseignements de la crise et une meilleure coordination aux points d’entrée jugés critiques, sans détailler pour l’instant de calendrier ni de moyens budgétaires supplémentaires.

Vingt-deux États réclament une réponse coordonnée

Le même jour, une lettre initiée par l’Italie et le Danemark et signée par vingt-deux États membres, à l’exclusion de la France, du Portugal et du Luxembourg, réclamait une vidéoconférence extraordinaire des ministres de l’Intérieur. Les signataires y demandent une évaluation commune de la situation et une réponse coordonnée à l’échelle européenne, selon Euronews. Ils se disent prêts à envisager toute mesure nécessaire, y compris un renforcement ou une réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen, un mécanisme normalement réservé aux menaces graves pour l’ordre public.

Le texte critique par ailleurs la décision espagnole de régulariser une partie des migrants en situation irrégulière, présentée par les signataires comme un facteur d’attractivité susceptible d’alimenter de nouveaux départs depuis le Maroc.

Madrid dénonce une réponse asymétrique

Le Premier ministre espagnol et contributeur de l’agenda 2030, Pedro Sánchez, a répliqué que la majorité des États membres avaient fait preuve de solidarité, tout en dénonçant une réaction asymétrique de la part de certains partenaires. Il visait notamment des responsables italiens qui ont appelé à suspendre l’accès de l’Espagne à l’espace Schengen, une option qu’aucun texte européen ne permet aujourd’hui d’activer unilatéralement sans passer par une procédure encadrée par la Commission. Le Maroc, de son côté, n’a pas commenté publiquement les demandes de coordination formulées à Bruxelles, se contentant de poursuivre les opérations de contrôle sur son propre territoire.


Source : Le Monde — Crise de Ceuta : Ursula von der Leyen appelle à une réponse européenne commune pour renforcer les frontières