Une ancienne employée du Constellation, le bar de Crans-Montana ravagé par un incendie le 1er janvier 2026, est entendue lundi 31 août par les enquêteurs à Sion. Elle est à l’origine d’un message d’alerte interne daté de décembre 2019 et affirme avoir été séquestrée par Jacques Moretti en 2021.
Le document est daté du 13 décembre 2019, six ans avant le drame. Transmis à la police, ce message WhatsApp émane de Jessica Moretti, copropriétaire du Constellation, et s’adresse à ses équipes. Elle y met en garde contre l’usage des cierges magiques : si l’un d’eux tombe sur un canapé ou au sol, ou s’il est tenu en hauteur près du plafond, « le Constel brûle ».
Selon les informations du quotidien suisse 24 heures, c’est l’ancienne serveuse entendue lundi à Sion qui est à l’origine de la transmission de ce message aux enquêteurs. L’incendie du 1er janvier 2026 a coûté la vie à 41 personnes et fait 115 blessés.
Ce que l’audition doit établir
L’enjeu de cette audition est précis : mesurer le degré de conscience du risque d’embrasement chez les exploitants du bar avant le drame. La témoin a travaillé près de deux ans au contact de Jessica Moretti. Selon des avocats de victimes cités par la presse suisse, elle pourra témoigner de la culture d’entreprise de l’établissement et des règles de sécurité qui y étaient appliquées.
En droit pénal, la différence entre l’accident et l’infraction se joue souvent sur ce point : savait-on, et qu’a-t-on fait de ce savoir. Un message interne rédigé six ans plus tôt, décrivant exactement le scénario qui s’est produit, pèse lourd dans cette balance.
Des heures supplémentaires, une caisse, un sous-sol
Les relations entre l’employée et ses patrons s’étaient dégradées sur un conflit d’heures supplémentaires non rémunérées. Durant l’été 2021, elle et deux collègues ont prélevé de l’argent dans les caisses de l’établissement pour compenser ce manque à gagner. Les trois salariés ont été licenciés.
Avant d’alerter la police, Jacques Moretti aurait séquestré les trois employés dans les sous-sols de l’établissement afin d’exiger un paiement immédiat, contraignant deux d’entre eux à céder. L’affaire s’est soldée par une condamnation pénale et une conciliation. Ces faits, anciens et distincts de l’incendie, éclairent le fonctionnement interne d’une maison dont les enquêteurs cherchent à reconstituer les pratiques.
Un dossier qui s’élargit
L’instruction ne cesse de s’étendre. Un ancien conseiller municipal a été mis en cause et entendu comme seizième prévenu. Une procureure chargée du dossier a démissionné en cours d’enquête, à la surprise des avocats des parties civiles.
Du côté des exploitants, la situation s’est également dégradée. Jessica Moretti souffre d’un traumatisme crânio-facial grave consécutif au sinistre. Jacques Moretti a été placé en détention provisoire pour des violences conjugales présumées. Les avoirs du couple sont gelés et leur groupe de restauration est présenté comme au bord de la faillite.
Quarante et un morts, seize prévenus
L’incendie du Constellation s’est déclaré dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, dans une station valaisanne au plus fort de la saison. Le bilan, 41 morts et 115 blessés, en fait l’un des sinistres les plus meurtriers survenus en Suisse depuis des décennies.
L’instruction, conduite par le ministère public valaisan à Sion, a déjà conduit à l’audition de seize prévenus, dont un ancien conseiller municipal. Une vidéo inédite versée au dossier montre la boule de feu décrite par les survivants et la fuite des clients. L’audition de lundi s’inscrit dans cette série : reconstituer, témoin après témoin, ce que les exploitants savaient de l’inflammabilité de leur établissement.
Quarante et une personnes sont mortes dans un bar dont la patronne avait écrit, six ans plus tôt, ce qui arriverait si un cierge magique touchait la mousse du plafond. La justice valaisanne devra dire si cette phrase relevait de la prudence ordinaire ou de la conscience du danger.