À la veille de l’entrée en lice de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 2026, Didier Deschamps a apporté son soutien à Christophe Gleizes, journaliste sportif français détenu en Algérie. Un geste symbolique mais fort, intervenu dans un contexte de mobilisation croissante du monde du football et des médias. Retour sur une affaire qui dépasse désormais largement le cadre sportif.
La Coupe du monde 2026 n’est pas seulement le théâtre des ambitions sportives des plus grandes sélections de la planète. À New York, à quelques heures du premier match des Bleus face au Sénégal, un autre sujet s’est invité au cœur de l’actualité du football : le sort de Christophe Gleizes, journaliste sportif français emprisonné en Algérie.
Le lundi 15 juin 2026, lors de la conférence de presse organisée au MetLife Stadium d’East Rutherford, dans le New Jersey, le sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps, a apporté un soutien public au reporter français. Une prise de position particulièrement remarquée alors que la famille de Christophe Gleizes multiplie depuis plusieurs mois les appels à la solidarité du monde du football.
L’initiative est intervenue dans une atmosphère inhabituelle. Avant même l’arrivée de Didier Deschamps et de N’Golo Kanté devant les médias, plusieurs journalistes français présents sur place ont déployé des écharpes portant l’inscription « Free Gleizes ». Dans la salle de presse se trouvaient également Sylvie Godard et Francis Godard, la mère et le beau-père du journaliste détenu, venus rappeler publiquement son sort à l’occasion du plus grand événement sportif mondial.
L’un des moments les plus symboliques de cette mobilisation est survenu lorsqu’une question rédigée par Christophe Gleizes lui-même a été posée à Didier Deschamps par l’intermédiaire du journaliste Vincent Duluc, président de l’Union des journalistes de sport en France. Le reporter emprisonné a ainsi pu, de manière indirecte, continuer à exercer son métier depuis sa cellule. Cette séquence revêt une portée particulière dans un dossier qui suscite l’inquiétude des défenseurs de la liberté de la presse depuis plus de deux ans.
Christophe Gleizes, journaliste indépendant spécialisé dans le football africain et collaborateur des magazines So Foot et Society, s’était rendu en Algérie en mai 2024 pour enquêter notamment sur l’histoire de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) ainsi que sur la mort du footballeur camerounais Albert Ebossé survenue en 2014. Le 28 mai 2024, il est interpellé à Tizi Ouzou par les autorités algériennes avant d’être placé sous contrôle judiciaire pendant plus d’un an.
Le 29 juin 2025, un tribunal de Tizi Ouzou le condamne à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications à visée de propagande ». Les accusations reposent notamment sur des échanges réalisés plusieurs années auparavant avec un dirigeant de la JS Kabylie également lié au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste par Alger depuis 2021. Ses soutiens dénoncent une interprétation abusive de son travail journalistique.
Depuis cette condamnation, l’affaire a pris une dimension internationale. Reporters sans frontières (RSF), de nombreuses sociétés de journalistes, plusieurs médias français ainsi que des personnalités du monde culturel et sportif se sont mobilisés pour réclamer sa libération. Plus de 80 personnalités ont notamment signé un appel public en juillet 2025 afin d’obtenir sa remise en liberté.
La Fédération française de football s’est également impliquée dans la sensibilisation autour de cette affaire. Durant les derniers mois, plusieurs initiatives ont été menées pour maintenir la pression médiatique et diplomatique. Selon plusieurs observateurs, la Coupe du monde 2026 représente désormais une caisse de résonance exceptionnelle pour cette mobilisation.
C’est dans ce contexte que le soutien de Didier Deschamps revêt une importance particulière. Le sélectionneur français, en poste depuis 2012 et qui quittera ses fonctions après le Mondial 2026, reste l’une des personnalités les plus respectées du football français. Son intervention rompt avec la relative discrétion observée jusqu’à présent par plusieurs grandes figures du football sollicitées par la famille du journaliste.
Pour Sylvie Godard et Francis Godard, présents aux États-Unis, cette visibilité offerte par la Coupe du monde constitue un espoir supplémentaire. Ils poursuivent leurs démarches auprès des autorités françaises, de la FIFA et des acteurs majeurs du football international afin d’obtenir une grâce présidentielle ou une évolution favorable du dossier.
Au-delà du cas personnel de Christophe Gleizes, cette affaire met en lumière les questions de liberté de la presse et de protection des journalistes dans le cadre de leurs enquêtes. Le fait qu’un journaliste sportif soit devenu l’un des symboles contemporains de ces combats rappelle combien le sport et l’information demeurent étroitement liés lorsque les libertés fondamentales sont en jeu. À l’heure où les Bleus entament leur campagne mondiale aux États-Unis, le nom de Christophe Gleizes continue ainsi de résonner bien au-delà des terrains de football.
Sources :
- Le Monde – 15 juin 2026 – Coupe du monde 2026 : Didier Deschamps apporte son soutien au journaliste Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie – Le Monde
- Le Parisien – 15 juin 2026 – Coupe du monde : les journalistes français affichent leur soutien à Christophe Gleizes – Le Parisien
- L’Équipe – 12 juin 2026 – La famille du journaliste Christophe Gleizes détenu en Algérie regrette l’absence de soutien des grands noms du football français – L’Équipe
- Le Monde – 30 juin 2025 – La condamnation « ubuesque » de Christophe Gleizes à sept ans de prison ferme en Algérie – Le Monde Afrique
- Le Monde – 16 juillet 2025 – Plus de 80 personnalités appellent à la libération de Christophe Gleizes – Le Monde Afrique
