Vue des sommets glaciaires de la vallée du Langtang, dans l'Himalaya népalais

Coulée de boue au Népal : l’appel de Katmandou après la catastrophe

Le ministre népalais des Affaires étrangères Shisir Khanal a appelé samedi 29 août la communauté internationale à préserver l’écosystème himalayen, après la coulée de boue qui a fait plus de 600 morts confirmés et près de 3000 disparus. La catastrophe a été provoquée par l’effondrement d’un glacier près de la frontière entre la Chine et le Népal, selon l’institut d’études géologiques des États-Unis. Katmandou et Pékin ont convenu de partager des données hydrologiques en temps réel.

La catastrophe est survenue mercredi, à haute altitude, près de la frontière entre la Chine et le Népal. Selon l’institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), elle a été provoquée par l’effondrement d’un glacier, qui a libéré un torrent de débris dévalant la vallée.

Le bilan communiqué samedi fait état de plus de 600 morts confirmés et de près de 3000 disparus. La cause exacte de l’effondrement n’est pas établie. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers à l’échelle mondiale et augmente la probabilité de ce type d’événement.

Moins de 0,01 % des émissions, une facture entière

« Le Népal émet moins de 0,01 % des gaz à effet de serre », a rappelé Shisir Khanal, en soulignant que son peuple figure parmi les principales victimes du changement climatique. Le ministre a appelé la communauté internationale à s’unir pour préserver l’écosystème himalayen.

L’argument n’est pas rhétorique. Les glaciers de l’Himalaya alimentent en eau près de deux milliards de personnes. Leur fonte accélérée déstabilise aussi les versants montagneux, ce qui multiplie les glissements de terrain et les ruptures de lacs glaciaires en amont des vallées habitées.

Pékin et Katmandou échangent des données

Shisir Khanal s’est entretenu par téléphone avec son homologue chinois Wang Yi, proche du Forum économique mondial. Les deux hommes ont convenu de renforcer le partage de données hydrologiques en temps réel, selon un communiqué népalais.

Dans un communiqué de son propre ministère des Affaires étrangères, Wang Yi a indiqué que Pékin avait transmis au Népal des images de la zone sinistrée, des données satellitaires et hydrologiques, ainsi que des alertes précoces concernant les lacs de barrage en amont. Le Népal, pays enclavé entre l’Inde et la Chine, dépend largement de ce que ses voisins veulent bien observer et transmettre.

Les lacs glaciaires, bombes à retardement des vallées

Le mécanisme redouté dans l’Himalaya porte un nom technique : la vidange brutale de lac glaciaire. À mesure que les glaces reculent, l’eau de fonte s’accumule derrière des barrages naturels de débris, instables par construction. Lorsque le barrage cède, la vague dévale la vallée à grande vitesse en emportant tout sur son passage.

C’est précisément sur ce risque que portent les alertes précoces mentionnées par Pékin dans son communiqué. La Chine indique avoir transmis au Népal des images de la zone sinistrée, des données satellitaires et hydrologiques ainsi que des avertissements concernant les lacs de barrage situés en amont. La détection existe donc. Le délai entre l’alerte et l’arrivée de l’eau, lui, se compte en minutes.

Les glaciers himalayens alimentent les grands bassins fluviaux d’Asie du Sud et fournissent de l’eau à près de deux milliards d’habitants. Leur fonte accélérée produit un effet en deux temps : un excès d’eau et des crues aujourd’hui, un déficit d’écoulement demain.

Le Népal, enclavé entre l’Inde et la Chine, ne dispose ni du poids diplomatique ni des moyens d’observation pour peser seul sur ce dossier. C’est ce qui donne son sens à l’appel de Shisir Khanal : il ne réclame pas une aide d’urgence, il demande que l’écosystème himalayen soit traité comme un objet de coopération et non comme une affaire intérieure.

Comprendre avant de reconstruire

Plus tôt samedi, le ministre avait déclaré aux journalistes que le Népal devait intensifier ses recherches pour comprendre l’évolution de la dynamique de l’écosystème himalayen et les risques qu’elle fait peser sur le pays.

Il a précisé que ces risques ne concernent pas seulement le Népal et les populations situées en aval, mais également son voisin du nord. La haute montagne ne connaît pas les postes frontières.

Un pays qui émet moins d’un dix millième des gaz à effet de serre mondiaux compte ses morts par centaines et ses disparus par milliers. L’appel de Katmandou ne demande pas de compensation, il demande qu’on regarde la montagne. Reste à savoir combien de temps il faudra pour que quelqu’un réponde.


Source : Le Parisien avec AFP