Détroit d’Ormuz : la Corée du Sud déploie sa marine et change de cap

La Corée du Sud a annoncé le 5 novembre 2026 l’extension de son unité navale Cheonghae jusqu’aux abords du détroit, avec un avion de patrouille maritime et une équipe de déminage. Séoul, qui revendiquait jusqu’ici une stricte non-implication dans la guerre en Iran, invoque la protection de ses citoyens et de ses intérêts économiques. La mission se veut non combattante et doit encore être approuvée par le Parlement.

L’annonce vient du ministère sud-coréen de la Défense, rapporte l’AFP reprise par Quartz. L’unité Cheonghae, qui escorte des navires marchands contre la piraterie dans le golfe d’Aden depuis 2009, voit sa zone d’action élargie vers les eaux voisines du détroit d’Ormuz. Un responsable cité anonymement résume la logique du déploiement : protéger les citoyens et les intérêts économiques sud-coréens.

Les moyens sont précisés par le site spécialisé Armees.com : un avion de patrouille maritime P-8 Poseidon, une équipe de déminage, des drones navals de surface et des robots sous-marins téléguidés. L’effectif de l’unité passerait de 320 à 395 personnels. Selon l’agence Yonhap, citée par le même site, le feu vert parlementaire est attendu avant la fin de l’année.

Ne pas toucher à l’Iran

Séoul a soigneusement balisé le terrain. Les opérations doivent rester cantonnées aux eaux internationales au sud d’Oman, sur un axe d’environ 650 kilomètres entre le port de Duqm et le détroit. L’avion n’a pas vocation à surveiller le territoire iranien, ses eaux territoriales ni l’intérieur même du passage. La mission est présentée comme indépendante de toute force alliée.

La précaution n’est pas superflue. En septembre, Téhéran avait mis en garde la Corée du Sud contre tout déploiement dans la zone. Et le 18 septembre, le président Lee Jae-myung assurait encore, selon The Korea Times, que son pays maintenait le principe de non-implication et de non-intervention dans la guerre opposant les États-Unis à l’Iran. Il excluait l’envoi de troupes de combat comme le placement de militaires sous commandement étranger, tout en évoquant déjà un rôle accru de l’unité Cheonghae pour protéger navires, routes pétrolières et ressortissants.

Trois navires en flammes

Ce qui a fait basculer Séoul se lit dans l’actualité du détroit. Selon Armees.com, trois navires ont pris feu le 5 novembre dans le passage : un pétrolier touché par une mine, un superpétrolier et un remorqueur d’intervention. Toujours selon ce site, les Gardiens de la révolution iraniens avaient revendiqué la veille la destruction de quatre pétroliers après des collisions avec des mines.

Par ce goulet transite environ un cinquième du pétrole mondial. Pour une économie industrielle qui importe la quasi-totalité de son énergie et dépend largement des hydrocarbures du Golfe, la neutralité a un coût que les raffineries finissent par présenter.

Ni avec Washington, ni sans pétrole

Le choix sud-coréen relève de l’équilibrisme. Séoul refuse toujours de participer aux opérations américaines contre l’Iran, mais l’appareil qu’il envoie, le P-8 Poseidon, est de fabrication américaine. Une coordination avec Oman et les Émirats arabes unis est évoquée, sans plus de précision. L’objectif affiché reste le même : faire passer les navires, pas faire la guerre.

Les moyens restent modestes au regard de l’enjeu. Le P-8 Poseidon, acquis par Séoul entre 2018 et 2020, embarque bouées sonar, capteurs acoustiques et radars de surface, de quoi repérer mines et menaces. Mais l’unité Cheonghae ne dispose ni de navires-pompes ni d’hélicoptères lourds de sauvetage, relève Armees.com. Face à un pétrolier en feu, elle pourra signaler, guider, déminer en amont. Pas éteindre l’incendie.

La Corée du Sud ne part pas en guerre, elle part déminer. Dans le détroit d’Ormuz, toute la nuance tiendra à la distance gardée avec les côtes iraniennes.


Sources : Le Parisien ; Armees.com ; Quartz (AFP) ; The Korea Times