Les commémorations de Tulle ont tourné à l’incident le lundi 17 août 2026 : le président du comité local de l’ANACR, Michel Trésallet, a pris à partie devant le monument deux élus du Rassemblement national venus assister au 82e anniversaire de la libération de la ville. Le conseiller municipal Thierry Greck et le conseiller régional Valéry Elophe ont jugé l’apostrophe inappropriée. La scène prolonge un bras de fer ouvert au printemps autour de l’hommage aux 99 pendus du 9 juin 1944.
Lundi 17 août au matin, la commémoration du 82e anniversaire de la libération de Tulle s’est arrêtée sur une phrase. Michel Trésallet, président du comité tulliste de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR), a pointé du doigt deux élus du Rassemblement national présents à la cérémonie : « Vous insultez nos morts ! » Les deux hommes n’ont pas répondu sur le moment, rapporte La Montagne.
Il s’agit de Thierry Greck, conseiller municipal de Tulle, et de Valéry Elophe, conseiller régional et délégué départemental du Rassemblement national pour la Corrèze. D’après les propos de ce dernier rapportés par le quotidien régional, les deux élus ont estimé la prise à partie inappropriée et sont allés voir le maire à l’issue des cérémonies. Thierry Greck, élu de la ville, avait reçu une invitation officielle et entendait saisir l’édile pour que de telles scènes ne se reproduisent pas.
Un courrier parti chez le préfet
La sortie du 17 août n’est pas une improvisation. Deux mois plus tôt, avant l’hommage annuel du 9 juin, le bureau du comité tulliste de l’ANACR avait adressé un courrier au préfet de la Corrèze, aux parlementaires, au président du conseil départemental et au maire de Tulle. L’association y écrivait ne pas pouvoir accepter qu’un élu du Rassemblement national représente la ville aux commémorations en hommage aux victimes du nazisme, et prévenait qu’elle interpréterait cette présence comme une provocation.
Le texte s’appuyait sur l’histoire du Front national, dont le Rassemblement national est issu. L’ANACR y citait Pierre Bousquet, Jean Castrillo et Léon Gaultier, anciens Waffen-SS, et François Duprat, l’un des diffuseurs du négationnisme en France, parmi les fondateurs du parti en 1972. Michel Trésallet, octogénaire, porte tatoué sur le bras le numéro de déporté de son père, raflé le 9 juin 1944 à Tulle et mort au camp de Hersbruck.
Le comité des martyrs ne suit pas
L’association des anciens combattants n’a pas emporté tout le monde. Le comité des martyrs de Tulle, qui rappelle son caractère apolitique, a considéré en juin qu’il n’y avait pas de sujet : l’élu a été désigné démocratiquement, le comité se dit dans une neutralité absolue et dans le respect du résultat des urnes. Le maire de Tulle, Laurent Melin, élu en mars 2026, a rappelé de son côté que le 9 juin est une journée de mémoire et de recueillement, pas un événement politique, et précisé qu’il serait le seul représentant des élus tullistes dans le rang protocolaire.
Le 9 juin 1944, la 2e division blindée SS Das Reich avait pendu 99 hommes dans les rues de Tulle. Cent quarante-neuf autres habitants furent déportés, 101 ne sont jamais revenus.
Un arrière-petit-neveu de victime au RN
La ligne de partage n’est pas si nette. Julien Leonardelli, député européen du Rassemblement national et conseiller régional d’Occitanie, était annoncé le 9 juin à Tulle au titre des familles de victimes. Il est l’arrière-petit-neveu de Jules Altar, dont le nom a été ajouté en 2025 sur le monument du Haut-lieu de Cueille à l’issue d’un travail de recherche. La municipalité avait précisé qu’il ne déposerait pas de gerbe.
Interrogé en avril par Ici Limousin, Thierry Greck avait annoncé son intention d’être présent et assuré que ce ne serait pas une provocation, estimant que la date du 9 juin n’appartient à aucun parti. En juin, Valéry Elophe disait regretter une polémique portée selon lui par une minorité d’anciens combattants et rappelait que les élus de son parti n’ont rien à voir avec les auteurs du massacre. La commémoration, expliquait-il, devrait rester un moment d’unité.
Corrèze, Allier, Cher, Gironde
Le cas tulliste n’est pas isolé. Dans son édition du 18 août, La Montagne recense des tensions comparables en Corrèze, dans l’Allier, le Cher, la Gironde et les Pyrénées-Orientales, où les récentes commémorations de la Seconde Guerre mondiale ont donné lieu à des incidents entre élus du Rassemblement national et opposants au parti, les seconds accusant les premiers d’insulter les victimes du nazisme.
Depuis les élections municipales de mars 2026, le conseil municipal de Tulle compte pour la première fois un élu du Rassemblement national. Interrogé le lendemain de la cérémonie, Michel Trésallet a déclaré ne rien regretter et qu’il recommencerait.
À Tulle, le rang protocolaire se construit des mois à l’avance, avec les familles, les associations et les autorités. Le reste se règle désormais debout, devant le monument.