Musique de la Légion étrangère lors du défilé du 14 juillet

Colombie : un légionnaire français aux mains d’une dissidence des Farc

José Olger Melo Charry, caporal colombien de la Légion étrangère française, est détenu depuis le 6 août par une dissidence des Farc dans le Nariño, au sud-ouest de la Colombie. Son enlèvement met à l’épreuve la ligne dure du nouveau président Abelardo De La Espriella, investi le 7 août. Il révèle surtout un territoire administré par les armes.

Le 6 août, José Olger Melo Charry quitte Pasto, sa ville natale et capitale du Nariño, pour Cumbitara, un bourg de la cordillère situé à plusieurs heures de route. Ce caporal de la Légion étrangère, engagé depuis quatre ans, était arrivé la veille pour voir sa famille. Sur un pont du secteur de Remolino, au-dessus du rio Patia, des hommes armés arrêtent le véhicule.

Ils relâchent la femme qui l’accompagne « parce qu’elle est de la région », explique au quotidien colombien El Espectador le colonel Styk Amaral Reyes Monsalve, du GAULA, l’unité anti-enlèvements. Lui est emmené vers Sidon, un hameau voisin. Son épouse alerte les autorités le 12 août, après six jours sans nouvelles. Un rapport de la « Gobernacion du Nariño » désignait déjà Remolino, en mars 2025, comme un point de contrôle destiné à entraver la circulation.

Une fédération qui n’a jamais commandé

Les autorités attribuent le barrage, à titre préliminaire, au Frente Franco Benavides, une dissidence des Farc née du refus de l’accord de paix de 2016. Ce groupe relève de l’Estado Mayor Central (EMC), la principale dissidence du pays, dirigée par Ivan Mordisco, l’homme le plus recherché de Colombie.

Lui imputer la responsabilité de l’enlèvement supposerait une chaîne de commandement que cette constellation n’a jamais eue. Dès 2023, la Fundacion Ideas para la Paz voyait dans l’EMC une fédération de structures à l’autonomie régionale presque totale. Jorge Restrepo, directeur du Cerac, centre d’analyse du conflit à Bogota, va plus loin : « L’EMC est en quelque sorte une création du gouvernement précédent, pour pouvoir négocier la paix totale ». La façade a éclaté en mars 2024, après l’assassinat d’une dirigeante indigène du Cauca.

Seize groupes armés, un laboratoire de cocaïne

Jorge Restrepo dénombre au moins seize structures armées dans le seul Nariño, souvent en conflit entre elles. « Un laboratoire de cocaïne représente beaucoup d’argent », explique-t-il. L’or, exploité presque à l’échelle industrielle, est également entre leurs mains. D’où les patrouilles sur les routes, et le réflexe de retenir tout homme à la carrure militaire.

Dans ces zones, l’enlèvement sert d’abord à neutraliser une menace, pas à obtenir une rançon. Le Frente Franco Benavides avait réclamé 1,2 milliard de pesos pour un Italien en 2023, mais ses autres captifs racontent une chasse aux forces de sécurité : deux soldats enlevés à Cumbitara en 2023 puis relâchés après 41 jours, deux autres capturés en 2025 et toujours détenus. En novembre 2024, le « personero » de Cumbitara, chargé de défendre le droit des habitants, avait été enlevé à Sidon puis retrouvé assassiné.

La « mano dura » à l’épreuve d’une forêt

C’est ce pays qu’Abelardo De La Espriella, investi le 7 août sur la promesse de rétablir l’ordre, entend reprendre en main. Le 26 août, devant sa nouvelle hiérarchie militaire, il a proclamé que « la farce de la paix totale est terminée pour toujours », qualifiant les groupes de terroristes et interdisant tout contact avec eux.

Le même jour, Leonardo Gonzalez Perefan, directeur de l’institut Indepaz, lui répondait par lettre ouverte : « Les canaux humanitaires ne sont pas optionnels, ils sont indispensables pour protéger la vie ». Le chef du GAULA a d’ailleurs déclaré à El Espectador que des mécanismes humanitaires ont déjà été activés, sans réponse à ce jour. Une opération militaire serait très difficile dans cette forêt quasi impénétrable. En décembre 2021, un policier enlevé dans la même cordillère avait été rendu trois jours plus tard à une mission du Comité international de la Croix-Rouge, de l’Église catholique et de la Defensoria del pueblo.

Le gouverneur du Nariño, Luis Alfonso Escobar, l’a dit sans détour : « La population civile ne peut pas continuer à être victime d’un conflit qui ne lui appartient pas ». Trois semaines après son enlèvement, le sort du légionnaire dépend moins des discours de fermeté que d’un canal humanitaire que le pouvoir vient d’interdire.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/international/en-colombie-l-enlevement-d-un-soldat-de-la-legion-etrangere-francaise-defie-la-nouvelle-ligne-dure-du-pouvoir-20260829