Jordan Bardella accuse La France insoumise de soutenir la fermeture de CNews et critique les propos du maire de Saint-Denis sur la parole du Rassemblement national. Une pétition demandant la suppression de la chaîne a recueilli plus de 700 000 signatures, sans qu’aucune décision de fermeture ait été prise.
Jordan Bardella a dénoncé vendredi 6 novembre, sur CNews, une « tentation totalitaire » qu’il attribue à La France insoumise (LFI). Le président du Rassemblement national (RN) réagissait au soutien apporté par le mouvement à une pétition réclamant la suppression de la chaîne. Il a également mis en cause les déclarations de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, sur la possibilité de limiter la parole du RN pendant la campagne présidentielle, rapporte Le Monde.
Ces deux prises de position concernent des questions distinctes : l’avenir d’une autorisation de diffusion, d’une part, et les conditions d’expression d’un parti politique, d’autre part. À ce stade, ni la fermeture de CNews ni une interdiction générale de parole visant le RN n’ont été décidées. La pétition doit d’abord suivre son parcours à l’Assemblée nationale.
Une pétition examinée par l’Assemblée nationale
Déposée sur le site de l’Assemblée nationale, la pétition demandant la suppression de CNews avait dépassé 600 000 signatures le 2 novembre, selon France 24, qui reprend une dépêche de l’AFP. Franceinfo faisait état de plus de 700 000 signatures le lendemain. Cette mobilisation place la demande dans le débat parlementaire, sans donner aux signataires le pouvoir de mettre fin à la diffusion de la chaîne.
La commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale doit se prononcer sur la suite à donner à cette pétition : organiser un débat ou la classer, selon Le Monde. Même si les députés décidaient d’en débattre, cette étape ne constituerait pas une décision de fermeture. Elle permettrait d’examiner publiquement les arguments des auteurs de la demande et de ses opposants.
Franceinfo rappelle que la gestion des autorisations de diffusion relève de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), et non d’un vote sur une pétition. Il faut donc distinguer la possibilité d’un débat parlementaire d’une procédure réglementaire visant une chaîne. Au 7 novembre, aucune décision de retrait de l’autorisation de CNews n’a été prise.
LFI défend sa demande, Bardella la conteste
Dans un texte publié le 2 novembre puis mis à jour le 6 novembre, La France insoumise présente la demande de fermeture de CNews comme relevant de l’intérêt général. Le mouvement invoque notamment les interventions passées du régulateur concernant la chaîne. Il affirme aussi vouloir s’attaquer à l’ensemble médiatique de Vincent Bolloré en cas d’arrivée au pouvoir. Ces positions sont celles de LFI : elles ne constituent pas une décision de l’Arcom.
Le mouvement mentionne des rappels à l’ordre, des mises en demeure et des amendes prononcés depuis 2019. Il s’appuie sur ces éléments pour justifier son soutien à la pétition. L’existence de décisions antérieures du régulateur ne signifie toutefois pas qu’un retrait d’autorisation soit actuellement engagé ou acquis, distinction également soulignée par les explications de Franceinfo sur les compétences de l’Arcom.
Jordan Bardella conteste cette démarche sur le terrain de la liberté d’expression. Selon Le Monde, il reproche à LFI de vouloir faire disparaître une chaîne de télévision dont elle critique la ligne. Son intervention lie ainsi la controverse sur CNews à une autre polémique, née de déclarations du maire de Saint-Denis au sujet de la place du RN dans la campagne présidentielle.
Les propos de Bally Bagayoko relancent le débat sur le pluralisme
Interrogé sur LCI après un attentat raciste à Trappes, dans les Yvelines, Bally Bagayoko a défendu l’idée que les personnes tenant des propos racistes ne devraient pas disposer d’un temps de parole. À une question portant explicitement sur une interdiction de parole du RN pendant la campagne présidentielle, le maire de Saint-Denis a répondu favorablement en conditionnant sa position à la tenue de tels propos, selon l’article d’Actu.fr fondé sur une dépêche de l’AFP. Bardella a critiqué cette déclaration lors de son intervention sur CNews.
La distinction entre la sanction de propos déterminés et l’interdiction générale d’un parti est au centre de cette controverse. Des constitutionnalistes interrogés par l’AFP, cités par Actu.fr, rappellent que l’article 4 de la Constitution garantit aux partis politiques la liberté de se former et d’exercer leurs activités. Selon leur analyse, empêcher globalement un parti légal de s’exprimer serait incompatible avec le pluralisme politique.
Les propos susceptibles de constituer une incitation à la haine peuvent, eux, être appréciés au cas par cas dans le cadre du droit applicable. Cette possibilité ne revient pas à supprimer par principe la parole d’une formation politique entière. Sur ce point comme sur CNews, les déclarations des responsables politiques expriment des positions opposées, tandis que les décisions éventuelles relèvent de procédures et d’autorités distinctes.
La suite immédiate de la pétition dépend du choix de la commission des affaires culturelles d’organiser ou non un débat. Cette étape ne préjuge ni de l’avenir de l’autorisation de CNews ni des règles de prise de parole applicables aux partis pendant la campagne présidentielle.
Sources
La France insoumise : https://lafranceinsoumise.fr/2026/11/02/demander-la-fermeture-de-cnews-est-un-acte-dinteret-general/
France 24 / AFP : https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20261102-plus-de-600-000-signatures-pour-une-p%C3%A9tition-appelant-%C3%A0-fermer-cnews
Actu.fr / AFP : https://actu.fr/politique/empecher-le-rn-de-parler-interdire-lfi-ces-propositions-extremes-sont-elles-vraiment-possibles_64991814.html