Corvette de la classe Baynunah, conçue par CMN, en mer

CMN 110 : Cherbourg dévoile sa première corvette de plus de 100 mètres

Avec le CMN 110, le chantier CMN de Cherbourg change de catégorie. Présenté au salon Euronaval 2026, ce design de corvette de 107 mètres est le plus grand bâtiment de combat jamais imaginé par l’industriel normand. Missiles antinavires Exocet, défense surface-air Mica, sonars et hélicoptère : le navire vise les conflits de haute intensité et les très longues patrouilles.

Cent sept mètres de long, quinze de large, vingt-quatre nœuds en pointe. Selon Mer et Marine, qui a détaillé le projet sous la plume de Vincent Groizeleau, le CMN 110 franchit pour la première fois la barre symbolique des 100 mètres pour le chantier cherbourgeois. L’industriel le présente comme une réponse à l’évolution des menaces en mer et au retour des conflits de haute intensité.

Le rayon d’action atteint 10 000 milles nautiques à vitesse économique, avec une autonomie de trente jours sans ravitaillement. De quoi patrouiller longtemps et loin, loin des ports et des pétroliers ravitailleurs. Les lignes de coque sont travaillées pour réduire la surface équivalente radar, tout comme les signatures électromagnétique et infrarouge.

Un arsenal de frégate dans une silhouette de corvette

Le cœur du navire tient dans un mât unique, concept déjà développé pour les corvettes BR71 MK II. Il abrite un radar 3D à couverture panoramique sans zone masquée, une conduite de tir pour l’artillerie principale et des capteurs de veille électro-optique. Des moyens de guerre électronique complètent l’ensemble, avec la possibilité d’embarquer brouilleurs et lance-leurres contre missiles et torpilles.

Côté armement, la liste ressemble davantage à celle d’une frégate. Quatre missiles antinavires Exocet MM40 Block 3C, un système surface-air VL Mica de seize missiles, une tourelle de 76 mm, un canon téléopéré de 20 ou 30 mm, deux lance-roquettes au choix, et quatre tubes lance-torpilles pour torpilles MU90. Le tout sur une plateforme que son constructeur continue d’appeler corvette.

La chasse sous-marine, nouveauté maison

C’est l’autre rupture du programme. Selon Mer et Marine, la lutte anti-sous-marine est une fonction spécifiquement développée par CMN pour ce bâtiment. Le CMN 110 peut recevoir un sonar de coque Blue Watcher et un sonar remorqué Captas, deux équipements de référence dans la détection sous-marine. Son hélicoptère embarqué peut également participer à la traque.

Le pont d’envol accepte un appareil de onze tonnes, de la classe du NH90, et le hangar peut abriter un hélicoptère de six tonnes comme le H160M. Des drones à voilure tournante ou fixe sont aussi prévus, notamment le VSR700, le Camcopter S-100 ou l’Alica. Deux embarcations semi-rigides de neuf mètres, un canot de secours et des embarcations pliables pour commandos complètent l’équipement.

De la Baynunah à la grande coque

CMN ne part pas d’une feuille blanche. Le chantier s’appuie sur une expérience de corvettes compactes et lourdement armées : six unités de la classe Baynunah livrées aux Émirats arabes unis en 2011 et 2012, puis la version améliorée BR71 MK II, dont trois exemplaires sont en construction pour l’Angola. Le CMN 110 pousse cette logique un cran plus loin, avec jusqu’à 125 personnes à bord, dont 96 couchages pour l’équipage, des places pour les détachements hélicoptère et drones, et douze pour des renforts ou des forces spéciales.

Fondé en 1945 par l’industriel Félix Amiot, le chantier des Constructions mécaniques de Normandie s’est spécialisé dans les patrouilleurs et navires rapides pour l’exportation. Il appartient aujourd’hui au groupe Privinvest. Le salon Euronaval, rendez-vous biennal du naval de défense organisé au Bourget, sert traditionnellement de vitrine à ce type de projet, conçu pour être présenté aux marines étrangères avant toute commande ferme.

Sur le papier, le CMN 110 a tout d’un navire de premier rang. Il ne lui manque qu’une chose : un client.


Source : Mer et Marine – https://www.meretmarine.com/fr/defense/cmn-revele-sa-premiere-corvette-de-plus-de-100-metres