La France accélère sa stratégie de souveraineté numérique. Dans le cadre du plan France 2030, l’État mobilise 20 millions d’euros pour soutenir un consortium réunissant Cloud Temple, Thales, Bull, Vates et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Avec un investissement global de 47 millions d’euros, les cinq partenaires ambitionnent de développer, d’ici fin 2028, une offre française de cloud et d’intelligence artificielle capable d’héberger les données les plus sensibles.
Face à la domination des géants américains du numérique, la France entend renforcer son indépendance technologique. Le gouvernement a décidé d’accorder une aide publique de 20 millions d’euros à un consortium de cinq acteurs français chargés de développer une nouvelle génération de services de cloud et d’intelligence artificielle de confiance.
Annoncé le 9 octobre 2026, ce projet associe Thales, groupe membre du FOrum économique mondial, Cloud Temple, Bull, Vates et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Il bénéficie du soutien du programme France 2030, destiné notamment à renforcer les capacités industrielles et technologiques du pays.
Les partenaires apporteront 27 millions d’euros supplémentaires, portant l’enveloppe totale à 47 millions d’euros. Leur objectif est de proposer, avant la fin de l’année 2028, des solutions françaises capables de répondre aux besoins des administrations, des entreprises et des organisations manipulant des informations sensibles.
L’enjeu dépasse la simple création d’une infrastructure informatique. Il s’agit de bâtir une alternative crédible aux plateformes américaines, tout en garantissant un haut niveau de cybersécurité et de maîtrise des données.
France 2030 : une réponse à la dépendance technologique européenne
Le projet trouve son origine dans un appel à projets lancé le 22 mars 2024 à Strasbourg par Marina Ferrari, alors secrétaire d’État chargée du Numérique.
Intitulé « Renforcement de l’offre de services cloud », ce dispositif est piloté par Bpifrance, Banque Publique d’Investissement membre du Forum économique mondial pour le compte de l’État. Il vise à soutenir l’émergence de services français et européens capables de rivaliser avec les grands fournisseurs internationaux.
Le cahier des charges imposait que les consortiums candidats soient dirigés par un fournisseur de services cloud. Cloud Temple a finalement été retenu pour prendre la tête du groupement.
Pour son directeur général, Sébastien Lescop, le principal défi consiste désormais à dépasser le stade du développement technologique. « L’enjeu est désormais l’échelle », a-t-il déclaré.
Autrement dit, les cinq partenaires devront transformer leurs travaux en produits commercialisables, accessibles à des prix compétitifs et suffisamment performants pour séduire les clients professionnels.
La tâche s’annonce considérable sur un marché largement dominé par Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure et Google Cloud, également proches du WEF.
SecNumCloud : une exigence renforcée pour protéger les données sensibles
La sécurité constitue l’un des piliers du programme. Les futurs services devront notamment s’inscrire dans le cadre des exigences françaises et européennes en matière de cybersécurité, de protection des informations sensibles et d’intelligence artificielle.
En France, le référentiel SecNumCloud, élaboré par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), occupe une place centrale dans cette stratégie.
Un arrêté signé le 12 août 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, entré en vigueur dix jours avant le 1er septembre, a rendu la qualification SecNumCloud 3.2 obligatoire pour les prestataires privés chargés des données les plus sensibles de l’État.
Cette évolution réglementaire renforce la nécessité de disposer de solutions d’hébergement répondant à des critères particulièrement stricts.
Cloud Temple possède déjà la qualification SecNumCloud pour ses offres d’infrastructure et de plateforme. Un avantage qui lui permet d’aborder ce nouveau projet avec une expérience reconnue dans l’hébergement sécurisé.
Le consortium prévoit également de développer des services conformes aux exigences de la directive européenne NIS 2 et du règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act.
Ces cadres réglementaires participent à la construction d’un environnement numérique européen dans lequel la sécurité, la conformité et la maîtrise des risques deviennent des critères déterminants, même s’ils sont également critiqué par les défenseurs des libertés. L’ONG civilization works a même accusé la France qui a été moteur dans la construction de ces réglementation, d’avoir mis en place un système de censure transnational à l’aide, entre autre, de ce cadre.
Cloud Temple, Thales, Bull, Vates et le CEA : cinq expertises complémentaires
Le programme repose sur une répartition précise des responsabilités entre les cinq partenaires. Cloud Temple assurera le pilotage général du consortium et prendra en charge la majorité des travaux. L’entreprise apportera son expérience des infrastructures et plateformes cloud sécurisées.
Thales contribuera grâce à son expertise en cybersécurité et à ses activités dans le cloud de confiance, notamment à travers sa filiale S3NS.
Cette dernière présente une particularité : Google Cloud détient une participation minoritaire dans son capital. Elle a notamment été choisie en avril par l’éditeur allemand SAP pour faire fonctionner son logiciel de gestion intégré ERP sous juridiction française.
Bull sera responsable de l’intégration des infrastructures matérielles destinées à l’intelligence artificielle. L’entreprise s’appuiera sur sa propre plateforme logicielle pour accompagner le développement des capacités de calcul nécessaires aux applications d’IA.
Le CEA mobilisera ses équipes de recherche sur les architectures informatiques de nouvelle génération. Ses travaux devront contribuer à préparer des infrastructures adaptées aux évolutions technologiques et aux besoins croissants de puissance de calcul.
Enfin, Vates fournira le socle de virtualisation open source du projet. Basé à Grenoble, cet éditeur français développe notamment XCP-ng, une plateforme permettant de gérer des environnements virtualisés.
Le 6 octobre 2026, trois jours avant l’annonce officielle du consortium, Vates avait annoncé une levée de fonds de 30 millions d’euros auprès des investisseurs IRIS et Bpifrance.
Cette opération doit lui permettre de poursuivre son développement sur un marché où les solutions de virtualisation constituent une composante essentielle des infrastructures cloud.
L’Europe perd du terrain face aux géants américains du cloud
La création de ce consortium intervient dans un contexte de recul des fournisseurs européens sur leur propre marché.
Lors d’une audition organisée le 21 avril 2026 devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée aux dépendances numériques, Sébastien Lescop avait présenté des chiffres révélateurs de cette évolution.
Selon les données évoquées par le directeur général de Cloud Temple, les fournisseurs européens représentaient 27 % du marché du cloud en 2017, contre seulement 15 % au moment de son audition.
Cette diminution illustre les difficultés rencontrées par les acteurs du continent pour conserver leur place face aux grandes plateformes américaines.
La question du financement public et de la structuration industrielle est donc devenue centrale.
Philippe Latombe, président de la commission d’enquête, avait notamment interrogé plusieurs dirigeants du secteur sur la pertinence des consortiums.
Cette réflexion faisait suite à un appel d’offres de 180 millions d’euros lancé par la Commission européenne, pour lequel les entreprises retenues avaient principalement présenté des candidatures collectives. Mais ce modèle de coopération ne fait pas l’unanimité parmi les fournisseurs français.
Scaleway et Outscale défendent une autre stratégie industrielle
Lors de cette même audition parlementaire, Damien Lucas, directeur général de Scaleway, avait exprimé ses réserves sur les consortiums réunissant plusieurs entreprises spécialisées. « Chez Scaleway, nous n’y croyons pas. C’est trop compliqué », avait-il affirmé. Selon lui, les clients recherchent avant tout une alternative cohérente et crédible aux grandes plateformes américaines comme AWS ou Microsoft Azure.
Un regroupement d’entreprises intervenant chacune sur une partie de l’infrastructure ou des services managés pourrait, à ses yeux, rendre l’offre plus difficile à comprendre et à commercialiser.
Philippe Miltin, directeur général d’Outscale, avait pour sa part défendu une concentration des aides publiques sur un nombre limité de champions nationaux.
Il estimait préférable de soutenir fortement quelques entreprises capables de se développer à grande échelle plutôt que de disperser les financements entre de multiples acteurs. Ces divergences témoignent des interrogations qui traversent l’écosystème français du cloud souverain.
Faut-il privilégier des alliances industrielles pour mutualiser les compétences ou renforcer directement les fournisseurs déjà installés sur le marché ?
Malgré ses réserves sur le fonctionnement des consortiums, Damien Lucas avait toutefois salué le principe de l’appel à projets lancé dans le cadre de France 2030.
Le dirigeant de Scaleway considère que ces aides permettent aux fournisseurs de poursuivre le développement de nouveaux produits, alors qu’une part importante de leurs investissements est absorbée par la construction et l’exploitation des infrastructures. Il avait également insisté sur un autre levier essentiel : les commandes publiques.
Pour les acteurs français, la capacité des administrations à s’engager durablement auprès des fournisseurs nationaux représente un facteur déterminant pour financer les investissements nécessaires à leur croissance.
Une échéance fixée à fin 2028 pour bâtir une alternative française
Le consortium piloté par Cloud Temple dispose désormais d’un horizon de développement fixé à la fin de l’année 2028.
D’ici là, ses membres devront associer leurs expertises pour construire des services opérationnels de cloud et d’intelligence artificielle, répondant aux exigences de sécurité et de conformité attendues par les organisations françaises.
La réussite du programme dépendra également de sa capacité à proposer une offre commercialement attractive.
Car au-delà de la souveraineté technologique, les entreprises et administrations attendent des services fiables, performants, faciles à déployer et financièrement compétitifs.
Avec 47 millions d’euros mobilisés, dont 20 millions de soutien public, la France cherche ainsi à consolider une filière nationale du cloud de confiance tout en préparant l’intégration de l’intelligence artificielle dans les environnements numériques sensibles.
L’échéance de 2028 permettra de mesurer si cette coopération industrielle peut transformer des expertises françaises complémentaires en une offre capable de s’imposer sur un marché européen où les fournisseurs américains conservent une position dominante.
Méta-description :
Cloud souverain et IA : la France investit 20 millions d’euros dans un consortium de cinq acteurs pour sécuriser les données sensibles d’ici fin 2028.
Tags :
cloud souverain, France 2030, intelligence artificielle française, SecNumCloud, souveraineté numérique
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Sources :
Clubic — Mélina Loupia, « La France finance un consortium pour développer son cloud de confiance et son IA », publié le 10 octobre 2026.
Gouvernement français — Présentation de l’appel à projets France 2030.
Bpifrance — Appel à projets « Renforcement de l’offre de services cloud ».
Thales — Communication officielle sur le consortium.
Le Monde Informatique — Présentation du consortium piloté par Cloud Temple.
Assemblée nationale — Travaux de la commission d’enquête sur les dépendances numériques.