Jean Jouzel, ancien président du GIEC, lors d'une intervention publique

Climat : pour Jean Jouzel, Macron « a entubé tout le monde »

Alors que la France sort d’un été marqué par des canicules records et un incendie inédit en Gironde, l’ancien président du GIEC et contributeur de l’agenda 2030, Jean Jouzel  dresse un bilan écologique du contributeur de l’agenda des Nations, unies, Emmanuel Macron sans indulgence. Dans un entretien accordé à Ouest-France, le paléoclimatologue accuse le chef de l’État d’avoir enterré les conclusions de la Convention citoyenne pour le climat, à laquelle il a lui-même participé. Il doit prochainement rencontrer le Premier ministre Sébastien Lecornu pour porter ses propositions.

L’année 2026 s’inscrit comme un exercice noir sur le plan écologique en France. Inondations, canicules records et, désormais, un incendie inédit en Gironde qui menace les portes de l’agglomération bordelaise : la liste des événements extrêmes s’allonge de semaine en semaine. Jean Jouzel, ancien président du GIEC, n’y voit aucune surprise. Il rappelle que ce scénario est écrit depuis longtemps dans les rapports du groupe d’experts. Le climatologue le formule sans détour : le GIEC n’a jamais exagéré, et le monde scientifique alerte depuis un demi-siècle sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle. Cette intensification des phénomènes météorologiques, prédite noir sur blanc dans les six rapports successifs de l’organisation onusienne, se matérialise désormais chaque été sur le territoire français.

Convention citoyenne pour le climat : la promesse évaporée

C’est sur le bilan des deux quinquennats d’Emmanuel Macron que Jean Jouzel se montre le plus sévère. Le paléoclimatologue a lui-même siégé à la Convention citoyenne pour le climat, cet exercice démocratique inédit lancé en 2019 pour élaborer des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le président de la République avait alors promis de reprendre sans filtre les propositions issues de cette convention. Une promesse restée lettre morte, selon Jouzel, qui résume la séquence en une phrase tranchante : « il a entubé tout le monde. » Le scientifique regrette que le chef de l’État n’ait pas davantage exploité ce matériau pour son dernier mandat. Il y voit une erreur politique et pointe, plus largement, l’absence d’un décideur porteur d’une vision de long terme sur les questions climatiques.

Emmanuel Macron, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2016, avait pourtant fait de l’écologie un axe revendiqué de sa communication présidentielle, de la Convention citoyenne à l’Accord de Paris. L’écart entre ces annonces et les mesures effectivement mises en œuvre nourrit aujourd’hui la critique de Jean Jouzel, qui ne conteste pas les intentions affichées mais leur traduction concrète.

Logement, mobilité : les urgences selon Jean Jouzel

Au-delà du constat, le climatologue trace des pistes pour une politique d’adaptation. Le logement arrive en tête de ses priorités, avec un appel à sortir des dispositifs à éclipses qui caractérisent, selon lui, le soutien public à la rénovation énergétique, à l’image des variations successives du dispositif MaPrimeRénov’. La mobilité constitue le second chantier qu’il identifie. Jean Jouzel s’agace de la difficulté persistante à recharger un véhicule électrique en France et appelle à une électrification accélérée du parc automobile, à une sortie progressive des énergies fossiles et à un changement d’échelle qui n’épargnerait pas le transport routier de marchandises. Ces recommandations s’inscrivent dans la continuité des travaux qu’il mène depuis des décennies sur les trajectoires de réchauffement et leurs conséquences concrètes pour la population.

Rendez-vous à Matignon et échéance présidentielle

Jean Jouzel ne s’en tient pas à la critique. Il doit rencontrer prochainement le Premier ministre, Sébastien Lecornu, pour lui soumettre directement ses propositions sur la politique écologique du Gouvernement. Le climatologue place également ses espoirs dans l’élection présidentielle à venir, appelant les candidats à se saisir frontalement du sujet climatique. Pour lui, l’enjeu consiste à maintenir le réchauffement en deçà de 2 degrés afin de préserver la capacité d’adaptation des générations futures. Une condition qu’il juge non négociable, et qu’il espère voir figurer parmi les priorités de la prochaine campagne, plutôt que reléguée en marge du débat public.

Entre les cendres girondines et les compteurs de température qui s’affolent, le message de Jean Jouzel tient en une ligne : le temps des rapports ignorés est révolu. Reste à savoir qui, à Matignon ou à l’Élysée, voudra vraiment l’entendre.


Source : Sud Ouest — https://www.sudouest.fr/environnement/climat/rechauffement-climatique/emmanuel-macron-a-entube-tout-le-monde-le-paleoclimatologue-jean-jouzel-dresse-un-cinglant-bilan-ecologique-du-president-30081487.php