Forbes a placé le laboratoire Eli Lilly en tête de son classement des grandes entreprises américaines les plus innovantes, devant Apple et NVIDIA. Le magazine s’appuie sur plus d’une douzaine d’indicateurs, dont la perception des médias et des évaluations produites par des audiences synthétiques. Une entreprise fondée en 1876 arrive ainsi devant la Silicon Valley.
Le podium du classement « America’s Most Innovative Large Companies » se lit dans un ordre inattendu. Eli Lilly, laboratoire pharmaceutique fondé à Indianapolis en 1876, occupe la première place. Apple est deuxième, NVIDIA troisième. Suivent Amgen, autre société de biotechnologie, puis Meta Platforms.
Le reste du top dix mêle les secteurs : Amazon sixième, Alphabet septième, Boeing huitième, Oracle neuvième, Mastercard dixième. Sur ces dix noms, la plupart figurent parmi les entreprises membres du Forum économique mondial.
Forbes a retenu cent grandes entreprises. Le magazine précise, comme pour ses autres palmarès, qu’aucune d’elles ne verse de frais pour être prise en considération ou sélectionnée. Le classement a été publié le 25 août 2026.
Ce que compte Forbes quand il compte l’innovation
L’Innovation Index ne mesure pas les dépenses de recherche. Il agrège des éléments de nature très différente : brevets et propriété intellectuelle, place accordée à la recherche, confiance des investisseurs, rendement des capitaux propres. S’y ajoutent le sentiment exprimé dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Et un critère qui mérite d’être lu deux fois : des évaluations produites par des audiences synthétiques. Autrement dit, des panels simulés par des modèles d’intelligence artificielle, interrogés à la place de consommateurs réels. La méthode s’installe dans les études de marché sans faire l’objet, pour l’instant, d’un débat public à la hauteur de sa diffusion.
Le résultat n’est donc pas une mesure de l’innovation, mais une mesure composite où la réputation pèse à côté des brevets. C’est une information en soi, et elle explique une partie du classement.
Le portefeuille qui a fait la différence
Sur le fond industriel, la position de Lilly tient à l’étendue et à la cadence de son développement de nouveaux médicaments. Le groupe produit Mounjaro et Zepbound, associés aux traitements dits GLP-1, qui ont transformé le marché des traitements du diabète et de l’obésité.
Son portefeuille de recherche couvre également la maladie d’Alzheimer, le cancer du sein et la migraine. Un autre programme retient l’attention : le retatrutide, présenté comme un traitement de nouvelle génération destiné à la perte de poids, actuellement en essais cliniques de phase 3.
Le laboratoire attribue la distinction au travail mené dans ses laboratoires et sur ses sites, en évoquant les milliers de personnes qui y cherchent des réponses à des problèmes non résolus.
Toujours améliorer, dit le robot
La méthode retenue par Forbes valorise moins l’invention que sa correction successive. Tye Brady, directeur technologique d’Amazon Robotics, dont l’entreprise se classe sixième, formule ce principe sans détour.
« On tombe amoureux de ses propres idées », dit-il. « Dans le domaine de la robotique collaborative, quand on réalise cette invention, on peut facilement se convaincre : “Ça y est.” La deuxième étape consiste à l’amener dans le monde réel. Nous apprenons toujours, toujours la même chose : elle doit être améliorée. »
Ce déplacement du regard, de l’idée vers l’itération, explique qu’un laboratoire pharmaceutique puisse devancer deux entreprises technologiques. Un médicament qui passe la phase 3 a été corrigé plus souvent, et plus durement, qu’une mise à jour logicielle.
Le classement dit surtout que l’innovation la plus visible n’est plus forcément la plus valorisée. Reste à savoir ce que vaut un palmarès qui interroge des panels simulés pour mesurer la perception du public. Forbes a innové aussi, à sa manière.