Chants racistes dans l’Ain : la justice saisie après une féria

Une vidéo tournée samedi dans une rue de Marboz, petite commune de l’Ain, montre une poignée de jeunes hommes en tenue de féria scandant des insultes racistes. Vue 2,7 millions de fois sur X, elle a poussé le préfet de l’Ain à saisir la procureure de la République, tandis que la Licra dépose plainte et se constitue partie civile. La mairie du village se dissocie, elle, de propos qu’elle juge étrangers à l’esprit de sa fête.

Une phrase filmée, une féria sous le choc

Ils sont une poignée, debout dans une rue de Marboz, tenue blanche et rouge de rigueur, bière à la main pour certains, attablés pour d’autres. Cette tenue, empruntée aux ferias du Sud-Ouest, est censée symboliser la fête et la convivialité villageoise. Sur la vidéo publiée samedi sur X, les jeunes hommes répètent en chœur : « Et on s’en fout, on n’aime pas les bougnoules. » La scène a été filmée en marge de la féria du village, près de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. Le clip tourne, se partage, s’indigne. En quelques jours, il totalise 2,7 millions de vues. Une fête de village, une caméra de téléphone, et voilà une commune de l’Ain sous les projecteurs nationaux.

Article 40, plainte et partie civile : la mécanique judiciaire s’enclenche

Le préfet de l’Ain a annoncé mercredi avoir saisi la procureure de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige tout dépositaire de l’autorité publique informé d’un délit à le signaler à la justice. Selon des informations de BFMTV, la Licra de l’Ain, présidée par Philippe Marga, a de son côté déposé plainte et s’est constituée partie civile, dénonçant des injures publiques à caractère raciste, voire une incitation à la haine. Philippe Marga a résumé la position de son association en une formule sans détour : le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Si les propos sont qualifiés d’injure publique à caractère racial au sens de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, leurs auteurs encourent jusqu’à six mois d’emprisonnement et 22 500 euros d’amende. Encore faut-il que la procureure de Bourg-en-Bresse parvienne à identifier, nommément, les jeunes hommes visibles sur la vidéo.

La mairie de Marboz se démarque

Dans un communiqué diffusé sur Facebook, la mairie de Marboz a fermement condamné des propos qu’elle juge étrangers à l’image de la commune et à l’esprit de tolérance et de convivialité de sa féria. Elle affirme s’en dissocier totalement et indique avoir également transmis un signalement au parquet. La préfecture, dans un message publié sur X, a insisté sur le même point : ces chants n’ont, selon elle, rien à voir avec la fête, ni avec la Féria de Marboz, ni avec l’Ain. Quelques individus, écrit-elle, ont trahi l’esprit de la soirée. Ils devront en répondre. Deux communiqués, deux institutions, un même réflexe : mettre de la distance avant que la vidéo ne colle durablement à la réputation du village.

Une viralité numérique qui accélère la justice

En l’espace de quelques jours, un clip amateur a suffi à mobiliser une préfecture, une mairie et une association agréée de lutte contre le racisme. Ce n’est pas un signalement classique qui a déclenché la procédure, mais la diffusion massive d’une vidéo sur un réseau social. L’enquête devra désormais identifier les auteurs des chants, à partir des images qui circulent déjà largement en ligne. Reste à savoir si la procédure ouverte au titre de l’article 40 débouchera sur des poursuites effectives, ou si l’affaire s’enlisera comme tant d’autres vidéos virales finissent par le faire, une fois l’indignation retombée.

La féria de Marboz devait être une fête de village comme il s’en tient des centaines chaque été en France. Elle restera, pour l’instant, associée à une phrase de onze mots et à une enquête qui commence à peine. Le dossier est désormais entre les mains de la procureure de la République de Bourg-en-Bresse.


Source : Sud Ouest – https://www.sudouest.fr/societe/racisme/la-justice-saisie-apres-des-chants-racistes-lors-d-une-feria-dans-l-ain-30101351.php