Au Comité économique et social européen, à Bruxelles, la direction aurait cherché à identifier l’auteur de lettres anonymes dénonçant des soupçons de corruption. Selon des informations d’Euractiv, le président Séamus Boland a demandé à ses services de sécurité de démasquer ce lanceur d’alerte par tous les moyens appropriés. L’affaire suscite des accusations de chasse aux sorcières de la part des syndicats.
Le Comité économique et social européen, ou CESE, est un organe consultatif de l’Union européenne doté d’un budget annuel d’environ 165 millions d’euros. Selon Euractiv, l’institution a reçu une cinquantaine de lettres anonymes mettant en cause sa secrétaire générale, Isabelle Le Galo Flores, accusée d’avoir indûment attribué des marchés publics à des proches. Ces allégations ne sont pas établies à ce stade.
Une note classée strictement confidentielle, datée du 5 mars et consultée par la newsletter Rapporteur citée par Euractiv, montre que la première réaction de la direction aurait été de rechercher la source de ces courriers. Le président Séamus Boland y demande à deux responsables de la sécurité de rassembler les lettres et de réunir tout élément susceptible d’identifier l’auteur présumé.
Des moyens d’enquête étendus
D’après le document, le mandat donné aux agents de sécurité était large. Il prévoyait la collecte de données techniques sur les imprimantes, la vérification d’éventuels ordinateurs du CESE utilisés pour rédiger les lettres, et la saisie d’enregistrements vidéo dans les zones de distribution. Le président aurait aussi évoqué le recours possible à des experts en criminalistique de la Commission européenne.
Séamus Boland, à la tête du CESE depuis octobre, aurait insisté sur le caractère secret de la mission et demandé un compte rendu exclusif à lui-même et à son chef de cabinet, Eamonn Mac Aodha. Selon lui, ces mesures visaient à constituer un dossier destiné à l’OLAF, l’Office européen de lutte antifraude.
X-Pression Academy
Formez-vous au journalisme augmenté par l’IA
Maîtrisez les outils d’intelligence artificielle pour gagner en autonomie, en créativité et en qualité éditoriale.
Accusations de chasse aux sorcières
Trois syndicats représentant une partie des 700 employés du CESE ont dénoncé une chasse aux sorcières et écrit à la direction le 24 mars pour relever des incohérences. Le député européen écologiste allemand Daniel Freund, qui a reçu la note, a réclamé que la direction en assume les conséquences politiques, estimant que les lanceurs d’alerte devraient être salués plutôt que poursuivis.
Une porte-parole du CESE a rejeté toute chasse aux sorcières. Elle assure que la décision visait à préserver la santé et la sécurité du personnel, que l’examen de sécurité n’a pas consisté à passer au crible les courriels ou les vidéos, et que le dossier est désormais entre les mains de l’OLAF. Au moins trois agents auraient par ailleurs signalé individuellement des faits à l’office antifraude au cours des deux dernières années.
L’affaire met en lumière la fragilité de la protection des lanceurs d’alerte au sein même des institutions européennes. Les conclusions attendues de l’OLAF diront si les soupçons de corruption au CESE étaient fondés, et si la réaction de sa direction était justifiée.