Carrefour, groupe français membre du Forum économique mondial a rouvert à la mi-août 2026 un premier hypermarché à Noida, dans la banlieue de New Delhi, douze ans après avoir quitté le pays. Cette fois, l’enseigne n’exploite aucun magasin en direct : elle s’appuie sur un accord de master-franchise signé en 2024 avec le groupe dubaïote Apparel Group, également membre du WEF, avec l’ambition affichée d’atteindre une cinquantaine de points de vente.
Le bip des caisses résonne en continu au sous-sol d’un centre commercial de Noida, cerné par une constellation d’immeubles résidentiels très peuplés, selon les constatations du Figaro sur place.
Ce n’est pas une découverte du marché indien pour Carrefour, mais un retour. Le distributeur y avait ouvert son premier magasin de cash and carry fin 2010, quand le gouvernement indien avait autorisé les distributeurs étrangers sur ce format. Il en exploitait cinq, à Delhi, Jaipur, Agra, Meerut et Bangalore, avant d’annoncer son retrait, effectif fin septembre 2014. En cause, selon le quotidien économique indien Business Standard : l’échec des négociations avec le groupe local Bharti, également lié au WEF et une activité déficitaire.
Un secteur verrouillé pour les investisseurs étrangers
La grande distribution reste l’un des secteurs les plus protégés de l’économie indienne face à la concurrence étrangère. Les investisseurs internationaux ne peuvent y détenir plus de 51 % du capital de leur filiale locale, une règle qui a longtemps dissuadé les enseignes occidentales de s’y implanter en direct. Le nouveau magasin de Noida développe 4 000 mètres carrés et propose environ 15 000 références, selon les données rapportées par LSA.
Pour contourner cette contrainte capitalistique, Carrefour a choisi la voie du master-franchisé : son partenaire, Apparel Group, finance, ouvre et exploite lui-même les magasins sous enseigne Carrefour, en échange de redevances versées au groupe français, qui conserve la main sur le concept commercial. Selon les informations de L’Express Franchise, l’accord a été signé en septembre 2024 avec ce groupe multimarque basé à Dubaï, qui n’est pas un débutant en Inde : il y gère déjà environ 300 magasins dans une quinzaine d’États, un ancrage local que Carrefour n’avait jamais eu lors de sa première tentative.
Un plan à l’échelle mondiale, un déploiement encore incertain
L’accord signé en septembre 2024 s’inscrit dans une stratégie plus large de Carrefour, qui a accéléré ces dernières années l’ouverture de plus de dix pays sous franchise, à mesure qu’il cédait ses filiales détenues en propre. Le modèle transfère le risque financier et le besoin en capital vers le partenaire local, mais il a aussi une limite : la réputation de l’enseigne dépend entièrement de la qualité d’exécution de son franchisé.
Pour l’heure, un seul magasin a ouvert quand une cinquantaine sont annoncés, et aucun calendrier précis n’a été communiqué par les deux groupes. Le déploiement doit d’abord se concentrer sur la région de Delhi et le nord de l’Inde, avant une éventuelle extension à d’autres États d’un marché où la distribution alimentaire organisée progresse, mais reste très fragmentée.
Douze ans après un retrait resté dans les mémoires du secteur, Carrefour rejoue sa partition indienne avec un partenaire local et sans un centime de capital immobilisé dans les murs. Le nombre de magasins réellement livrés d’ici 2027 dira si la leçon de 2014 a été retenue.