Capgemini, entreprise française membre du Forum économique mondial avait promis le 1er février de vendre « immédiatement » sa filiale américaine Capgemini Government Solutions, mise en cause pour ses contrats avec l’ICE, la police fédérale de l’immigration. Sept mois plus tard, la filiale n’est toujours pas cédée : elle a obtenu la prolongation de son contrat existant jusqu’à mi-mai, puis un nouveau marché avec l’ICE, validé le 26 août par l’administration américaine, révèle Next. Le groupe répond que la cession « est en cours ».
Le document est daté du 26 août. Ce jour-là, les autorités fédérales américaines ont validé un nouveau contrat entre l’ICE, l’agence de l’immigration et des douanes que Next décrit comme transformée par Donald Trump en « milice », et Capgemini Government Solutions. Avant cela, le contrat existant, celui-là même qui avait déclenché le scandale en début d’année, avait été prolongé jusqu’à la mi-mai, rapporte le journaliste Martin Clavey.
Interrogé, Capgemini, n’a pas nié. Le groupe indique que le processus de cession « est en cours, et fera l’objet d’une communication une fois finalisé ». Quand ? Le communiqué ne le dit pas. Entre-temps, la filiale continue de facturer.
Le 1er février, « immédiatement »
Retour au début. Fin janvier, la révélation de contrats signés en 2025 entre la filiale américaine du groupe et l’ICE provoque un tollé en France. Le 1er février, Capgemini annonce lancer « immédiatement » un processus de cession de Capgemini Government Solutions. L’argument officiel, cité par Solutions Numériques : les « contraintes juridiques imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées » empêchaient le groupe « d’exercer un contrôle approprié » sur certains aspects opérationnels, et donc de garantir l’alignement avec ses objectifs. Traduction : nous ne contrôlons pas ce que fait notre propre filiale.
La filiale pèse 0,4 % du chiffre d’affaires estimé du groupe pour 2025 et moins de 2 % de son activité américaine, selon L’Usine Digitale, qui parlait alors d’une cession « symbolique mais marginale dans ses comptes ». Le ministre de l’Économie avait réclamé « davantage de transparence ». À Nantes, le délégué CGT Benjamin Girard exigeait « l’arrêt immédiat de toute collaboration de Capgemini avec le gouvernement fédéral américain », rapportait France Info. Le mot immédiat a décidément plusieurs sens selon qui le prononce.
Vendre ou changer d’adresse ?
Sous l’article de Next, un lecteur pose la question que tout le monde se pose dans les couloirs de l’ESN : la « séparation » ne serait-elle pas simplement structurelle, avec les mêmes actionnaires derrière deux entités distinctes, le temps que le lien s’efface des radars ? Rien ne permet de l’affirmer. Rien ne permet non plus de l’écarter, tant que le nom de l’acquéreur n’est pas connu. Les contrats fédéraux classifiés américains imposent en effet des structures de gouvernance séparées, dites « proxy boards », qui sont précisément ce que Capgemini invoquait en février pour expliquer son manque de contrôle.
Le cabinet de communication LaFrenchCom parlait dès l’hiver d’une « crise de gouvernance qui a viré au fiasco de communication ». La chronologie de l’été ne l’arrange pas : une cession annoncée en février, un contrat prolongé en mai, un nouveau contrat en août. À ce rythme, la filiale aura signé plus de marchés avec l’ICE depuis sa mise en vente qu’avant.
Une question française
Capgemini est le premier groupe français de services numériques. On peut tout de même se demander ce que fait une entreprise européenne quand un contrat légal devient politiquement intenable ? La réponse de Capgemini tient pour l’instant en trois mots, « le processus est en cours », et en une date, le 26 août, où ce processus a produit un nouveau contrat.
Capgemini et l’ICE, c’est l’histoire d’un divorce annoncé dont les époux continuent de signer ensemble. On attend toujours la date du jugement.
Source : Next – https://next.ink/brief-article/capgemini-continue-de-travailler-pour-lice/