Le soleil au-dessus d'une ville pendant un épisode de forte chaleur

Canicule : 1 243 morts en excès recensés du 3 au 22 juillet

Santé publique France a recensé 1 243 décès en excès entre le 3 et le 22 juillet 2026, lors de la deuxième vague de chaleur de l’été. Ce bilan, moins lourd que celui de fin juin, porte à environ 7 300 morts le total provisoire attribué aux fortes températures depuis le mois de mai. L’agence précise que ces décès ne peuvent pas encore être imputés avec certitude à la chaleur.

Le décompte de l’agence sanitaire, relayé par l’AFP, se lit en trois lignes. Du 24 au 28 mai, 300 morts en excès. Du 17 au 30 juin, 5 764. Du 3 au 22 juillet, 1 243. Soit environ 7 300 décès excédentaires depuis le début de la saison chaude.

La notion de mortalité en excès mesure l’écart entre les décès observés, toutes causes confondues, et ceux attendus à la même période au regard des années précédentes. Ce n’est pas un décompte de victimes de coups de chaleur. C’est un signal statistique, et c’est précisément ce qui le rend robuste : il capte aussi les infarctus, les décompensations rénales et les aggravations respiratoires qu’une canicule provoque sans jamais figurer sur un certificat de décès.

La prudence de l’agence

Santé publique France le répète à chaque publication : ces chiffres ne peuvent « pas encore » être imputés avec certitude à la chaleur. Les données de mortalité remontent avec un décalage, et l’analyse fine par cause et par tranche d’âge intervient plusieurs mois après.

Cette prudence méthodologique est constante. Elle n’a jamais empêché les bilans définitifs de confirmer, année après année, l’ordre de grandeur des estimations provisoires.

Un été qui n’a rien d’exceptionnel

La comparaison qui vient à l’esprit est celle de 2003 et de ses quelque 15 000 morts. Elle est trompeuse. Depuis, la France a mis en place un plan national canicule, un système de vigilance de Météo-France, des registres communaux de personnes vulnérables et des protocoles en Ehpad. Le dispositif a réduit la létalité par degré, il ne l’a pas annulée.

Le paramètre qui a changé, c’est la fréquence. Trois épisodes de chaleur significatifs entre mai et juillet 2026, dont un débutant au mois de mai, ne relèvent plus de l’accident météorologique.

L’adaptation, chantier lent

Le plan national canicule, créé après 2003, repose sur trois piliers : la vigilance météorologique, les registres communaux de personnes isolées et les protocoles de rafraîchissement en établissement. Il fonctionne. Il ne traite toutefois que l’urgence, pas la cause.

L’adaptation structurelle porte des noms plus lents : rénovation thermique des logements, désimperméabilisation des sols, plantation d’arbres en centre-ville, révision des règles de construction. Les études de l’Ademe et du Centre scientifique et technique du bâtiment convergent sur un point : le confort d’été a longtemps été ignoré par la réglementation thermique française, conçue pour lutter contre le froid.

À Lyon comme dans les autres grandes villes, les cartographies d’îlots de chaleur urbains montrent des écarts de plusieurs degrés entre quartiers arborés et secteurs minéralisés, à quelques centaines de mètres de distance. La surmortalité suit ces lignes-là.

Ce que la statistique ne dit pas

Les décès en excès frappent d’abord les personnes âgées, les malades chroniques et les habitants des logements mal isolés des centres urbains. La géographie de la surmortalité épouse assez bien celle des îlots de chaleur et des passoires thermiques, comme le montrent les travaux menés depuis 2019 par l’agence sanitaire et l’Ademe.

Le bilan complet de l’été 2026 sera publié à l’automne, après consolidation des données de mortalité.

Sept mille trois cents morts en excès, et pas une manifestation. La canicule est la seule catastrophe française dont on connaît le bilan avant même d’en avoir discuté.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/19/canicule-1-243-morts-en-exces-ont-ete-recenses-entre-le-3-et-le-22-juillet-par-sante-publique-france_6749871_3224.html