Le ministère de l'Économie et des Finances, à Bercy, Paris

Cadeaux fiscaux de Macron : 929 milliards de recettes perdues depuis 2018

Les cadeaux fiscaux accordés depuis 2018 auraient privé l’État de 929 milliards d’euros de recettes jusqu’en 2025. C’est l’estimation de l’économiste Gabriel Gaspard, publiée dans La Tribune et relayée par L’Humanité en plein débat sur le budget 2027. Sur la même période, la dette a augmenté de 1 242 milliards d’euros, tandis que les dividendes versés ont presque triplé.

Le débat budgétaire se concentre sur les dépenses. Gabriel Gaspard, ancien chef d’entreprise et spécialiste de l’économie financière, propose de regarder l’autre colonne. Dans une tribune publiée le 6 novembre par La Tribune, il chiffre à 929 milliards d’euros les principales pertes de recettes liées aux allègements fiscaux entre 2018 et 2025, sous les présidences d’Emmanuel Macron, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial (promotion 2016).

Il met ce montant en regard de deux autres chiffres. Sur la période, le PIB aurait progressé de 699,4 milliards d’euros. La dette publique, elle, serait passée de 2 218,4 milliards d’euros en 2018 à 3 460,5 milliards en 2025. L’auteur présente son évaluation comme « une estimation minimale du coût des choix fiscaux ». Elle n’intègre ni les aides publiques aux entreprises, ni l’ensemble des niches fiscales, dont les montants ne sont pas totalement cumulables avec le reste.

L’impôt sur les sociétés en tête de liste

Premier poste identifié : la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, passé de 33,3 % à 25 % entre 2018 et 2022. Les recettes correspondantes auraient reculé d’environ 30 milliards d’euros par an une fois la réforme pleinement appliquée. Le taux implicite d’imposition des entreprises serait tombé de 20,7 % en 2016 à 17,5 % en 2022. L’auteur reconnaît que cette politique peut se justifier par la recherche de compétitivité et d’investissement, mais estime que ses résultats ne sont pas à la hauteur de son coût.

Deuxième poste : le CICE, transformé en baisse pérenne de cotisations patronales. Il aurait coûté environ 110 milliards d’euros à l’État entre sa création et sa suppression. L’enveloppe des exonérations serait ensuite passée de 40,3 milliards d’euros en 2018 à 80,2 milliards en 2024, pour un coût net retenu d’environ 20 milliards par an.

Des collectivités privées de leurs impôts

La suppression de la taxe d’habitation représenterait une perte de 18,7 milliards d’euros par an. Pour Gabriel Gaspard, elle a fait disparaître le dernier grand impôt local acquitté par les ménages et réduit l’autonomie fiscale des communes. La disparition progressive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, qui rapportait environ 8 milliards par an, prolonge ce mouvement.

Le remplacement de l’ISF par l’impôt sur la fortune immobilière et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique coûteraient 12 milliards d’euros par an selon ses calculs. Le gel de la taxe carbone, décidé fin 2018 après le mouvement des Gilets jaunes, aurait privé l’État d’environ 9 milliards par an. Enfin, les recettes de TVA, passées de 155 à près de 209 milliards d’euros entre 2018 et 2025, resteraient inférieures aux prévisions depuis 2023, pour un manque à gagner estimé à 9 milliards par an.

Les dividendes, eux, ne connaissent pas la crise

En face, la rémunération du capital a fortement progressé. Entre 2018 et 2025, les dividendes distribués par les sociétés françaises auraient presque triplé, passant d’environ 100 milliards à plus de 300 milliards d’euros par an. Au total, près de 2 000 milliards d’euros auraient été versés, soit presque trois fois la croissance du PIB sur la période. L’auteur y voit un déséquilibre structurel.

L’Humanité, quotidien dirigé par le sénateur communiste Fabien Gay, rapproche ces chiffres des 211 milliards d’euros d’aides publiques versées aux entreprises en 2023, évalués par la commission d’enquête sénatoriale dont il était le rapporteur. Le gouvernement et ses soutiens défendent, de leur côté, une politique de l’offre destinée à renforcer l’attractivité et l’emploi.

La question posée par cette tribune dépasse les chiffres : la dette française tient-elle seulement à un excès de dépenses, ou aussi aux recettes auxquelles l’État a renoncé ? Le débat budgétaire de 2027 aura du mal à l’ignorer.


Source : L’Humanité – https://www.humanite.fr/social-et-economie/budget-2027/cadeaux-fiscaux-macron-a-prive-les-finances-publiques-de-929-milliards-deuros