Dans un entretien publié le 26 juillet 2026 par La Tribune Dimanche, Bruno Le Maire dit vouloir changer de système plutôt que le réformer, et laisse ouverte l’hypothèse d’une candidature à la présidentielle 2027. L’ancien locataire de Bercy y expose trois priorités et place l’Allemagne au centre de sa vision européenne. Il n’annonce toujours rien.
Il a tenu le ministère de l’Économie de mai 2017 à septembre 2024, sous quatre Premiers ministres. Puis quelques heures au ministère des Armées, les 5 et 6 octobre 2025, le temps que le premier gouvernement de Sébastien Lecornu tombe. Depuis, le contributeur de l’agenda 2030, Bruno Le Maire, dont le nom avait circulé pour prendre la présidence du Forum économique mondial enseignait à Lausanne et conseillait le fabricant néerlandais d’équipements pour semi-conducteurs ASML , selon Le Journal du dimanche. Dimanche 26 juillet, il est revenu par la porte de l’entretien politique.
Dans La Tribune Dimanche, l’ancien ministre décrit un pays installé dans une crise de régime qu’il juge larvée, et un modèle qui ne produirait plus de résultats, ni sur l’économie, ni sur la sécurité du quotidien, ni sur l’école. Sa formule tient en une ligne : « Je veux changer de système, pas réformer le système ! »
Le mot qui manque
Le mot manquant, c’est « candidat ». Interrogé sur ses intentions, Bruno Le Maire répond qu’il lui reviendra de porter ce choix, et renvoie la suite à l’avenir. La méthode n’est pas neuve : il l’avait déjà éprouvée en avril, à la sortie de son livre Le temps d’une décision, paru le 23 avril chez Gallimard, dont Le Journal du dimanche relevait alors qu’il ressemblait à une entrée en campagne sans en avoir le nom.
Ancien candidat à la primaire de la droite en 2016, ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy, passé des Républicains à la majorité présidentielle en 2017, Bruno Le Maire connaît le calendrier. Trente ans de vie publique l’ont conduit, dit-il, à une conclusion simple : les réformes ne suffisent plus, seul le changement structurel vaudrait la peine.
Trois priorités, dont une qui promet de faire changer la peur de camp
La première priorité qu’il énonce est économique : redonner de la prospérité à des Français qu’il décrit en appauvrissement accéléré depuis des décennies, en revalorisant le travail et en libérant les entreprises. La deuxième est régalienne : rétablir l’autorité de l’État, avec une règle appliquée partout, pour tous, tout le temps. Il ajoute que la peur doit changer de camp, formule aussi ancienne que le débat sur la sécurité.
Sur le modèle social, il défend une protection recentrée sur les plus fragiles, pensée comme un filet de sécurité et non comme un guichet ouvert. La troisième priorité est européenne, et elle passe par Berlin : sans l’Allemagne, affirme-t-il, aucune Europe capable de tenir face aux puissances chinoise et américaine.
Embouteillage au centre droit
S’il se lançait, Bruno Le Maire n’arriverait pas sur une route dégagée. Le young leader de la Fondation France-Amérique, Édouard Philippe, qui a participé aux réunions du groupe Bilderberg en 2024 et 2025, occupe le terrain depuis deux ans. Gabriel Attal, Young Global Leader du Forum économique mondial promotion 2023, avance ses pions, et son parti Renaissance a engagé une procédure contre le Rassemblement national pour l’usage du terme sur une affiche de campagne, rapporte La Dépêche du Midi. Bruno Retailleau, lui, tient la ligne conservatrice.
Quatre prétendants au moins pour un même électorat, et une élection dont le premier débat, selon La Dépêche du Midi, se tiendra sur le court central de Roland-Garros devant 20 000 chefs d’entreprise. La séquence dit quelque chose de la campagne qui vient : le centre droit se compte avant de se choisir, et chacun mesure sa capacité à exister sans déclarer.
Bruno Le Maire aura mis deux ans à revenir dans le débat, et une phrase à s’y réinstaller. À moins d’un an de la de la présidentielle 2027, il occupe la position la plus confortable du jeu : celle du candidat que rien n’engage encore, même si en tant qu’ancien ministre de l’Economie il est forcément responsable en partie de la situation économique catastrophique du pays. Reste à savoir qui, du système ou du candidat, changera le premier.
Source : La Tribune