Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Économie et des Finances, en 2021

Bruno Le Maire : la dette publique renvoyée à Emmanuel Macron

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, proche du Forum économique mondial a publié un manifeste de 58 pages intitulé « Une autre France », dans lequel il attribue au président de la Républiqueet young global leader du WEF, Emmanuel Macron le blocage du redressement des comptes publics. Locataire de Bercy de 2017 à septembre 2024, il a vu la dette publique française passer de 2 218 milliards d’euros à plus de 3 228 milliards, selon les chiffres de l’OCDE, et le déficit grimper de 3,4 % à 5,8 % du produit intérieur brut.

Le dispositif de lancement dit déjà quelque chose du projet. Pour un texte de 58 pages, l’ancien ministre a mobilisé un site Internet dédié, un entretien dans Le Parisien et une synthèse filmée calibrée pour les réseaux sociaux. Le titre du manifeste, « Une autre France », ne laisse pas beaucoup de doute sur la fenêtre visée.

Bruno Le Maire l’a écrit lui-même, sans prête-plume, et y retrouve la prose ample qui a fait sa réputation. La conclusion du texte tient en un mot répété comme une scansion : vouloir. Contre le renoncement, contre l’indifférence, contre la résignation au déclassement.

L’exercice place son auteur dans une file d’attente déjà nourrie. Plusieurs anciens Premiers ministres et ministres d’Emmanuel Macron ont laissé entendre qu’ils se voyaient à l’Élysée. Bruno Le Maire et le président de la République figurent l’un et l’autre dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2016 pour le second.

Mille milliards de plus à Bercy

Le bilan chiffré, lui, ne dépend d’aucune plume. En 2017, à l’arrivée de Bruno Le Maire au ministère de l’Économie, la dette publique française s’établissait à 2 218 milliards d’euros. En 2024, année de son départ, elle dépassait 3 228 milliards, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Mille milliards d’euros d’écart en sept ans, sous un seul et même ministre, pendant que quatre Premiers ministres se succédaient au-dessus de lui : Édouard Philippe, Jean Castex, Élisabeth Borne, Gabriel Attal.

La courbe ne s’est pas assagie depuis. L’encours dépasse désormais 3 500 milliards d’euros. Le déficit public suit la même pente : 3,4 % du PIB en 2017, 5,8 % en 2024, très au-dessus du seuil de 3 % fixé par le Pacte de stabilité européen. Sur l’emploi, la trajectoire avait été plus favorable pendant une partie de la période, avant que le chômage ne reparte à la hausse après le départ du ministre.

Bruno Le Maire ne conteste pas le diagnostic d’ensemble. Il décrit dans son manifeste un appauvrissement continu de la France par rapport aux États-Unis depuis trente ans et un plein emploi jamais atteint, alors qu’il est la norme dans la plupart des pays développés. « La réalité est cruelle : depuis quatre décennies, nous nous appauvrissons », écrit-il. Le constat est daté de quatre décennies. Son passage à Bercy en couvre sept années.

Le legs de 1981 et le grand prêtre

Vient ensuite la question des responsabilités, et le manifeste change de registre. L’ancien ministre remonte d’abord à François Mitterrand et aux décisions prises sur les retraites en 1981, qu’il chiffre à 1 000 milliards d’euros de dette devenus 1 300, avec une facture appelée à s’alourdir. « Nous payons aujourd’hui les choix faits sur les retraites en 1981 », résume-t-il.

Il décrit ensuite un pays où la dépense publique tient lieu de religion et où le chef de l’État en serait le grand prêtre, faisant de tout partisan d’économies budgétaires un hérétique. La formule vise nommément l’Élysée. Elle intervient après sept années de solidarité gouvernementale sans rupture publique.

Sur les faits, Bruno Le Maire livre sa version de la séquence de 2024. Il affirme avoir réclamé des économies dès 2021, avoir dû durcir sa copie après un manque de recettes de 40 milliards d’euros en 2023, puis avoir soumis un plan complet de redressement des finances publiques dont un projet de loi de finances rectificative devait constituer la première étape. Selon lui, ce texte a été retoqué par le président de la République, avant la dissolution de l’Assemblée nationale. Le manifeste ne tranche pas sur le motif : crainte de la censure, calcul, ou raison inconnue de l’auteur.

Une candidature en filigrane

Le manifeste se termine par un plaidoyer de méthode plus que de programme. Bruno Le Maire y écrit que la France n’a pas besoin de réformes supplémentaires mais d’une ambition collective, faute d’avoir basculé du côté des puissances qui gagnent. Il maintient dans le même mouvement que le bilan économique du quinquennat mérite d’être défendu : « Notre bilan économique doit être défendu », écrit-il, tout en se disant reconnaissant au chef de l’État.

Le reste du texte élargit la liste des sujets sur lesquels il estime que le pays préfère ignorer le réel : la dette et des taux d’intérêt au-dessus de 4 %, le réchauffement climatique et les incendies de forêt, l’immigration illégale et le sentiment de dépossession culturelle, la désindustrialisation et la concurrence jugée inéquitable. Un inventaire de campagne, davantage que le bilan d’un ministre sortant.

Sur son éviction, l’ancien locataire de Bercy tient en quatre mots. « Je gênais, on m’écarta. »


Source : Valeurs actuelles – valeursactuelles.com