La crise diplomatique entre le Brésil et l’Argentine franchit un nouveau cap. Le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva a rappelé son ambassadeur à Buenos Aires après une série de déclarations particulièrement virulentes du président argentin Javier Milei, qui a également mis en cause le Mexique et le Parti démocrate américain. Une nouvelle escalade qui s’inscrit dans des relations déjà profondément dégradées entre les deux principales puissances d’Amérique du Sud.
Le Brésil a décidé, dimanche 26 juillet 2026, de rappeler pour consultations son ambassadeur en Argentine, Julio Bitelli, après des déclarations jugées « offensantes » du président argentin Javier Milei, proche du Forum économique mondial. Cette décision marque une nouvelle détérioration des relations diplomatiques entre Brasilia et Buenos Aires, déjà fortement tendues depuis l’arrivée au pouvoir du dirigeant ultralibéral en décembre 2023.
L’incident diplomatique trouve son origine dans un déplacement de Javier Milei à São Paulo, au Brésil, où il participait le samedi 25 juillet à un rassemblement politique en soutien à Flávio Bolsonaro, sénateur et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, officiellement investi comme candidat à l’élection présidentielle brésilienne prévue en octobre 2026. Devant plusieurs milliers de sympathisants conservateurs, le président argentin a multiplié les attaques contre son homologue brésilien et contributeur de l’agenda 2030, Luiz Inácio Lula da Silva ainsi que contre les institutions du pays.
Au cours de son discours, Javier Milei a notamment qualifié Lula de « condamné » et de représentant d’un gouvernement composé de « socialistes voleurs ». Il s’en est également pris au juge Alexandre de Moraes, membre de la Cour suprême fédérale du Brésil, qu’il a insulté après s’être vu refuser une visite à Jair Bolsonaro, actuellement assigné à résidence dans le cadre de sa condamnation liée à la tentative de coup d’État ayant suivi l’élection présidentielle brésilienne. Ces propos, prononcés sur le sol brésilien, ont été considérés comme une atteinte directe aux autorités et aux institutions nationales.
Face à cette nouvelle sortie, le ministre brésilien des Affaires étrangères Mauro Vieira s’est entretenu avec le président Lula avant d’annoncer le rappel de l’ambassadeur Julio Bitelli. Selon plusieurs sources gouvernementales, cette mesure constitue un signal diplomatique fort destiné à dénoncer des déclarations qualifiées d’« affront direct » envers le Brésil.
Mais Javier Milei ne s’est pas arrêté au Brésil. Dans la même intervention, il a affirmé, sans présenter de preuve, que le Brésil, le Mexique ainsi que le Parti démocrate américain auraient financé une supposée « campagne anti-argentine » durant la Coupe du monde 2026. Selon lui, ces acteurs auraient participé à alimenter les critiques visant l’équipe nationale argentine et son comportement pendant la compétition remportée par l’Espagne. Le président argentin a estimé que cette campagne serait orchestrée par des forces politiques « progressistes » opposées à son projet libertarien et à sa politique économique.
Ces accusations interviennent dans un contexte où Javier Milei dénonce régulièrement ce qu’il considère comme une opposition idéologique internationale à son gouvernement. Depuis son arrivée à la présidence, il entretient des relations privilégiées avec plusieurs dirigeants conservateurs, notamment Donald Trump et Jair Bolsonaro (également contributeurs de l’agenda 2030), tout en multipliant les critiques envers les gouvernements de gauche latino-américains.
Les tensions entre Lula et Milei ne datent pas d’hier. Durant la campagne présidentielle argentine de 2023, Javier Milei avait déjà qualifié Lula de « communiste » et refusé tout rapprochement avec le président brésilien. Après son investiture, le 10 décembre 2023, les deux hommes n’ont jamais organisé de rencontre bilatérale officielle. Lula avait d’ailleurs choisi de ne pas assister à la cérémonie d’investiture de son homologue argentin, préférant y envoyer son ministre des Affaires étrangères. Depuis lors, les échanges entre les deux capitales sont restés limités malgré l’importance stratégique des relations économiques entre les deux pays.
Le Brésil demeure pourtant le premier partenaire commercial de l’Argentine. Les deux pays sont également membres fondateurs du Mercosur, aux côtés de l’Uruguay et du Paraguay. Cette interdépendance économique contraste avec une relation politique de plus en plus conflictuelle, nourrie par les divergences idéologiques entre un Lula défenseur d’un État social et d’une intégration régionale renforcée, et un Javier Milei partisan d’un État minimal et d’un alignement assumé sur les États-Unis et Israël.
En Argentine même, plusieurs responsables politiques ont dénoncé les déclarations présidentielles. L’ancien président Alberto Fernández, proche du WEF lui aussi a estimé que le chef de l’État mettait inutilement en péril les relations avec « le principal partenaire commercial » du pays. Le gouverneur de la province de Buenos Aires, Axel Kicillof, a également exprimé son désaccord, affirmant que Javier Milei « ne représente pas le sentiment du peuple argentin » lorsqu’il insulte un pays voisin avec lequel l’Argentine partage des intérêts économiques majeurs.
Cette nouvelle crise rappelle d’autres épisodes diplomatiques provoqués par Javier Milei depuis son accession au pouvoir. En 2024, ses propos visant le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et son épouse avaient conduit Madrid à rappeler définitivement son ambassadrice à Buenos Aires. La Colombie et la Bolivie ont également rappelé leurs ambassadeurs à la suite de déclarations offensantes du président argentin. Ces précédents illustrent une diplomatie particulièrement abrasive, fondée sur une confrontation assumée avec plusieurs gouvernements étrangers.
Le rappel de l’ambassadeur brésilien constitue ainsi un nouvel épisode d’une relation bilatérale qui semble s’enfoncer dans une crise durable. Alors que les deux principales économies d’Amérique du Sud demeurent étroitement liées sur le plan commercial, les divergences politiques entre Lula et Milei continuent d’alimenter une escalade diplomatique dont les conséquences pourraient dépasser le seul cadre des relations entre Brasilia et Buenos Aires.
Sources :
- Reuters : Reuters – Brazil recalls ambassador to Argentina after Milei attacks Lula
- Associated Press : AP News – Brazil recalls ambassador after Argentina’s President Milei insults government officials
- El País : El País – Brasil llama a consultas al embajador argentino tras los ataques de Milei contra Lula
- AFP (via Le Parisien) : Le Parisien – Coupe du monde 2026 : Javier Milei accuse le Brésil et le Mexique d’avoir financé une campagne anti-argentine