Birmanie : les conséquences de plus de cinq ans de guerre civile

Le conflit qui ravage la Birmanie depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 s’est transformé en l’une des guerres civiles les plus meurtrières et les plus complexes au monde. Selon les données de l’ACLED, près de 93 000 personnes ont été tuées depuis la prise de pouvoir de la junte, tandis que des millions d’habitants ont été déplacés. Retour sur les origines, l’évolution et les conséquences d’une crise qui continue de déstabiliser l’ensemble du pays.

Le 1er février 2021 marque un tournant majeur dans l’histoire contemporaine de la Birmanie, également appelée Myanmar. Ce jour-là, l’armée birmane, connue sous le nom de Tatmadaw, renverse le gouvernement civil élu d’Aung San Suu Kyi quelques heures avant la première session du nouveau Parlement issu des élections de novembre 2020. Les militaires dénoncent des fraudes électorales sans jamais en apporter la preuve et instaurent l’état d’urgence, mettant brutalement fin à une décennie d’ouverture politique.

Dans les semaines qui suivent, des centaines de milliers de Birmans descendent dans les rues pour réclamer le retour de la démocratie. Le mouvement de désobéissance civile rassemble fonctionnaires, médecins, enseignants et salariés de nombreux secteurs. La réponse de la junte est immédiate : les manifestations sont réprimées dans le sang, les arrestations se multiplient et les opposants sont emprisonnés. Face à cette répression, une partie de la population choisit progressivement la lutte armée.

Cette évolution transforme rapidement une contestation populaire en véritable guerre civile. De nombreux groupes de résistance voient le jour sous la bannière des Forces de défense du peuple (PDF), soutenues politiquement par le Gouvernement d’unité nationale (NUG), constitué par des élus renversés et des représentants de la société civile. Ces nouvelles forces s’allient à plusieurs organisations armées ethniques qui combattent parfois le pouvoir central depuis plusieurs décennies dans les régions frontalières.

Le conflit prend alors une ampleur nationale. Contrairement aux précédentes insurrections limitées à certaines zones, les combats s’étendent à une grande partie du territoire. Les régions de Sagaing, Magway, Chin, Kachin, Karen, Shan ou encore Rakhine deviennent le théâtre d’affrontements quasi quotidiens entre la junte et les groupes de résistance.

Selon l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), la Birmanie figure aujourd’hui parmi les pays les plus touchés par la violence politique dans le monde. Les données de l’organisation indépendante recensent près de 93 000 morts depuis le coup d’État de février 2021 jusqu’au début de l’année 2026, soit une moyenne de plus de 1 500 décès par mois. L’ACLED souligne également que le conflit touche désormais pratiquement toutes les régions du pays et expose des dizaines de millions de personnes à la violence.

La supériorité militaire de la junte repose essentiellement sur son aviation et son artillerie. Au fil des années, les frappes aériennes sont devenues l’un des principaux moyens employés pour tenter de reprendre le contrôle des territoires perdus. Plusieurs organisations internationales, dont les Nations unies et Human Rights Watch, accusent régulièrement l’armée de viser des infrastructures civiles, des écoles, des hôpitaux ou encore des villages soupçonnés d’abriter des combattants de la résistance.

Parallèlement, les forces anti-junte ont gagné du terrain dans plusieurs États frontaliers. À partir de la fin de l’année 2023, plusieurs offensives coordonnées permettent à différentes organisations ethniques de s’emparer de bases militaires, de villes stratégiques et d’axes routiers essentiels. Malgré ces revers, l’armée conserve le contrôle des principales grandes villes, d’une partie des infrastructures nationales ainsi que de l’espace aérien.

Les conséquences humanitaires sont considérables. Des millions de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile, tandis que l’économie nationale s’est effondrée. Les systèmes de santé et d’éducation fonctionnent difficilement dans de nombreuses régions, compliquant encore davantage le quotidien d’une population déjà confrontée à une forte inflation et à une insécurité alimentaire croissante. Les organisations humanitaires dénoncent également les restrictions imposées par les autorités militaires à l’acheminement de l’aide dans plusieurs zones de combat.

La communauté internationale peine, de son côté, à trouver une issue diplomatique. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) n’a jusqu’à présent pas réussi à imposer son plan de paix en cinq points adopté en 2021. Les sanctions économiques décidées par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne et plusieurs autres pays n’ont pas empêché la junte de poursuivre ses opérations militaires, notamment grâce au maintien de certaines relations avec la Russie et la Chine.

Alors que le conflit est entré dans sa sixième année, aucune solution politique durable ne semble émerger. La fragmentation des acteurs armés, la multiplication des fronts et l’absence de dialogue entre les différentes parties entretiennent une guerre qui continue de faire de nouvelles victimes presque quotidiennement. Pour les observateurs d’ACLED, la Birmanie demeure aujourd’hui l’un des conflits les plus complexes et les plus violents de la planète, avec une intensité qui ne montre que peu de signes d’apaisement.

Sources

  • ACLED – Données et analyses sur le conflit en Birmanie : https://acleddata.com/
  • ACLED – As Myanmar’s attempted coup and civil war enter their sixth year (2026)
  • Human Rights Watch – World Report 2025: Myanmar
  • Reuters – Myanmar military stepping up civilian killings and arrests, says UN report (17 septembre 2024)