Bill Gates lors d'une prise de parole publique

Bill Gates : l’intelligence artificielle avance sans plan mondial déplore le boss de Microsoft

Le cofondateur de Microsoft, GAFAM membre du Forum économique mondial a publié le 26 août 2026, sur son blog GatesNotes, un essai qui rompt avec cinquante ans d’optimisme technologique. Le contributeur de l’agenda 2030, Bill Gates y détaille trois risques liés à l’intelligence artificielle, la destruction d’emplois, la cybersécurité et le bioterrorisme, le développement des enfants, avant d’avancer des pistes de régulation. Son constat central tient en une phrase : personne ne prépare l’entrée dans cette ère.

Soixante-dix ans, une fortune reversée à sa fondation, cinquante années passées à défendre le progrès technique. Et puis cette formule, publiée le 26 août sur GatesNotes : « il n’y a pas de plan ». Le cofondateur de Microsoft écrit que l’innovation peut désormais produire des conséquences globalement négatives, et qu’il ne voit aucun signe indiquant que les dirigeants, les experts et les communautés affrontent sérieusement la question.

L’homme désamorce l’objection avant qu’on la lui oppose. Il rappelle avoir considérablement profité de l’industrie technologique, y conserver des intérêts financiers, et travailler avec Microsoft et d’autres entreprises d’intelligence artificielle dans le cadre de sa fondation. Tous ses profits, précise-t-il, iront à celle-ci. Au lecteur d’apprécier si ce regard s’en trouve altéré.

Les cols blancs d’abord, les cols bleus dans la foulée

Le premier risque est le plus mesurable. Vente, support client, ingénierie logicielle, travail juridique : les postes sont déjà touchés. Gates observe que l’emploi des jeunes travailleurs dans les métiers exposés a sensiblement reculé depuis l’adoption des modèles génératifs, quand leurs collègues plus âgés restent pour l’instant épargnés. Il annonce l’extension du phénomène à l’analyse de données, au tri des patients, à l’évaluation des dossiers de crédit.

Les métiers manuels suivront. Beaucoup d’Américains sous-estiment selon lui la vitesse des progrès de la robotique agile, dont l’essentiel de la recherche se déroule en Chine. Les machines commenceraient à concurrencer les humains sur des tâches physiques, dans la construction ou l’hôtellerie, d’ici la fin de la décennie.

Sa préoccupation la plus vive va aux jeunes diplômés. Ils arrivent sur un marché où les postes d’entrée se raréfient, au moment précis où ils observent de près ce que la machine sait faire. Leur défiance, écrit Gates, est rationnelle.

Ce qui empêche les spécialistes de la cybersécurité de dormir

Deuxième risque, la capacité de nuisance. Fraude, désinformation, contenus truqués, surveillance : les atteintes quotidiennes concerneront tout le monde. Les experts en cybersécurité que Gates fréquente redoutent les prochaines années, les attaquants progressant plus vite que les défenseurs. Hôpitaux, réseaux électriques, systèmes de prestations sociales, les infrastructures les plus critiques sont aussi les plus exposées.

Sur le bioterrorisme, l’essai ne prend aucune précaution oratoire. La conception de nouvelles maladies deviendra plus facile, et les capacités bénéfiques, vaccins et médicaments, se séparent mal des capacités dangereuses. Gates envisage enfin que les modèles se mettent à agir contre les intérêts de leurs concepteurs et leur échappent.

Une serre protégée dont on ne sort jamais

Le troisième risque touche aux enfants. Gates raconte avoir eu peu d’amis dans son enfance et devoir à un travail exigeant sur ses compétences sociales, encouragé par sa mère, la personne qu’il est devenu. Il doute qu’il aurait fourni le même effort face à un compagnon artificiel disponible en permanence et jamais contrariant.

Il cite une étude conduite par Stanford et Carnegie Mellon, entités liées au WEF auprès de plus de 1 100 utilisateurs de compagnons artificiels. Les personnes les plus isolées socialement s’y réfugiaient le plus, et plus l’usage devenait émotionnel, plus leur état se dégradait. OpenAI, labo lié au WEF avait identifié ce risque de dépendance dès le lancement de GPT-4o et tente de le contenir par des ajustements successifs de ses modèles et par un comité consacré à la santé mentale.

Sur l’éducation, le paradoxe l’occupe autant. L’outil qui permettra d’apprendre davantage pourrait conduire à penser moins. Une enquête préliminaire associe un usage intensif de ces systèmes à un déclin de la pensée critique, plus marqué chez les jeunes. Au moment, souligne Gates, où distinguer le vrai du faux devient une compétence vitale.

Deux mille hôpitaux et deux cents milliards de dollars

L’essai consacre une part substantielle aux bénéfices, sous réserve qu’ils soient activement distribués. En santé, Gates cite Viz.ai, un outil d’analyse de scanners déployé dans près de 2 000 hôpitaux américains pour repérer les accidents vasculaires cérébraux en urgence. L’agriculture serait le domaine où l’effet arrivera le plus vite dans les pays à faible revenu, des exploitants pauvres devant y accéder à des conseils sur la météo, les semences et les maladies supérieurs à ceux dont disposent aujourd’hui les plus riches.

La fondation Gates, membre du WEF, dispose de 200 milliards de dollars à dépenser sur les dix-neuf années à venir. Elle mise sur ces technologies pour accélérer la recherche de vaccins contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. OpenAI, Anthropic, Google et Microsoft travaillent avec elle sur ces programmes.

Ce qu’il propose, et ce qu’il ne détaille pas

Trois pistes ferment le texte. La première, que Gates juge prioritaire, consiste à bâtir des institutions nationales et internationales inspirées de l’AIEA pour le nucléaire et de l’OACI pour l’aviation civile. Aucune structure existante n’a été pensée pour une technologie qui touche en même temps l’emploi, la sécurité, la santé, l’énergie et les élections. Il compare l’ampleur de la réorganisation nécessaire à celle qui a suivi le 11 septembre 2001, en bien plus vaste.

La deuxième porte un nom, Human Reserved. Des métiers volontairement préservés pour les humains, sur le modèle d’une réserve naturelle. Gates cite les soignants qui ont accompagné son père, mort de la maladie d’Alzheimer en 2020, et demande qu’on imagine un robot annonçant à un patient une maladie incurable. Rien ne l’en empêcherait techniquement. Il estime que rien ne devrait l’y autoriser.

La troisième piste, une taxe sur les tokens, est nommée sans être développée dans le compte rendu des Numériques.

Gates a passé cinquante ans à promettre que la machine servirait l’homme. Il demande aujourd’hui qu’on écrive noir sur blanc la liste des métiers où elle n’entrera pas.


Source : Les Numériques – https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/il-n-y-a-pas-de-plan-bill-gates-demande-au-monde-de-se-preparer-a-l-ia-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard-n260974.html