Begoña Gómez : l’épouse de Pedro Sánchez renvoyée devant la justice pour trafic d’influence et détournement de fonds publics

Nouveau tournant dans une affaire qui secoue la vie politique espagnole depuis plus de deux ans. La justice madrilène a confirmé que Begoña Gómez, épouse du président du gouvernement espagnol et contributeur de l’agenda 2030, Pedro Sánchez, devra être jugée pour des faits présumés de trafic d’influence et de détournement de fonds publics. Cette décision intervient après plusieurs mois de procédures, de recours et de fortes tensions entre le pouvoir exécutif et l’autorité judiciaire.

L’affaire Begoña Gómez franchit une nouvelle étape judiciaire. Le 16 juillet 2026, l’Audience provinciale de Madrid a confirmé que l’épouse du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez devra comparaître devant un tribunal avec jury populaire pour répondre de deux infractions présumées : trafic d’influence et détournement de fonds publics. Les magistrats ont estimé que le dossier contenait des indices suffisants pour justifier la tenue d’un procès, tout en abandonnant d’autres qualifications pénales initialement envisagées par le juge instructeur, notamment la corruption dans les affaires et l’abus de confiance.

Cette décision constitue l’aboutissement provisoire d’une enquête particulièrement sensible qui, depuis son ouverture au printemps 2024, nourrit un affrontement politique majeur en Espagne. Elle intervient alors que Pedro Sánchez dirige toujours le gouvernement espagnol et que l’opposition accuse son entourage d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur, tandis que le Parti socialiste dénonce une instrumentalisation politique de la justice.

Une enquête ouverte en avril 2024

L’affaire débute le 24 avril 2024 lorsque le juge madrilène Juan Carlos Peinado ouvre une enquête préliminaire à la suite d’une plainte déposée par l’organisation Manos Limpias. Les accusations portent alors sur un possible trafic d’influence lié aux activités professionnelles de Begoña Gómez, notamment dans le cadre de ses fonctions à l’Université Complutense de Madrid et de ses relations avec plusieurs entreprises privées. Le ministère public avait demandé le classement sans suite de la plainte, estimant les éléments insuffisants, mais le magistrat décide de poursuivre les investigations.

Très rapidement, l’affaire prend une dimension nationale. Les investigations s’intéressent notamment aux liens entre Begoña Gómez et l’entrepreneur Juan Carlos Barrabés, ainsi qu’à plusieurs lettres de recommandation signées en faveur d’entreprises ayant ensuite obtenu des marchés ou des aides publiques. Les enquêteurs examinent également les circonstances entourant certaines activités développées dans le cadre d’une chaire universitaire consacrée à la transformation sociale compétitive.

L’un des éléments ayant suscité les interrogations concerne également les relations entretenues avec Air Europa. Des observateurs avaient relevé qu’un projet de partenariat existait entre la compagnie aérienne et l’Africa Center dirigé par Begoña Gómez avant que l’entreprise bénéficie ensuite d’un important plan d’aide publique décidé durant la pandémie de Covid-19. Les enquêteurs cherchent depuis à déterminer si des interventions irrégulières ont pu influencer certaines décisions administratives, ce que la principale intéressée conteste fermement.

Une crise politique sans précédent

L’ouverture de cette enquête provoque immédiatement une onde de choc au sommet de l’État espagnol. Le 24 avril 2024, Pedro Sánchez annonce suspendre temporairement ses activités publiques afin de réfléchir à une éventuelle démission. Pendant cinq jours, l’Espagne retient son souffle avant que le chef du gouvernement n’annonce finalement son maintien à la tête de l’exécutif.

Le dirigeant socialiste dénonce alors une campagne de harcèlement politique menée, selon lui, par une partie de la droite, de l’extrême droite et de certains médias. Il affirme que les poursuites visant son épouse s’inscrivent dans une stratégie de déstabilisation politique plutôt que dans une recherche impartiale de la vérité judiciaire.

L’enquête ne cesse toutefois de s’étendre au fil des mois. Begoña Gómez est entendue à plusieurs reprises par le juge, tandis que Pedro Sánchez lui-même est convoqué comme témoin en juillet 2024. Lors de cette audition organisée directement au palais de la Moncloa, le chef du gouvernement exerce son droit légal de ne pas témoigner contre son épouse.

Des investigations élargies

Au cours des années 2024 et 2025, le magistrat instructeur élargit progressivement le périmètre de ses investigations. Les enquêteurs examinent notamment le fonctionnement de la chaire universitaire codirigée par Begoña Gómez à l’Université Complutense de Madrid, ainsi que le développement d’un logiciel financé dans ce cadre.

Une autre partie de l’enquête concerne Cristina Álvarez, collaboratrice de Begoña Gómez au palais de la Moncloa. Les magistrats cherchent à déterminer si des moyens publics ou des ressources de l’administration auraient été utilisés au profit d’activités privées liées à la chaire universitaire. C’est précisément cet aspect qui nourrit aujourd’hui l’accusation de détournement de fonds publics retenue contre l’épouse du chef du gouvernement. Le 20 juin 2026, le juge Juan Carlos Peinado prononce une première ordonnance de renvoi devant le tribunal en retenant quatre infractions pénales. Mais les recours déposés par les avocats conduisent l’Audience provinciale de Madrid à réexaminer entièrement le dossier.

La justice valide deux chefs d’accusation

Dans sa décision rendue publique le 16 juillet 2026, l’Audience provinciale confirme qu’il existe des indices suffisamment sérieux pour juger Begoña Gómez pour trafic d’influence et détournement de fonds publics. En revanche, les magistrats écartent les accusations de corruption dans les affaires ainsi que d’abus de confiance, estimant que les éléments réunis ne permettent pas de soutenir ces qualifications. Les juges ont également annulé plusieurs mesures restrictives prises auparavant contre Begoña Gómez, notamment la confiscation de son passeport et l’interdiction de quitter le territoire espagnol, considérant que le risque de fuite n’était pas suffisamment démontré.

Cette décision ne constitue pas une condamnation. Elle signifie uniquement que les magistrats estiment les éléments de preuve suffisamment consistants pour qu’un procès puisse avoir lieu. Au cours de cette future audience, le tribunal devra examiner contradictoirement l’ensemble des pièces du dossier avant de déterminer si les infractions reprochées sont ou non établies.

L’affaire demeure particulièrement sensible sur le plan politique. Elle continue d’alimenter le débat public en Espagne, où les soutiens du gouvernement dénoncent une procédure à forte dimension politique, tandis que l’opposition réclame que toute la lumière soit faite sur les relations entre les institutions publiques et certaines activités privées de l’entourage du chef du gouvernement. Le procès de Begoña Gómez s’annonce ainsi comme l’un des rendez-vous judiciaires et politiques les plus suivis de ces prochaines années en Espagne.

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