Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, fait face à une vague de critiques après s’être abstenu lors d’un vote municipal portant notamment sur la lutte contre l’excision. Accusé par plusieurs personnalités de droite de ne pas avoir soutenu un texte destiné à protéger les femmes et les jeunes filles, l’élu insoumis dénonce une polémique politique et assure que son opposition aux mutilations sexuelles féminines ne souffre d’aucune ambiguïté.
Une abstention qui provoque une tempête politique. À Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le maire La France insoumise (LFI), Bally Bagayoko, se retrouve sous le feu des critiques après un vote organisé lors du conseil municipal du 24 septembre 2026. En cause : sa décision, partagée par sa majorité municipale, de ne pas voter en faveur d’un vœu appelant à renforcer la lutte contre l’excision et les violences sexistes et sexuelles.
Le texte, présenté par le groupe d’opposition « Socialistes, Écologistes et citoyens », visait à réaffirmer la nécessité de protéger les filles et les femmes contre les mutilations sexuelles féminines. Il comportait également un soutien à une proposition de loi intégrale consacrée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Lors du scrutin, la majorité municipale a choisi l’abstention. Le vœu a néanmoins été adopté, avec huit voix favorables et 44 abstentions. Un résultat qui, plusieurs jours plus tard, allait déclencher une controverse dépassant largement les frontières de Saint-Denis.
Un vote municipal marqué par un incident de procédure
Au-delà du choix politique de la majorité, le déroulement du scrutin a lui-même suscité des interrogations.
Selon les comptes rendus de la séance rapportés par Le Figaro, Bally Bagayoko aurait initialement annoncé que le vœu n’était pas adopté, avant même d’avoir procédé au décompte des voix favorables.
L’intervention de Katy Bontinck, élue socialiste de l’opposition, a finalement conduit le maire à reprendre la procédure. Le décompte des suffrages a alors permis de constater que le texte était bel et bien adopté.
L’épisode serait probablement resté cantonné aux débats municipaux sans sa diffusion sur les réseaux sociaux au début du mois d’octobre.
Le média L’Infiltré, dont les informations ont ensuite été reprises par Valeurs actuelles, a attiré l’attention sur l’abstention du maire. Charlotte Rocher, conseillère d’arrondissement Les Républicains dans le 15e arrondissement de Paris, a notamment relayé l’affaire sur X avec une réaction particulièrement sévère : « La honte. »
Plusieurs personnalités de droite ont ensuite dénoncé la position de Bally Bagayoko, transformant ce vote local en sujet de confrontation politique.
L’excision, un enjeu majeur en Seine-Saint-Denis
La polémique intervient dans un territoire particulièrement concerné par les mutilations sexuelles féminines.
Selon une étude citée par Le Figaro, 7,1 % des femmes âgées de 18 à 44 ans en Seine-Saint-Denis auraient subi une mutilation sexuelle. Un chiffre préoccupant qui souligne l’importance des politiques de prévention, de protection et d’accompagnement des victimes.
L’excision, qui consiste à retirer partiellement ou totalement certains organes génitaux externes féminins pour des raisons non médicales, constitue une atteinte grave à l’intégrité physique et aux droits fondamentaux des femmes et des filles.
Dans ce contexte, l’abstention de la majorité municipale sur un texte mentionnant explicitement la lutte contre cette pratique a rapidement suscité des réactions.
Pour les opposants au maire, le caractère particulièrement sensible du sujet rendait nécessaire un soutien politique clair au vœu présenté en conseil municipal.
Mais Bally Bagayoko conteste fermement l’interprétation donnée à son vote.
Bally Bagayoko dénonce une polémique politique
Face à la multiplication des critiques, le maire de Saint-Denis a pris la parole sur le réseau social X, avant que sa majorité municipale ne publie un communiqué officiel.
Dans ce document, l’équipe municipale dénonce « des polémiques politiciennes montées de toutes pièces » et réaffirme sa détermination à combattre les mutilations sexuelles féminines.
Selon les explications avancées par Bally Bagayoko, l’abstention ne concernait pas le principe de la lutte contre l’excision, auquel sa majorité affirme adhérer pleinement.
Le désaccord portait sur une autre disposition du texte soumis au vote : le soutien à la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, alors en discussion au Parlement.
Le maire assure que sa majorité avait explicitement approuvé, pendant la séance, les dispositions relatives à la protection des femmes contre l’excision. Elle avait également rappelé l’importance de cette problématique sur le territoire de Saint-Denis.
L’abstention aurait donc été motivée par des considérations liées au processus législatif, et non par une opposition aux mesures de lutte contre les mutilations sexuelles.
Une proposition de loi encore en discussion à l’Assemblée nationale
Au cœur de la justification municipale figure le calendrier parlementaire.
La proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, mentionnée dans le vœu de l’opposition, avait fait l’objet de nombreux amendements en commission à l’Assemblée nationale au cours de la semaine précédant le conseil municipal.
D’après les explications du maire, de nouvelles modifications étaient également attendues, notamment de la part de parlementaires de droite et du Rassemblement national.
Dans ces conditions, la majorité de Saint-Denis estime qu’elle ne pouvait pas apporter son soutien à un texte législatif dont la version définitive demeurait incertaine.
Cette distinction constitue le principal argument de défense de Bally Bagayoko : soutenir la lutte contre l’excision ne signifiait pas nécessairement approuver par anticipation l’ensemble d’une proposition de loi susceptible d’évoluer au fil des débats parlementaires.
Le vote municipal portait ainsi sur deux dimensions réunies dans un même vœu : la condamnation des mutilations sexuelles féminines et le soutien à une initiative législative plus large.
Une association que la majorité municipale affirme ne pas avoir souhaité valider dans son ensemble.
Une controverse qui s’ajoute à une actualité politique chargée
Cette affaire intervient alors que Bally Bagayoko bénéficie déjà d’une importante exposition médiatique.
Le maire insoumis s’est notamment distingué ces derniers jours par sa présence dans le mouvement de mobilisation des lycéens et des étudiants, une implication qui a contribué à renforcer sa visibilité sur la scène politique.
La controverse autour de l’excision vient désormais placer son action municipale sous les projecteurs, dans un climat de confrontation avec plusieurs responsables de droite.
Sur le plan institutionnel, le vœu présenté par l’opposition a bien été adopté malgré l’abstention de la majorité. Cette dernière maintient, de son côté, que son choix ne saurait être assimilé à une quelconque tolérance envers les mutilations sexuelles féminines.
L’affaire illustre surtout les tensions provoquées par un vote réunissant, dans une même délibération, la défense d’un principe de protection des femmes et une prise de position sur un texte parlementaire encore en cours d’élaboration.
Sources :
Le Figaro, Paul Sugy, « La honte : Bally Bagayoko attaqué après s’être abstenu sur un vote contre l’excision », publié le 10 octobre 2026, mis à jour le 11 octobre 2026.