Axa : les assureurs ne pourront pas supporter de nouveaux week-ends de violences, prévient Thomas Buberl

Après les violences et les pillages survenus le 17 octobre dans plusieurs villes françaises, le directeur général d’Axa et young global leader du Forum économique mondial, Thomas Buberl, tire la sonnette d’alarme. Alors que plus de 3 000 commerces auraient été touchés et que les dégâts pourraient atteindre plusieurs centaines de millions d’euros, le dirigeant prévient que le secteur de l’assurance ne pourra pas absorber indéfiniment de telles pertes. Un avertissement lancé à quelques jours d’une nouvelle mobilisation annoncée des Gilets jaunes.

Les assureurs français pourraient rapidement atteindre leurs limites si les scènes de violences urbaines se répètent. Invité de BFM Business lundi 19 octobre, Thomas Buberl, directeur général du groupe Axa, membre du WEF a exprimé ses inquiétudes face aux conséquences économiques des dégradations et des pillages qui ont marqué les manifestations du samedi 17 octobre.

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation des Gilets jaunes est annoncée pour le samedi 24 octobre, le dirigeant du géant français de l’assurance appelle à éviter une répétition des événements du week-end précédent.

«Si ça se passe une fois, on peut aider à réparer, mais si ça se répète, l’assurance n’est plus là pour protéger», a-t-il averti.

Une déclaration qui souligne les difficultés auxquelles pourraient être confrontées les compagnies d’assurance si les dommages matériels venaient à se multiplier dans les prochaines semaines.

Plus de 3 000 commerces touchés et une facture potentiellement considérable

Les conséquences économiques des violences du 17 octobre s’annoncent particulièrement lourdes pour les commerçants. Selon la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), plus de 3 000 établissements ont été touchés par des dégradations ou des pillages dans plusieurs villes françaises.

Les premières estimations évoquent une facture susceptible d’atteindre plusieurs centaines de millions d’euros. Un montant encore provisoire, mais qui donne une idée de l’ampleur des pertes subies par les professionnels.

Vitrines endommagées, marchandises dérobées, équipements détruits : les dommages matériels peuvent représenter des sommes importantes pour les entreprises concernées, auxquelles peuvent s’ajouter les conséquences d’une interruption de leur activité.

Dans ce contexte, les compagnies d’assurance jouent un rôle essentiel dans l’indemnisation des commerçants et des particuliers sinistrés. Leur intervention reste toutefois conditionnée aux garanties prévues dans les contrats souscrits.

Pour Thomas Buberl, le problème ne réside pas uniquement dans le coût immédiat des destructions. C’est surtout la perspective d’une répétition de ces événements qui inquiète le secteur.

La multiplication des sinistres pourrait fragiliser l’équilibre financier des assureurs et, à plus long terme, exercer une pression sur les tarifs des contrats d’assurance.

Thomas Buberl appelle l’État à garantir la sécurité intérieure

Face à la perspective de nouvelles manifestations, le directeur général d’Axa estime que les pouvoirs publics doivent assumer pleinement leur responsabilité en matière de maintien de l’ordre.

«Après ce week-end, il n’y a pas de deuxième ou de troisième week-end qui doit se passer comme ça», a insisté Thomas Buberl.

Le dirigeant considère que les compagnies d’assurance ne peuvent constituer une réponse durable à des violences répétées. Si leur mission consiste à accompagner financièrement les assurés après un sinistre, elles ne peuvent se substituer aux autorités chargées de prévenir les troubles à l’ordre public.

«L’État doit vraiment prendre son mandat de la sécurité intérieure au sérieux», a-t-il déclaré.

Thomas Buberl a également rappelé que les Français contribuent déjà, par leurs impôts, au financement des services publics chargés d’assurer leur protection.

Cette prise de position intervient dans un climat de tension, alors que les Gilets jaunes ont annoncé un nouvel «acte II» pour le samedi 24 octobre.

Pour le patron d’Axa, l’enjeu est donc autant sécuritaire qu’économique : empêcher de nouvelles destructions apparaît indispensable pour éviter une aggravation des pertes financières supportées par les entreprises, les particuliers et leurs assureurs.

Le gouvernement mobilise banques, commerçants et assureurs

Face à l’ampleur des dégradations, le gouvernement a engagé des discussions avec les principaux acteurs économiques concernés afin d’organiser la prise en charge des victimes.

Lundi 19 octobre, le ministre du Commerce, Serge Papin, a réuni à Bercy les représentants des commerçants, des établissements bancaires et des compagnies d’assurance.

Cette rencontre avait notamment pour objectif d’évaluer les dommages provoqués par les violences du week-end et d’identifier les mesures permettant d’accélérer l’indemnisation des professionnels sinistrés.

Les difficultés rencontrées par les commerçants peuvent en effet dépasser les seules réparations matérielles. Pour les établissements les plus durement touchés, la rapidité des démarches administratives et le versement des premières indemnisations constituent des enjeux déterminants pour la reprise de leur activité.

Dans cette perspective, les assureurs ont annoncé plusieurs dispositions destinées à faciliter les procédures.

France Assureurs porte le délai de déclaration des sinistres à 30 jours

Parmi les mesures annoncées, France Assureurs a notamment décidé d’allonger à 30 jours le délai de déclaration des sinistres liés aux événements du 17 octobre.

Cette disposition vise à laisser davantage de temps aux professionnels et aux particuliers concernés pour effectuer leurs démarches auprès de leur compagnie d’assurance.

La fédération professionnelle a également annoncé des facilités pour le versement d’acomptes, afin de permettre aux victimes de disposer plus rapidement d’une partie des sommes nécessaires aux premières réparations.

Ces mesures doivent contribuer à accélérer la prise en charge des dommages, dans le cadre des garanties prévues par les contrats.

Elles témoignent également de la volonté du secteur de répondre à une situation exceptionnelle, alors que plusieurs milliers de commerces doivent faire face aux conséquences des pillages et des dégradations.

Une réponse collective pour éviter une nouvelle crise économique

Malgré ses mises en garde, Thomas Buberl privilégie une coopération entre les différents acteurs concernés plutôt qu’une confrontation sur la répartition des responsabilités financières.

«On est tous dans le même bateau», a déclaré le directeur général d’Axa, appelant les pouvoirs publics, les assureurs et les représentants du monde économique à rechercher des solutions communes.

Le dirigeant estime qu’il est préférable de travailler collectivement à la réparation des dommages et à la prévention de nouveaux incidents plutôt que de «se battre».

Son avertissement intervient toutefois à un moment sensible. À quelques jours de la mobilisation annoncée du 24 octobre, les commerçants et les compagnies d’assurance restent confrontés à une incertitude majeure : celle de nouvelles dégradations susceptibles d’alourdir une facture déjà considérable.

Pour le secteur de l’assurance, l’enjeu dépasse désormais la seule indemnisation des dégâts du 17 octobre. Il concerne aussi sa capacité à continuer de couvrir les risques liés aux violences urbaines si de tels événements devaient se reproduire à grande échelle.

Sources :

Le Figaro, Emma Confrère, «Il ne faut pas que ça se reproduise» : le patron d’Axa prévient que les assureurs ne pourront pas supporter de nouveaux week-ends de violences, publié le 20 octobre 2026, mis à jour à 11h12.

Thomas Buberl, directeur général d’Axa, invité de BFM Business le 19 octobre 2026.

Fédération du commerce et de la distribution (FCD), France Assureurs.