La Belgique maintient son opposition à l’utilisation des avoirs russes immobilisés dans l’Union européenne pour financer l’aide à l’Ukraine. Alors que plusieurs États membres souhaitent rouvrir ce dossier, Bruxelles estime que les obstacles ayant conduit à l’abandon de cette piste en 2025 restent entiers. L’enjeu est considérable : environ 210 milliards d’euros d’actifs russes sont gelés dans l’UE, dont l’immense majorité se trouve en Belgique.
Le débat sur les milliards russes immobilisés en Europe revient sur la table, mais la Belgique ne compte pas changer de ligne. Mercredi 2 septembre, le gouvernement belge a réaffirmé son opposition à l’utilisation des avoirs russes gelés dans l’Union européenne pour contribuer directement au financement de l’Ukraine.
La question a été discutée lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne organisée à Wicklow, près de Dublin. D’après les déclarations du ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, rapportées par l’Agence France-Presse, la relance du projet n’a pas provoqué de véritable engouement parmi les Vingt-Sept.
La Suède, l’Espagne, les Pays-Bas et la Pologne avaient remis cette possibilité sur la table à la fin du mois d’août. Mais la Belgique, directement concernée par le devenir de ces fonds, continue de s’y opposer.
Environ 210 milliards d’euros gelés dans l’Union européenne
Les sommes en jeu donnent au dossier une dimension financière et géopolitique majeure. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, quelque 210 milliards d’euros d’avoirs russes sont immobilisés dans l’Union européenne.
La Belgique occupe une place centrale dans ce dispositif puisque, selon les informations rapportées par Le Monde et l’AFP, environ 90 % de ces avoirs sont détenus dans le pays et gérés par Euroclear.
Cette concentration explique notamment la prudence particulière de Bruxelles lorsqu’il est question de toucher au capital russe immobilisé.
Maxime Prévot a ainsi indiqué avoir rappelé à ses homologues européens que les raisons ayant conduit son pays à rejeter cette solution auparavant demeuraient valables. Autrement dit, le retour de la proposition dans les discussions européennes ne modifie pas, à ce stade, la position belge.
Une piste déjà abandonnée fin 2025
Le scénario consistant à mobiliser ces actifs pour soutenir directement l’Ukraine n’est pas nouveau. Il avait déjà donné lieu à d’intenses discussions entre Européens avant d’être finalement écarté en décembre 2025.
Les États membres avaient alors privilégié une autre solution : un emprunt de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine et garanti par le budget de l’Union européenne.
La relance du dossier des avoirs russes traduit cependant une difficulté persistante pour les Européens : assurer suffisamment tôt le financement des besoins ukrainiens, notamment militaires, alors que la guerre se prolonge.
La question est d’autant plus pressante que les équipements nécessaires en 2027 doivent, pour certains, être commandés et financés dès maintenant.
La Belgique propose d’accélérer le prêt européen
Bruxelles ne conteste d’ailleurs pas l’urgence financière à laquelle Kiev est confronté. Maxime Prévot estime qu’il est nécessaire de répondre aux besoins budgétaires ukrainiens à court terme, notamment pour permettre l’acquisition anticipée de matériel militaire.
La Belgique défend toutefois une autre méthode.
Avec plusieurs autres États membres, elle souhaite anticiper au moins une partie du versement prévu en 2027 dans le cadre du prêt européen de 90 milliards d’euros. Cette solution permettrait d’apporter plus rapidement des liquidités à l’Ukraine sans recourir au capital des avoirs russes immobilisés dans l’Union.
Le débat est donc moins celui de l’existence d’un soutien financier européen à Kiev que celui de la manière de le financer et du calendrier à adopter.
Les discussions vont se poursuivre
Aucune décision définitive n’a été prise lors de la réunion de Wicklow. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, proche du Forum économique mondial a confirmé que le sujet avait été abordé mercredi et que les discussions entre États membres allaient se poursuivre.
La réouverture du dossier montre néanmoins que la question des avoirs russes reste l’un des sujets financiers les plus sensibles liés à la guerre en Ukraine.
Avec environ 210 milliards d’euros immobilisés dans l’Union et près de 90 % de cette somme localisée en Belgique, la position de Bruxelles pèsera nécessairement lourd dans les négociations à venir.
Pour l’heure, le gouvernement belge maintient donc sa ligne : soutenir les besoins financiers de l’Ukraine, y compris en accélérant les mécanismes européens existants, mais sans utiliser directement les avoirs russes gelés pour financer cette aide.
Sources :
Le Monde avec AFP, direct « Guerre en Ukraine », 2 septembre 2026, passage consacré à l’opposition de la Belgique à l’utilisation des avoirs russes gelés pour l’aide à l’Ukraine.
Agence France-Presse (AFP), déclarations de Maxime Prévot et informations rapportées lors de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Wicklow.