Attentat de Trappes : le tract n'existait pas, la guerre a eu lieu

Attentat de Trappes : le tract n’existait pas, la guerre a eu lieu

Le Rassemblement national poursuit Le Monde en diffamation après que le quotidien a rapporté, à tort, la présence de tracts du parti dans la voiture de Kevin T., suspect de l’attentat de Trappes. Le procureur antiterroriste Olivier Christen a démenti. L’affaire a tourné à l’affrontement entre Le Monde et CNews, jusqu’à une altercation filmée devant le siège du journal.

Vendredi 23 octobre, un homme circulant en voiture tire au pistolet-mitrailleur sur des passants à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est tué. Cinq personnes sont blessées, dont une fillette de 12 ans, selon Maire-info. Le suspect, Kevin T., 39 ans, est interpellé peu après. Un exemplaire de Mein Kampf a été retrouvé chez lui. Il voulait, selon ses propres termes rapportés par La Dépêche, s’en prendre aux Noirs et aux Arabes.

Le Monde ajoute un élément : des tracts du RN auraient été découverts dans son véhicule. Le procureur national antiterroriste Olivier Christen dément sèchement : « aucun tract d’un parti politique n’a été découvert dans son véhicule ». Il précise que des proches entendus en garde à vue décrivent un homme raciste, mais ni militant politique, ni engagé dans l’ultradroite. Le quotidien modifie son article dans la foulée.

Le RN contre-attaque en justice

Trop tard, estime le parti. Mardi 27 octobre, le Rassemblement national annonce poursuivre Le Monde en diffamation. Bruno Bilde, vice-président chargé des affaires juridiques, accuse sur France Info le journal de s’être prêté à une opération militante destinée à salir le parti. Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, dénonce sur X une manœuvre de désinformation et met en cause la rigueur des médias en pleine campagne. Jordan Bardella exige des excuses publiques du quotidien.

Éric Ciotti, président de l’UDR et allié du RN, vise de son côté les élus de gauche qui avaient relayé l’information. Dans son collimateur : l’eurodéputée LFI Manon Aubry, qui avait écrit que Marine Le Pen avait du sang sur les mains, et le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui avait évoqué un curieux hasard. Tous deux ont supprimé leurs messages.

Le Monde sous le feu, CNews à l’offensive

Le quotidien du soir a répliqué par une courte tribune. Il y condamne la campagne de haine visant deux de ses journalistes, faite selon lui d’injures et de menaces, alimentée par des médias d’extrême droite et relayée sur les réseaux sociaux. Le journal se réserve le droit de saisir la justice.

CNews, chaîne du groupe Bolloré, a multiplié les sujets sur ce qu’elle qualifie de fake news. L’éditorialiste Thomas Bonnet y a consacré son édito du 27 octobre, accusant Le Monde d’avoir cru tenir le scoop de l’année contre un parti désigné comme cible. Puis un reporter du média Frontières s’est posté devant l’entrée du journal pour interroger ses journalistes et réclamer des excuses.

Doigt d’honneur et bonnette

La scène, diffusée par CNews, dégénère vite. Des journalistes du Monde, excédés, demandent au reporter s’il compte vraiment leur donner une leçon de fake news. Une femme lui adresse un doigt d’honneur. Un homme le somme de partir puis le bouscule. Le reporter proteste qu’on ne touche pas à sa bonnette. La séquence se termine sur une insulte, aussitôt choisie par la chaîne comme titre de son reportage.

Pendant que les rédactions s’invectivent, l’enquête antiterroriste suit son cours. Elle porte sur un mort et cinq blessés.

L’attentat de Trappes avait un mobile, des victimes et un suspect. Il a désormais son feuilleton médiatique, où chacun accuse l’autre de désinformation. Les tracts n’existaient pas. La guerre, elle, a bien eu lieu.


Source : La Dépêche du Midi – https://www.ladepeche.fr/2026/10/28/attentats-de-trappes-on-vous-explique-la-polemique-sur-les-supposes-tracts-du-rn-retrouves-dans-la-voiture-du-suspect-une-fake-news-qui-vire-a-la-13624770.php