Arsène Wenger : il se distancie enfin du projet controversé de la FIFA

Arsène Wenger prend ses distances avec le projet commercial contesté porté par le président de la FIFA Gianni Infantino. Le directeur du développement mondial du football assure n’avoir jamais été associé à ce plan, finalement abandonné sous la pression. Une prise de parole mesurée qui n’efface pas les critiques adressées à l’ancien entraîneur d’Arsenal.

Zurich, siège de la FIFA. Le 4 août 2026, L’Équipe publie les propos d’Arsène Wenger sur le plan baptisé FIFA Forward Enterprise. Costume gris, voix posée : le Français balaie l’idée d’avoir participé à l’élaboration du projet. « Je n’ai pas été impliqué dans ce plan stratégique et j’en ai pris connaissance par voie de presse », affirme-t-il selon le quotidien sportif. Son rôle, précise-t-il, se limite au développement du football et aux programmes jeunesse. Rien à voir, donc, avec la stratégie commerciale de l’instance dirigée par Gianni Infantino. La formule est nette, presque défensive. Elle vise à tracer une frontière claire entre deux casquettes : celle du technicien chargé de former les jeunes générations de joueurs à travers le monde, et celle des dirigeants qui décident des orientations financières de l’institution.

Un projet retiré après la polémique

FIFA Forward Enterprise n’existe déjà plus. Le programme, jugé trop commercial par une partie du football mondial, a été abandonné après une vive controverse. Sur ce point, Wenger ne mâche pas ses mots : « La décision de retirer le projet était absolument nécessaire et incontestable, car je crois fermement en une FIFA indépendante », qui agit selon lui « avec engagement, transparence et intégrité ». Une défense de l’institution, pas de son président. La nuance compte. Elle permet à Wenger de saluer un recul sans jamais désigner nommément celui qui portait le projet initial, ni endosser la responsabilité de son abandon.

Ni charge, ni soutien inconditionnel

Wenger ne réclame pas la démission de Gianni Infantino. Il ne l’attaque pas non plus frontalement. L’équilibriste s’en tient à sa ligne, phrase après phrase, sans jamais franchir la limite de la charge personnelle. Mais certains observateurs, cités par L’Équipe, jugent la posture insuffisante : en cautionnant les réformes portées par le président de la FIFA, l’ancien technicien serait devenu « l’un des principaux architectes d’une vision du football plus tournée vers la rentabilité et les revenus commerciaux que vers l’intérêt sportif ». Une phrase qui tache. Elle renvoie Wenger, malgré lui, du côté des soutiens tacites d’une FIFA plus soucieuse de ses recettes que de ses valeurs affichées.

Une réputation qui vacille

Vingt-deux saisons à Arsenal, une image de sagesse tranquille construite sur deux décennies. Wenger avait traversé le football moderne sans trop se salir, cultivant une réputation de consensus rare dans un milieu où les egos s’affrontent. Sa position institutionnelle à la FIFA pèse justement dans la balance : quand l’homme qui incarnait l’intégrité du jeu se retrouve associé, même en creux, à une dérive mercantile, le symbole s’écaille. L’Arsène Wenger des Invincibles version 2003-2004 semble loin de l’Arsène Wenger version organigramme zurichois, coincé entre deux loyautés qui ne s’accordent plus tout à fait.

Le poids d’une fonction, le prix d’un silence

Reste que la voix de Wenger n’est pas anodine. Sa position institutionnelle importante au sein de la FIFA donne du poids à chacune de ses déclarations, y compris les plus prudentes. Un mot mesuré, venant de lui, pèse davantage dans le débat qu’une diatribe venue d’ailleurs. C’est précisément ce qui rend sa réserve sur le sort personnel de Gianni Infantino si commentée : dans une institution où les prises de parole publiques des cadres sont rares, chaque nuance devient un signal, chaque silence une prise de position.

Reste une question simple, presque enfantine : à quoi sert une réputation d’intégrité si elle finit accrochée à l’organigramme de ceux qu’elle est censée surveiller. Wenger n’a rien signé. Il a juste laissé son nom traîner dans les couloirs.


Source : L’Équipe — https://www.lequipe.fr/Football/Article/Critique-pour-son-alignement-avec-gianni-infantino-arsene-wenger-se-positionne-contre-le-president-de-la-fifa/1709011