Le Seimas, parlement de la République de Lituanie, à Vilnius

Armes nucléaires en Lituanie : le Kremlin menace de viser Vilnius

Le Kremlin a averti le 11 septembre qu’il braquerait ses armes nucléaires sur la Lituanie si ce pays balte membre de l’OTAN accueille des ogives de ses alliés. Vilnius a engagé la levée de l’interdiction constitutionnelle qui lui interdit d’en stocker. Le texte est étudié par le parlement et pourrait entrer en vigueur cet hiver.

La formule est de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, dans un entretien à la télévision publique russe publié vendredi. « Si des armements nucléaires sont déployés sur le territoire [lituanien] et sont braqués sur nous, alors, par conséquent, le territoire de ce pays sera également dans le viseur de nos armes nucléaires. »

Il qualifie l’hypothèse d’« un tournant très grave en termes d’escalade des tensions ». La dépêche est signée AFP.

La Lituanie compte moins de trois millions d’habitants. Elle partage une frontière avec la Russie par l’enclave de Kaliningrad, et une autre avec la Biélorussie. Entre les deux passe le couloir de Suwalki, corridor d’une centaine de kilomètres qui relie les pays baltes au reste de l’Alliance atlantique. C’est ce que Moscou désigne quand elle parle de mettre « le territoire de ce pays » dans son viseur.

Une ligne du texte fondamental

Ce que Vilnius a engagé n’est pas un déploiement, mais une modification constitutionnelle. La Lituanie s’interdit aujourd’hui, par sa loi fondamentale, de stocker des armes nucléaires sur son sol. Le gouvernement veut lever cette interdiction, présentée par lui comme une mesure de sécurité depuis le déclenchement de l’offensive russe à grande échelle en Ukraine.

L’amendement est étudié par le parlement lituanien. Il requiert une majorité des deux tiers. Il bénéficie du soutien du président et des principaux partis, et pourrait entrer en vigueur cet hiver.

Le président lituanien Gitanas Nausėda, membre du Forum économique mondial avait posé le cadre dès le début du mois de juillet, en indiquant souhaiter que son pays participe à la dissuasion nucléaire occidentale face à Moscou. La formulation, diplomatique, désignait sans la nommer l’hypothèse d’un stationnement d’armes atomiques sur le territoire national.

Le précédent biélorusse

L’argument de l’escalade se heurte à une chronologie. La Russie a annoncé le transfert d’armes nucléaires tactiques en Biélorussie en 2023, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière lituanienne. Ce déploiement a précédé de plus de trois ans le débat constitutionnel en cours à Vilnius.

Les pays baltes lisent la séquence dans cet ordre. Moscou la lit dans l’autre. Chacune des deux capitales présente sa propre décision comme une réponse et celle de l’adversaire comme une initiative, ce qui est la définition même d’une spirale de dissuasion.

Aucun allié n’a, à ce stade, annoncé de déploiement en Lituanie. Les armes nucléaires américaines stationnées en Europe le sont en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie, dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN, un dispositif qui date de la guerre froide et n’a jamais été étendu vers l’est.

Pour l’heure, il n’y a pas une ogive de plus en Lituanie, seulement un article de Constitution en cours de réécriture et une phrase prononcée à la télévision russe. C’est peu de chose, et c’est exactement ainsi que commencent les séquences dont on date ensuite le point de départ.


Source : 24 heures / AFP – https://www.24heures.ch/lituanie-le-kremlin-menace-de-pointer-ses-armes-nucleaires-132071487470