Ariane de Rothschild : des transferts d’œuvres d’art à l’étranger soulèvent des interrogations

La dirigeante de la banque Edmond de Rothschild, membre du Forum économique mondial est visée par de nouvelles révélations portant sur le transport de nombreuses œuvres d’art entre la France et plusieurs pays étrangers. Des documents internes consultés par Mediapart décrivent des précautions destinées à éviter les contrôles douaniers, alors que l’entourage d’Ariane de Rothschild affirme qu’aucune infraction n’a été commise.

Ariane de Rothschild, présidente du groupe bancaire Edmond de Rothschild, fait face à une nouvelle controverse. Après la condamnation de la banque au Luxembourg pour blanchiment en 2025 et une perquisition menée en mars 2026 par le Parquet national financier dans le cadre d’une enquête liée à l’affaire Jeffrey Epstein, de nouveaux éléments publiés par Mediapart mettent en lumière des pratiques de transport d’œuvres d’art qui suscitent des interrogations.

Selon les documents consultés par le média d’investigation, plusieurs dizaines d’œuvres auraient été déplacées pendant plusieurs années entre la France, la Suisse et, au moins à une occasion, le Mozambique. Ces transferts auraient été organisés de manière à éviter l’attention des services douaniers.

Des échanges de courriels internes du family office chargé de gérer le patrimoine d’Ariane de Rothschild témoignent des inquiétudes de certains collaborateurs. Dans un message datant de février 2024, un responsable évoque notamment la valeur élevée de plusieurs œuvres et exprime son malaise face à l’opération, tout en soulignant que personne ne souhaitait être contrôlé par les douanes avec ces pièces dans un véhicule.

Les échanges révèlent également que certaines œuvres, en raison de leurs dimensions importantes, ne pouvaient être transportées discrètement. Il est alors question d’organiser un acheminement plus officiel pour les pièces les plus volumineuses, tandis que d’autres solutions sont étudiées pour les œuvres de plus petit format.

D’autres correspondances remontant à octobre 2023 concernent l’envoi de dix-huit toiles vers le Mozambique. Des collaborateurs y font part de leurs inquiétudes concernant le passage en douane avant de constater, quelques jours plus tard, que le transport s’est déroulé sans contrôle particulier.

Les documents mentionnent également des discussions très détaillées sur les moyens de transport à privilégier afin de rester discrets. Plusieurs véhicules auraient été envisagés selon leur visibilité, tandis qu’un domicile situé près de la frontière franco-suisse aurait servi de point de passage pour déplacer progressivement certaines œuvres. Mediapart indique également que des transports auraient été réalisés en hélicoptère entre Paris et la Suisse au cours de l’année 2025.

Ces éléments apparaissent dans le cadre d’une procédure prud’homale engagée par un ancien majordome d’Ariane de Rothschild. Celui-ci conteste les conditions de son licenciement et affirme, par l’intermédiaire de son avocat, avoir été amené à participer malgré lui à ces opérations. Son conseil qualifie ces pratiques de frauduleuses, une appréciation qui n’a toutefois pas été établie par une décision de justice.

La question centrale demeure celle du respect de la réglementation applicable aux exportations d’œuvres d’art. En France, le Code du patrimoine prévoit des obligations déclaratives selon différents critères, notamment l’ancienneté et la valeur des biens concernés.

Sollicitée par Mediapart, Ariane de Rothschild n’a pas souhaité répondre publiquement. Son entourage affirme que les œuvres concernées étaient de faible valeur et qu’elles étaient uniquement déplacées afin d’être exposées temporairement dans différentes résidences lors de réceptions privées. Selon cette même source, un éventuel problème d’organisation logistique ne constituerait pas un manquement à la législation.

Cette nouvelle affaire intervient alors que le nom d’Ariane de Rothschild est régulièrement cité depuis plusieurs mois en raison de ses anciens liens avec Jeffrey Epstein. Des documents judiciaires américains ont mis en évidence des relations professionnelles et personnelles entre le financier américain et plusieurs responsables de la banque Edmond de Rothschild.

Les archives de la justice américaine indiquent notamment qu’Ariane de Rothschild avait financé en 2014 et 2015 plusieurs acquisitions d’œuvres d’art destinées à Jeffrey Epstein pour un montant supérieur à 550 000 euros. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois d’établir un lien entre ces acquisitions et les œuvres mentionnées dans les transports aujourd’hui révélés.

Parallèlement, deux anciens cadres de la banque apparaissent dans différentes procédures judiciaires distinctes, sans que ces dossiers soient directement liés aux transports d’œuvres d’art évoqués par Mediapart.

Sources

  • Mediapart – « Personne ne veut se faire arrêter à la douane avec tout ça dans le coffre » : le mystère des toiles d’Ariane de Rothschild – 12 juillet 2026.