Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont signé, le 22 juillet 2026, un accord majeur de coopération nucléaire civile. Ce partenariat, négocié depuis plusieurs années, doit permettre au royaume saoudien de développer son premier programme nucléaire avec l’appui de la technologie américaine. Si Washington assure que le dispositif respecte les principes de non-prolifération, plusieurs experts et responsables politiques redoutent déjà un bouleversement durable de l’équilibre stratégique au Moyen-Orient.
Le 22 juillet 2026 marque un tournant dans les relations entre Washington et Riyad. Après plusieurs années de négociations menées sous différentes administrations américaines, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont officiellement signé un accord de coopération nucléaire civile, plus connu sous le nom de « 123 Agreement », en référence à la section 123 de l’Atomic Energy Act américain de 1954.
L’accord a été signé à Washington par le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright et le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane, dont la fondation est membre du Forum économique mondial. Il constitue le cadre juridique permettant aux entreprises américaines de participer au développement du futur programme nucléaire civil saoudien et ouvre la voie à un partenariat présenté comme devant durer plusieurs décennies.
Pour Washington, cet accord représente autant un enjeu énergétique qu’un choix géostratégique. L’administration américaine souhaite conforter son influence dans le Golfe tout en empêchant Riyad de se tourner vers la Chine ou la Russie, deux acteurs déjà très présents sur le marché mondial du nucléaire civil.
Un projet réclamé depuis plusieurs années par Riyad
L’ambition nucléaire de l’Arabie saoudite n’est pas nouvelle. Dès la fin des années 2000, le royaume annonçait vouloir diversifier son mix énergétique afin de réduire sa dépendance au pétrole pour la production d’électricité.
Cette stratégie s’est accélérée avec le lancement de Vision 2030, vaste programme de transformation économique porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane depuis 2016. Le nucléaire civil est présenté comme un pilier de cette diversification énergétique, aux côtés du développement des énergies renouvelables.
Riyad souhaite construire plusieurs centrales nucléaires afin de répondre à une demande intérieure en électricité en constante progression, tout en réservant davantage de pétrole à l’exportation. Le royaume possède également d’importantes réserves d’uranium sur son territoire, dont l’exploitation constitue un objectif stratégique de long terme.
Pendant plusieurs années, les discussions avec Washington sont toutefois restées bloquées. Sous la première présidence du contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump (2017-2021), les négociations avaient commencé mais n’avaient jamais abouti. Sous Joe Biden, également contributeur de l’agenda 2030, elles avaient été relancées dans le cadre d’un projet diplomatique beaucoup plus large associant également Israël, avec pour objectif une normalisation historique entre Riyad et l’État hébreu. Cette initiative s’était finalement enlisée après le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a permis de relancer le dossier sous une forme distincte, aboutissant à la signature du 22 juillet 2026.
Ce que prévoit concrètement l’accord
Le texte autorise l’Arabie saoudite à développer un programme nucléaire destiné officiellement à un usage exclusivement civil. Les entreprises américaines pourront fournir leurs technologies, leurs équipements et leur expertise pour la construction de futurs réacteurs nucléaires sur le territoire saoudien. Le groupe américain Westinghouse figure parmi les industriels susceptibles de participer à ces projets, évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars. L’accord est également accompagné d’un dispositif bilatéral de garanties destiné, selon Washington, à empêcher toute dérive militaire du programme.
Toutefois, un élément suscite de nombreuses interrogations : contrairement à plusieurs précédents accords conclus par les États-Unis, celui-ci n’impose pas à Riyad d’adopter le Protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ce mécanisme permet normalement des inspections renforcées afin de détecter d’éventuelles activités nucléaires clandestines.
Autre particularité importante : le texte laisse ouverte la possibilité pour l’Arabie saoudite de développer, à terme, des capacités nationales d’enrichissement de l’uranium. Si cette technologie est indispensable pour produire le combustible destiné aux centrales nucléaires, elle peut également constituer une étape vers la fabrication d’une arme nucléaire lorsqu’elle est poussée à un niveau d’enrichissement élevé.
Un contexte régional particulièrement sensible
La signature intervient dans un contexte géopolitique extrêmement tendu. Depuis plusieurs décennies, la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran structure une grande partie des équilibres du Moyen-Orient. Les inquiétudes occidentales autour du programme nucléaire iranien ont régulièrement alimenté les tensions diplomatiques et militaires dans la région.
En 2018, Mohammed ben Salmane avait lui-même déclaré que si l’Iran obtenait l’arme nucléaire, son pays chercherait à s’en doter également « dès que possible ». Une déclaration qui continue aujourd’hui d’alimenter les inquiétudes des spécialistes de la non-prolifération. La signature de cet accord intervient par ailleurs alors que les tensions entre Washington, Israël et Téhéran demeurent particulièrement fortes autour des capacités nucléaires iraniennes. Pour plusieurs élus américains, autoriser Riyad à développer certaines technologies sensibles pourrait déclencher une nouvelle course aux armements au Moyen-Orient.
Des critiques déjà nombreuses aux États-Unis
L’administration Trump affirme que l’accord respecte les normes américaines de sûreté nucléaire et de non-prolifération. Le secrétaire d’État Marco Rubio a assuré que les États-Unis ne concluraient « aucun accord susceptible de créer un risque de prolifération ». Ces garanties ne convainquent cependant pas tous les observateurs.
Plusieurs parlementaires démocrates, ainsi que de nombreux experts du contrôle des armements, estiment que les concessions accordées à Riyad rompent avec la doctrine traditionnelle américaine en matière de coopération nucléaire. Ils soulignent notamment que les Émirats arabes unis, lors de leur propre accord signé avec Washington en 2009, avaient accepté de renoncer explicitement à toute activité nationale d’enrichissement d’uranium, une exigence absente du texte conclu avec l’Arabie saoudite.
Le sénateur démocrate Edward Markey a notamment dénoncé un accord susceptible, selon lui, d’alimenter une nouvelle course aux armements régionale.
Une étape encore soumise au Congrès américain
L’accord n’est pas encore définitivement entré en vigueur. Conformément à la procédure prévue par l’Atomic Energy Act, il doit désormais être transmis au Congrès américain. Les parlementaires disposent d’une période d’examen pouvant aller jusqu’à 90 jours de session pour s’y opposer. Compte tenu de la majorité républicaine actuelle et du mécanisme juridique particulièrement protecteur de ce type d’accord, son rejet apparaît toutefois peu probable.
S’il est validé, ce partenariat pourrait profondément transformer le paysage énergétique saoudien au cours des prochaines décennies tout en redessinant les équilibres stratégiques du Moyen-Orient, où la question du nucléaire demeure l’un des sujets les plus sensibles de la scène internationale.
Sources :
- Reuters – Accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite (22 juillet 2026)
- Département américain de l’Énergie – Communiqué officiel sur le « 123 Agreement »
- Euronews – Riyad s’allie à Washington pour se doter d’un programme nucléaire civil
- AFP – Les États-Unis annoncent un accord nucléaire civil avec l’Arabie saoudite