Le département de la Justice américain a déposé le 29 juillet un mémoire de 144 pages devant la cour d’appel du district de Columbia pour faire interdire les paiements de placement par défaut de Google. Mozilla, qui tire 85 % de ses revenus contractuels d’un seul client, a plaidé devant les mêmes juges pour que ces chèques continuent. Google doit répondre au plus tard le 29 septembre 2026.
Cent quarante-quatre pages. C’est le volume du mémoire déposé le 29 juillet 2026 par le département de la Justice des États-Unis devant la cour d’appel fédérale du district de Columbia, selon Courthouse News Service. Le texte ne réclame plus la cession de Chrome ni celle d’Android. Il vise une seule chose, plus étroite et plus tranchante : obtenir l’annulation du refus du juge Amit Mehta d’interdire à Google de payer pour occuper la place de moteur de recherche par défaut.
Le magistrat avait jugé en août 2024 que le groupe avait illégalement maintenu son monopole sur la recherche en ligne et la publicité associée. Sa décision sur les remèdes, rendue en septembre 2025, a proscrit les contrats d’exclusivité et imposé une remise en concurrence annuelle des accords de distribution. Elle a laissé filer les chèques. Le DOJ et une coalition de procureurs d’États ont déposé leur appel le 3 février 2026, rapporte Search Engine Land. Google avait fait le sien en janvier, pour contester la qualification de monopole elle-même.
Vingt-six milliards de dollars, deux bénéficiaires qui comptent
Les chèques en question pèsent plus de 26 milliards de dollars par an, versés par Google à Apple, à Mozilla et à quelques autres distributeurs pour rester le moteur interrogé par défaut, selon les éléments rapportés par Courthouse News Service. Chez Apple, cette manne s’ajoute à un chiffre d’affaires de plusieurs centaines de milliards. Chez Mozilla, c’est la respiration.
Les états financiers audités de la Mozilla Foundation, membre du Forum économique mondial le disent sans détour, même s’ils ne nomment personne : environ 85 % des revenus tirés de clients sous contrat provenaient d’un seul client en 2023, contre 81 % en 2022. Ce même client représentait 70 % des créances clients. Sur 653 millions de dollars de produits en 2023, 494,9 millions relevaient des royalties, c’est-à-dire pour l’essentiel des accords de recherche intégrés à Firefox. Le nom de Google n’apparaît pas dans le document. Personne ne s’y trompe.
Mozilla écrit aux juges pour défendre son financeur
Le 7 août, Mozilla a déposé devant la cour d’appel un mémoire d’amicus curiae, rapporte MediaPost. Position officielle : « en soutien à aucune des parties ». Contenu réel : une défense argumentée des paiements que le gouvernement veut supprimer. La fondation y prévient qu’une interdiction pourrait contraindre Mozilla, et d’autres éditeurs indépendants, à quitter le marché des navigateurs et celui des moteurs de rendu. Elle s’appuie sur des travaux internes selon lesquels basculer Firefox sur Bing ferait chuter ses recettes.
L’organisation qui incarne depuis plus de vingt ans le contrepoids associatif à la domination de Google plaide donc, devant une cour fédérale, pour que Google continue de la payer.
Gecko, le dernier moteur qui ne vient pas de Mountain View
L’enjeu déborde le sort d’une fondation. Firefox pesait 2,23 % du marché mondial des navigateurs en janvier 2026, contre 71,37 % pour Chrome, selon StatCounter. Mais Firefox repose sur Gecko, son propre moteur de rendu. Clubic rappelle que Gecko constitue la seule alternative aboutie à Blink, le moteur de Chromium sur lequel s’appuient Chrome, Edge, Opera, Brave ou Vivaldi. Si Mozilla lâche, la quasi-totalité du web s’affichera à travers un code piloté par Google, avec pour seul autre contrepoids le WebKit d’Apple, adossé à l’écosystème de Cupertino.
C’est la contradiction que la cour d’appel devra trancher : la sanction censée rouvrir la concurrence dans la recherche risque de la refermer dans les navigateurs. Yelp, partie prenante du dossier, juge de son côté que les remèdes de première instance ne rétabliront pas la concurrence tant que les paiements de placement restent autorisés.
Réponse attendue le 29 septembre
Google doit déposer son mémoire en réponse au plus tard le 29 septembre 2026. Les plaidoiries sont attendues au cours du terme judiciaire ouvert en septembre devant la cour d’appel du district de Columbia, sans date arrêtée à ce jour. Google, qui figure parmi les organisations partenaires du Forum économique mondial, continue de contester au fond la décision de responsabilité rendue en 2024. Aucune source consultée ne fait état d’une affiliation comparable pour Mozilla.
Le procès a commencé en 2020 pour desserrer l’étau de Google sur la recherche en ligne. Il pourrait se conclure en laissant Chromium seul en piste.